Des Paroles et des Actes : Marine Le Pen en clair-obscur, notamment sur l’islam

Ce jeudi soir 24 février, la Présidente du Front National, qui avait inauguré le 23 juin 2011 la nouvelle émission de David Pujadas, y revient en qualité de candidate à l’élection présidentielle. On nous a annoncé cette présence comme l’événement politico-médiatique de la semaine, non seulement en raison de la personnalité de l’invitée, mais aussi à cause d’un contradicteur qu’on lui a imposé, son meilleur ennemi Jean Luc Mélenchon. Le Pen-Mélenchon : une affiche présentée comme celle d’un match de catch, raison entre autres pour laquelle elle n’en voulait pas. Viendra, viendra pas, débattra, débattra pas ? Elle viendra, mais a annoncé qu’elle ne débattrait pas avec le tonitruant candidat du Front de Gauche, de quoi faire monter encore la température. Et l’audimat, qu’elle le veuille ou non.

En attendant cette cerise aigre sur le gâteau, les journalistes attaquent le menu. Les deux heures et demie d’interview qui suivent me laissent la même impression mitigée que ses précédentes prestations télévisées : encourageant, mais peut mieux faire.

L’ÉCONOMIE, POINT FAIBLE

Sur la forme, elle pâtit d’une volubilité excessive, rouleau compresseur que rien ne peut arrêter, morigénant les pauvres journalistes qui s’efforcent de glisser une question, certes sans l’agressivité du père. Travers d’autant plus sensible qu’elle a tendance à s’évader dans les idées générales pour fuir les questions gênantes. Le ton est martelé, acerbe, le « monsieur » ou « madame » avec lequel elle s’adresse à ses interlocuteurs donne une impression désagréable de froideur voire de condescendance dont elle ne semble pas consciente. On aimerait un discours plus posé, plus concis, et appeler un journaliste par son nom n’est pas une compromission.

Sur le fond, on sent une nouvelle fois que pour aller de l’ancien F.N. au nouveau parti qu’elle construit, il y a encore des incertitudes à lever, des sujets à approfondir. C’est ce qui explique qu’à côté du socle traditionnel qu’est la nation dans tous ses aspects (identité nationale, immigration, sécurité, indépendance…) les questions portant sur d’autres thèmes ont souvent donné lieu à des réponses évasives ou perfectibles.

C’est bien sûr l’économie qui ouvre le débat, ce dont elle ne se plaint pas : c’est le domaine où elle cherche le plus à affirmer sa crédibilité, en candidate qui veut le pouvoir contrairement au père. Et les journalistes qui le savent, lui posent des questions aussi techniques et austères que possible sur son programme, comme François Lenglet ce soir : contribution sociale sur les importations, contrôle des changes, dévaluation prévue du franc… Face à la précision réclamée, elle botte en touche et récite le discours stéréotypé qu’elle connait bien : le mondialisme, Bruxelles, l’Euro-mal absolu, la souveraineté nationale qu’il faut retrouver… Oui mais la réponse à ma question Mme Le Pen ? Il n’y en aura presque pas, y compris quand, ayant voulu faire diversion en affirmant que Sarkozy est intervenu auprès de grandes entreprises amies pour qu’elles n’annoncent pas de licenciements massifs avant les élections, elle ignore la question insistante de Pujadas : des preuves ? Et acculée elle finit par bredouiller : « heu la preuve, heu, elle arrivera… j’en suis sûr d’ailleurs, après l’élection. Il y a des preuves comme ça, qui arrivent, heu… en un temps bien précis». Bon, on a compris que l’économie ce n’est pas encore sa tasse de thé. Peut mieux faire.

ET L’IRAN ?

Suit un débat avec Henri Guaino, la plume de Sarkozy, sur des thèmes où elle est plus à l’aise : la nation, la république, l’Europe, l’immigration… Débat courtois, qui bien sûr sera raillé dès le lendemain par ceux qui dénoncent la « lepénisation de la droite ».

Puis elle replonge dans l’ambigüité avec Fabien Namias qui lui demande de répondre à quelques questions précises.

La parité salariale homme-femme ? Pour, évidemment. Ouf.

Le permis à points ? Contre. C’est clair aussi.

Rétablir le service militaire ? C’est impossible budgétairement, mais oui à un temps d’instruction militaire court et régulier, et à la constitution d’une « garde civile » qui n’est pas définie.

L’expulsion de tous les immigrés clandestins ? Oui bien sûr, sans possibilité de régularisation. Très bien.

La sortie du nucléaire ? L’a peu près commence. « C’est un objectif louable ». Mais encore ? Elle essaie alors de ménager la chèvre et le chou : elle investira dans la recherche en vue de trouver des énergies de substitution. Oui mais en attendant ? Elle ne répondra pas précisément, et c’est Pujadas qui finira par conclure qu’apparemment, c’est plutôt contre…

Condamne-t’ elle le régime syrien ? Elle s’évade dans les révolutions arabes qui ont donné le pouvoir aux islamistes alors qu’on nous les présentait comme annonciatrices de progrès. Oui mais condamne-t’ elle le régime syrien ? Malgré l’insistance des deux journalistes, elle ne répondra que par ellipses. J’ eus apprécié qu’elle renvoie dos à dos le régime et les islamistes.

