Dogmatisme : souvenons-nous de l’affaire Lyssenko

Publié le 13 septembre 2017 - par - 15 commentaires - 888 vues
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Le 27 août dernier, Marcus Graven a publié dans Riposte Laïque un remarquable article (1) sur cette idéologie dominante qui, au nom du libéralisme, de l’antiracisme et du culte de la diversité multiculturelle, conduit à accepter l’invasion de son pays par les « migrants » et, suite à un attentat, à (comme le dit l’auteur) « embrasser les assassins des siens ». J’ai souhaité contribuer à cette réflexion en montrant que la force de cette idéologie ne tient pas seulement au fait qu’elle est imposée par nos dirigeants, mais également au fait qu’elle possède un attrait propre, quasi religieux :
d’une part parce que cette idéologie d’inspiration chrétienne est venue combler, dans notre culture devenue matérialiste, un besoin de transcendance : c’est ce que j’ai exprimé le 3 septembre dans un premier article (2) ;
d’autre part parce que l’esprit humain est ainsi fait qu’un dogmatisme idéologique y a un pouvoir de résilience considérable, même lorsqu’il conduit à nier l’évidence : c’est ce que je souhaite montrer ici en faisant appel à une vieille histoire scientifique de l’époque communiste, l’affaire Lyssenko (3).

Rappelons d’abord les faits, qui se sont déroulés en URSS à partir de la fin des années 1920, sous la dictature stalinienne. À cette époque, au nom de la logique bolchevique, Joseph Staline développa à l’excès le secteur industriel au détriment du secteur agricole, tout en pratiquant une collectivisation brutale de ce dernier et en persécutant les petits propriétaires paysans. Devant la pénurie alimentaire catastrophique qui en résulta (particulièrement en 1932-1933), Joseph Staline, ne pouvant endosser son échec (ce qui l’aurait obligé à remettre en cause sa logique), trouva son sauveur en la personne d’un technicien agricole ambitieux du nom de Trophim Denissovitch Lyssenko. Celui-ci se vantait de pouvoir obtenir des progrès agricoles considérables grâce à sa conception personnelle de la biologie. Cela, pour Staline, avait le mérite de « prouver » que seuls des « traîtres », paysans « saboteurs » et scientifiques « bourgeois », étaient responsables de la pénurie : à ces derniers, on allait enfin opposer un « savant » soviétiquement correct.

L’ennui, c’est que Lyssenko niait la génétique mendélienne, l’hérédité chromosomique et la sélection naturelle fondée sur la concurrence intraspécifique. Lyssenko croyait au contraire à des lubies telles que le « dévouement » de l’individu pour le bien de l’espèce, ou encore la possibilité de transformation directe d’une espèce en une autre sous le seul effet du milieu… Bref, sa vision de la biologie, qui fut popularisée sous le nom de « mitchourinisme » (4), était la négation de tout ce qu’on avait appris grâce à Mendel, Darwin et à leurs successeurs. Inutile de dire que les résultats agronomiques ne furent pas au rendez-vous. Mais grâce à l’appui de Staline, il réussit, pendant près de trente ans, à imposer ses théories au nom de la construction d’une « science marxiste et prolétarienne » (opposée à la science « bourgeoise et réactionnaire ») et à faire éliminer (vers l’exil ou le goulag) toute contestation scientifique. Lorsqu’en 1965 il put enfin être mis hors d’état de nuire, les généticiens Jacques Monod, André Lwoff et François Jacob recevaient le prix Nobel pour leurs travaux sur le fonctionnement de l’ADN. En comparaison, la biologie soviétique accusait un bon demi-siècle de retard…

Il est tentant de ne voir dans cette affaire que l’influence néfaste d’un charlatan sur un despote inculte. En réalité, le problème est beaucoup plus vaste. Lorsqu’apparaît dans une société un système dogmatique comme l’a été la doctrine communiste, il tend à empêcher la propagation de tout constat, même parfaitement objectif, entrant en contradiction avec lui, et ce pour une simple raison de cohérence. En l’espèce, le matérialisme dialectique d’Engels, paradigme de base du communisme, impliquait une vision elle-même dialectique de l’hérédité du vivant en interaction avec le milieu, donc la possibilité d’une hérédité des caractères acquis. A contrario, la théorie de la génétique classique, avec ses gènes invariants et « égoïstes » (5), était incompatible avec la conception communiste de la nature : « Si Lyssenko s’est imposé, c’est qu’il a été cru » (Jacques Monod) (6).

