Difficile d’être poète au Qatar des Droits de l’Homme

« Une Cour d’appel du Qatar a réduit aujourd’hui à 15 ans la peine de prison d’un poète, condamné en première instance à perpétuité pour un poème critiquant le pouvoir, a indiqué son avocat Mohammed Néjib al-Naïmi. Mohammed Al-Ajami, alias Ibn al-Dhib, avait été arrêté le 16 novembre 2011 pour un poème critiquant le pouvoir et défendant les révolutions du « Printemps arabe ». C’est Le Figaro qui nous donne ce jour la nouvelle.

Lorsque les poètes sont embastillés, c’est qu’il fait sale temps pour la liberté de l’esprit. Quinze ans pour quelques vers, c’est lourd. Notons cependant la grande mansuétude des juges corrigeant une sentence qui épargnait de justesse au malheureux aède la pendaison, le pal, la décapitation au sabre, la respiration non assistée sous poche de plastique ou au mieux la section de quelques segments corporels estimés de trop. Voire, sur des modèles en action ici et là dans le monde musulman, un pertinent mélange de ces méthodes.

C’est avec des des gens de cette trempe que notre pays noue des liens de plus en plus serrés, en l’occurence de ces liens avec lesquels les séides de Franco garrotaient le cou de leurs opposants. La France s’honore bizarrement en échangeant son silence sur ces crimes contre le carburant de ses automobiles.

« Le poète a toujours raison,
Qui voit plus haut que l’horizon,
Et le futur est son royaume »
, chantait Ferrat. Au Qatar, le futur des baladins s’inscrit résolument dans la pénombre des geôles nationales.

Je cherche en vain la réaction unanime et indignée de tous ceux pour qui les échanges commerciaux s’accompagnent en principe de celui des cultures et de la civilisation. Les misères passées pour pertes et profits que l’on fait là-bas aux timides tentatives françaises d’acculturation n’augurent rien de rassurant pour la suite. Ce qui n’empêche pas nos bons amis Qataris de poursuivre quant à eux leur entrisme dans tous les secteurs de notre vie quotidienne. Ils réfléchissent en ce moment sur un achat du Printemps lequel, à défaut d’être à ce jour arabe, s’inquiète légitimement d’avoir à le devenir. En plein hiver.

En attendant cette embellie de notre société par le gaz arabe, j’invite tous ceux qui font passer l’intérêt financier avant celui des Droits de l’Homme à réfléchir, ne serait-ce que quelques secondes, à ce qu’il advient de ceux qui osent, avec leur plume comme seule arme, interpeller les puissants du côté de Doha. Les footeux du PSG, si prompts à dénoncer l’odieux racisme qui les accable en France, ne manqueront pas, je pense, de porter, sous leur maillot, un marcel stigmatisant le sort réservé aux saltimbanques par leur employeur. De même, je suis bien sûr que les étoiles de la galaxie Lagardère, les creuseurs de parkings de Vinci, les adducteurs d’eau de Veolia, les foreurs de Total, les gérants de palaces et demain, les avionneurs d’EADS, mettront un point d’honneur à stigmatiser, sourcils froncés, les coutumes majoritairement barbares de leur actionnaire minoritaire. Quant au Toulousain qui cherche au Qatar de l’argent pour son parc médiéval (Graals), je lui fais confiance pour qu’il y construise d’emblée un pavillon montrant aux enfants la survivance moyen-âgeuse de la féodalité versus Prophète, à quatre heures d’avion de la ville rose.

« Et c’est assez, pour le poète, d’être la mauvaise conscience de son temps » a écrit Saint-John Perse. Voilà bien la raison pour laquelle, au Qatar, on lui réserve, dans l’indifférence générale, le sort des rats quand il possède la grâce des papillons et comme tel, le goût de l’air libre.

Alain Dubos


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