Le nucléaire iranien ? Même refus de répondre clairement, ici très gênant. On sent qu’elle ne veut pas se mettre en porte à faux avec son père qui avait manifesté sa compréhension, sans pour autant donner l’impression de le rejoindre. Alors elle louvoie, multiplie les digressions. Malaise. Comment celle qui pourfend (bien que laborieusement parfois) l’islam peut-elle être insensible au danger d’une deuxième bombe islamique, après la pakistanaise ? Et comment concilier cette ambigüité avec le rapprochement israélien qu’elle recherche ?

LE MONOLOGUE DE MELENCHON

Les chauffeurs de salle ayant fait leur travail, voici enfin celui qui a été annoncé comme la co-vedette de la soirée. Pourra t-il faire son habituel numéro de bateleur, ou sera-t-il contraint au discours du poisson rouge dans son bocal ? L’ami de Castro, de Chavez et de la Chine s’installe pour défendre la liberté du peuple menacée par la bête immonde.

Il attaque par où on ne l’attendait pas. Ses conseillers en dialectique marxiste (imparable, camarade) lui ont suggéré d’essayer de la faire passer pour une fieffée réactionnaire attachée à la condition traditionnelle de la femme. La preuve ? Elle voudrait supprimer le remboursement de l’IVG (ce qui est partiellement inexact). Marine va-t-elle répondre ? Le suspense sera bref. Elle annonce qu’il n’y aura pas de débat et s’en explique longuement. D’abord elle dénonce la volonté de Pujadas d’avoir voulu faire un coup médiatique et gonfler l’audimat. Ensuite elle refuse de débattre avec quelqu’un qui ne cesse de l’injurier, qui n’est pas son égal sur le plan électoral, et qui n’est pas un vrai candidat puisqu’il a déjà annoncé qu’il se rallierait au second tour à F. Hollande.

Le Che Guevara des cours de récré s’obstine, essaie la provoc, l’ironie, rien n’y fait. Imperturbable, MLP répond qu’elle ne débattra pas. Elle laisse son adversaire monologuer, déplie son journal, boit une gorgée d’eau…. L’autre s’entête tel un roquet jappant devant une créature plus imposante qui le toise avec indifférence. Rien n’y fait, il faut renoncer. « Il faudra améliorer la qualité de l’organisation, Monsieur Pujadas, parce que tout ça m’a demandé bien du temps, pour quelqu’un qui ne veut pas débattre », lâche t-il avec dépit avant de se retirer bredouille. Il avait promis de trainer MLP « d’un bord à l’autre du ring »…

Le comble est que le lendemain, toute la presse de gauche (et au-delà parfois) fustige la « dérobade » de Marine Le Pen qui aurait commis un déni de démocratie. On aimerait que cette vertueuse indignation s’exprime dans le cas inverse, quand les prétendus humanistes refusent de débattre avec quelque personnalité du FN que ce soit. Mais surtout, Marine Le Pen a eu raison au moins sur deux points : le refus de se donner en spectacle, l’attitude permanente de Mélenchon.

L’opposition Mélenchon/Le Pen était en passe de devenir l’attraction favorite des journalistes politiques et d’un certain public, comme l’étaient en leur temps les apparitions publiques de Georges Marchais. Si Marine Le Pen a accepté d’y sacrifier une fois l’an dernier sur l’antenne de RMC, elle n’a rien à gagner au renouvellement de ce genre de joute, qui convenait à son père. L’objectif de respectabilité et de sérieux qu’elle s’est donné lui impose d’autres moyens de communication. Au contraire Mélenchon assume et revendique son rôle de contestataire gouailleur, que le système ne lui reproche pas car il n’est pas « d’extrême droite » lui. C’est toute la différence.

Par ailleurs le leader du Front de Gauche n’a pas caché qu’il avait souhaité l’interdiction du F.N. Le veut-il toujours ? Il ne répond plus clairement à la question, mais son attitude le laisse penser : MLP a dressé la longue liste des injures, invectives et agressions dont Mélenchon est soit l’auteur, soit l’instigateur au moins moral. Dès lors c’était une question de dignité que de ne pas débattre avec lui.

ET L’ISLAM ?

Dernière partie d’émission avec Hélène Jouan et Franz-Olivier Giesbert. Sur la préférence nationale, rien à redire. Mais sur le halal, je rumine ma frustration. Une fois de plus son souci apparent de ménager l’islam me laisse perplexe. Elle dénonce longuement les souffrances de l’animal, les défaillances de l’étiquetage, mais pas un mot sur le fait que le consommateur paye involontairement la dîme au culte musulman, comprise dans le prix de vente. Mieux, « (les musulmans) n’y sont pour rien » (dans cette obligation à manger halal pour des consommateurs non musulmans). Ah bon ? Et la formidable pression des musulmans en faveur du halal, pour qu’il soit introduit partout, au motif que le goût est le même, n’est-elle pour rien dans ce scandale ?

L’émission n’a rien changé à mon opinion : la candidature de Marine Le Pen est la pire, à l’exception de toutes les autres.

Jean de la Valette

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