Une preuve de cette affirmation, et pour nous l’aspect le plus intéressant de l’affaire Lyssenko, se trouve dans le comportement, après guerre, des biologistes communistes d’Europe occidentale. Nombreux en effet étaient les intellectuels et scientifiques qui, face aux méfaits du nazisme, avaient été séduits par les vertus (théoriques) du communisme. Pour les généticiens, parties prenantes d’un développement scientifique spectaculaire à l’époque (suite notamment aux travaux de l’Américain Thomas H. Morgan sur la drosophile), la mise hors-la-loi de tout ce progrès par l’URSS sous l’influence de Lyssenko fut une douche froide. Quelques esprits scientifiques libres, en général les plus brillants tels Jacques Monod ou (aux USA) Hermann J. Muller, rejetèrent sans ambages les thèses de Lyssenko (et en tirèrent ensuite, accessoirement, les conséquences politiques). Mais les autres biologistes communistes, qui n’avaient pourtant rien à craindre pour leur vie, leur liberté, ou même leur carrière, tentèrent pour la plupart de concilier ces thèses avec la réalité scientifique (moyennant des acrobaties intellectuelles affligeantes), voire s’alignèrent purement et simplement sur la propagande de Moscou.

C’est dire la puissance que peut avoir un dogmatisme idéologique sur l’esprit humain, même chez des gens qui, faisant profession d’une discipline scientifique, auraient été censés manifester un certain esprit critique… Ces gens savaient, pourtant, que les prétendus résultats de Lyssenko étaient biaisés : absence ou insuffisance de répétitions expérimentales et de lots témoins, manque de validité statistique, conclusions contradictoires, etc. Mais ils étaient sensibles à l’argument d’autorité basé sur le matérialisme dialectique et, plus encore, ils craignaient l’anathématisation, car le discours des dirigeants communistes était clair : s’opposer si peu que ce fût au mitchourinisme, c’était ipso facto trahir l’URSS, le socialisme et le prolétariat – autant dire la honte absolue –, idée que ces militants (devrais-je dire ces croyants ?) ne pouvaient supporter.

L’histoire, dit-on, ne repasse pas les plats. Pas vraiment… mais les fonds de sauce sont souvent les mêmes. La propagande idéologique que les Européens subissent, souvent avec complaisance, depuis quelques années montre d’étranges similitudes avec la propagande communiste : au nom de concepts philosophiques séduisants (droits de l’homme, internationalisme, égalitarisme, etc.), on a construit, autour du culte de l’antiracisme et de la diversité, un ensemble de dogmes censés rester indiscutables quels que puissent être les échecs résultant de leur application (attentats, insécurité quotidienne, islamisation, etc.). La négation de l’hérédité culturelle, la croyance dans les bienfaits illimités de la diversité et autres lubies du multiculturalisme sont, biologiquement, tout aussi irréalistes que les lubies que professait Lyssenko. Mais ce sont des lubies en lesquelles les gens sont prêts à croire dans la mesure où elles flattent leur bonne conscience « humaniste ».

Et tout comme le mitchourinisme, le multiculturalisme est intouchable. Toute critique, ou même toute mise en évidence de ses échecs est au mieux vouée à l’anathème (sous les qualificatifs de « raciste », « facho », etc.), au pire sujette à poursuites judiciaires sous l’inculpation passe-partout d’« incitation à la haine » – tout comme, sous Staline, les biologistes contestataires étaient accusés d’« antisoviétisme » : si ce n’est pas de la dictature, ça commence à y ressembler…

Trophim Denissovitch Lyssenko est mort en 1976, dans l’indifférence générale. Aujourd’hui, aucun biologiste sérieux ne donnerait crédit aux idées qu’il professait. Nous pouvons donc penser que d’ici trois ou quatre décennies, l’aberrante idéologie multiculturaliste qui règne actuellement en Europe occidentale sera, elle aussi, passée de mode… Question : la civilisation française survivra-t-elle jusque-là ?

Jean-Marie Blanc
(Septembre 2017)

1. http://www.ripostelaique.com/reflexions-sur-lideologie-contemporaine-qui-amene-a-embrasser-les-assassins-des-siens.html
2. http://www.ripostelaique.com/apres-les-attentats-la-souffrance-et-le-dogmatisme
3. Joël et Dan Kotek : L’affaire Lyssenko, Éditions Complexe, Bruxelles, 1986.
4. Du nom d’Ivan Vladimirovitch Mitchourine (1855-1935), pépiniériste et horticulteur autodidacte dont Lyssenko prétendait s’être inspiré.
5. Richard Dawkins : Le gène égoïste, traduit de l’anglais (The selfish gene, 1976), Éditions Odile Jacob, 1996.
6. Préface de l’ouvrage de Jaurès Medvedev : Grandeur et chute de Lyssenko, Éditions Gallimard, 1971.

 

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Excellent article que je vais faire partager autour de moi et qui amène chacun à plus de réflexion sur l’idéologie mortifère dominante en France et la dictature qui s’y installe visant à imposer cette idéologie.

L’idéologie mortifère qui règne en France s’appelle république franc-maçonne !

Lors de l’écroulement du mur de berlin ;des milliers de jeunes et moins jeunes se sont précipités dans les breches …..mon opinion etait faite !! (surtout que quelques années auparavant des étudiants en agronomie etaient venus en stage pres de chez mes parents ….leur tristesse en disait long sur leur mode de vie) …ne me parlez plus des cocos et de leur masochisme

STALINE est aimer, dans l’Aveyron, LE PCF LE FÊTE ENCORE COMME UN DIEU.

Vent d\'Est, Vent d\'Ouest

@ Ramadier
Moins pire que Mélanchon qui loue tous les dirigeants communistes morts ou vivants à la France entière, suivie par Ségolène Royal qui encensait en Franco un libérateur du peuple cubain et faisait preuve de négationnisme quant aux opposants politiques emprisonnés en déclamant « Pas de liste, pas de prisonniers politiques » !

quelle joie pour les nombreux décérébrés par le marxisme de France de revoir la bonne tête du petit père des peuples

Excellent article ! D’Actualité totale…
– Différenciation des espèces interdite, sous peine de racisme…
– Vivrensemble exacerbé…
– PMA, niant la reproduction et surtout l’Enfant ! Bientôt GPA… Comité « d’Ethique » !!!
– LGBT validant toutes les déviances…
– Etc… Lyssenko pas mort !

Anecdote : Le 9 février 53, mon prof d’Histoire, tout de Noir vêtu, nous a annoncé la mort de Staline… DEJA !

La théorie du genre est une évidente résurgence du lyssenkisme : la biologie ne compte pour rien. Mais vos angles d’attaques ne sont pas bons. Darwin ne connaissait pas l’ADN. Lui aussi citait l’influence du milieu comme LE facteur d’évolution. Il n’avait pas non plus de preuves statistiques, et n’a jamais démontré l’évolution d’une espèce en une autre. Quant à la « survie du plus apte », autre pilier de la pensée darwinienne, c’est tout au plus une tautologie. Le « dévouement de l’individu pour l’espèce » n’est en effet pas un facteur d’évolution pour Darwin, mais c’est une thèse défendue par l’éminent généticien… lire la suite

S’il y a un bon exemple de multiculturalisme c’est St Martin ! 100 nationalités pour 35000 habitants. On voit le résultat.

Superbe texte. A dupliquer et faire suivre…

Excellent analyse. Les termes d’ « incitation à la haine » et de « déviationnisme » sont en fait synonymes. Ils désignent des opinions divergentes de la pensée obligatoire, et rien d’autre. La seule différence, c’est que le Goulag de l’un est juridico-médiatique tandis que l’autre était sibérien…

Remarquable rappel d’histoire et pertinente mise en parallèle des croyances autodestructrices du monde ancien. Pauvre de nous autres lucides et sans pouvoir. L’enfer du goulag nous attend.

Monsieur Blanc, magifique parallèle entre stalinisme et nos sociétés actuelles ! Ayant vécu quelques temps en Allemagne de l’Est du temps de la guerre froide, j’ai pu constater le conditionnement des mentalités, aggravé par le fait que ces personnes n’avaient pas de relation avec le monde « extérieur ». Les habitants du bloc est ne vivant qu’entre eux et ne pouvant se déplacer qu’entre pays de même obédience, n’avaient pas de contact avec le méchant monde capitaliste montré comme un monde de monstres et de fascistes (internet n’existait pas) J’ai pu également constater le retard économique et industriel de ce pays entravé… lire la suite

Pour moi les gauchistes sont morts.
Leur idéologie a fait des millions de morts.
Ils le savent bien.
On se sait pas pourquoi ils combattent.
Le vide
Je pense qu’ils vont mal finir
Alors patriotes que faisons nous.
La France n’est pas tombé je crois.
Vive la France.

au regard du nombre de traitres qui pensent et votent « progressiste » je trouve que les morts se portent bien

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