Election de Barak Obama : le modèle des Etats-Unis remis en question ?

Non, non, je ne suis pas mauvais perdant ! Barak OBAMA a bien gagné et c’est un homme assurément sympathique, intelligent, qui a de plus belle allure. François HOLLANDE, dans un autre registre, est aussi sympathique… Mais je me place résolument, pour ce qui est des élections américaines, sur le terrain des constatations que l’on peut faire à l’issue du scrutin et à la lecture des résultats.

J’ai déjà eu l’occasion de regretter que nos amis américains aient plutôt adopté le modèle communautariste que le modèle intégrationniste vis-à-vis des nouvelles populations issues de l’immigration. Cela dit, l’intégration se faisait ensuite au grès des réussites individuelles. Le fait que notre modèle intégrationniste français se soit grippé ne me fait pas changer d’avis, au contraire. Je considère que le dépassement des seuils de populations qu’il serait possible d’intégrer en termes de nombre d’immigrants est clairement à l’origine de ce dérapage, je ne reviens pas sur cette évidence. N’en va-t-il pas de même aux Etats-Unis, terre pourtant d’immigration ? Mais quand il n’y a plus volonté d’intégration mais souhait de préserver sa communauté, les conséquences sont sans doute identiques ici ou là…

Mais aujourd’hui, je voudrais plus particulièrement m’intéresser aux remarques diffusées dans nos médias sur le vote majoritairement des blancs en faveur de Mitt ROMNEY et le vote ultra majoritaire des noirs, des hispaniques et des asiatiques, notamment, en faveur de Barak OBAMA. Vous me direz, comme les commentateurs le laissent entendre, que les démocrates ont mieux su capter ces votes identitaires. Mais je crois plutôt que l’on assiste à une dérive terriblement inquiétante pour les Etats-Unis de leur modèle d’intégration. La démocratie est en danger quand un individu vote à une élection politique en fonction de la couleur de peau, ou de l’origine raciale d’un candidat, et non de son programme politique. On peut facilement anticiper d’ailleurs ce que serait le vote des étrangers aux élections locales si François HOLLANDE persévérait dans cette voie… Où est la citoyenneté ? Où est la Nation ?

A titre personnel, je continue de croire que Mitt ROMNEY était le meilleur candidat pour sortir les Etats-Unis de la crise économique. Attendons la suite. Sur le plan international, je reste également dubitatif. Le retrait des troupes américaines d’Irak avait clairement été programmé par George W. Bush et le retrait annoncé d’Afghanistan était bien entendu prévu mais sans avoir donné une date précise pour ne pas risquer de fragiliser la coalition sur place sur le plan militaire… Quant à Ben Laden, tant mieux si Barak OBAMA a bénéficié du succès des services américains dans la traque de ce terroriste mais, même si l’on peut s’en réjouir, cela ne constitue pas en soi un fait d’arme stratégique ni une avancée diplomatique… Bref, le bilan ne me semble pas à la hauteur des ambitions affichées en début de mandat. Quant aux programmes sociaux, et notamment le système de santé, soyons prudents dans nos analyses car le modèle américain diffère du nôtre et je ne suis pas sûr que nous ayons de leçons à donner en la matière… Le malade ne risque-t-il pas de mourir guéri ?

Mais l’élection est passée, Barak OBAMA a été élu. Est-il donc aujourd’hui le président des Etats-Unis d’Amérique ou le président principalement de minorités il est vrai de plus en plus importantes et de moins en moins dissoutes dans le corps social américain d’origine, pourtant lui-même si composite ? Nos seuils de tolérance, toujours nos seuils, encore nos seuils. Et la volonté de s’assimiler qui fait défaut. Nous sommes à la croisée des chemins. Et je ne pense pas, comme l’affirment nos commentateurs français, ou américains en l’occurrence, qu’il faille demander aux républicains d’aller séduire ce nouvel électorat par un discours adapté à leurs propres préoccupations. Non, je crois plutôt qu’il s’agit de réfléchir à l’avenir du modèle américain en tant que Nation et aux moyens de préserver les Etats-Unis en tant qu’entité territoriale cohérente. Ou nous faut-il considérer que les Nations les plus stables demain seront celles qui seront le plus homogènes sur le plan de leur population ? Et nos regards se tournent alors aussitôt vers le continent asiatique par exemple, mais aussi vers des pays comme l’Inde, voire l’Amérique du sud… De belles analyses en perspective pour nos politologues. Nous sommes en plein cœur d’une réflexion sur l’avenir de nos civilisations et, au-delà et dans une échéance pas si lointaine que cela, de l’harmonie de l’espèce humaine sur terre.

Pour cela, il nous faudra éviter de jouer les Pinocchio comme nous l’avons vu récemment en France, juste pour gagner une élection, fut-elle présidentielle, mais bien se poser les  vraies questions dans leur pureté cristalline à défaut de savoir trouver immédiatement les réponses aussi limpides qu’il le faudrait. Mais c’est en cherchant que l’on trouve… Et non en s’aveuglant ou en aveuglant nos concitoyens, français, ou d’ailleurs.

Je ne résiste pas à la tentation de faire un parallèle avec le débat qui secoue l’UMP actuellement dans la bataille pour la désignation de son futur président. Quand je lis ou entends des personnalités de ce parti (de chacun des deux camps en compétition, car ils ont eu le bon goût de se répartir équitablement dans les deux ce qui rend plus difficile le choix mais correspond peut-être à cette recherche mal comprise du « catch all party » c’est-à-dire du « parti attrape tout » en voulant séduire tout le monde…), quand je les entends  disserter sur la meilleure manière de positionner le parti dans l’avenir, plus ou moins à droite ou au centre, je rêve. Ou est-ce un cauchemar éveillé ? Je me demande si la bêtise a des limites. Cela dit, quand je vois notre aveuglement depuis ces dernières décennies, je crois que j’avais déjà obtenu la réponse. Lorsque De Gaulle dirigeait la France, il se demandait quelle voie il fallait suivre pour lui permettre de continuer à jouer un rôle clé dans le monde ! Et se fichait bien de savoir si on allait le positionner à tel ou tel emplacement de l’échiquier politique. Ne pourrait-on pas suggérer à nos futurs leaders de l’UMP, et des autres partis de droite dans l’idéal, de se poser cette seule question qui vaille. Le reste n’est vraiment pas à la hauteur des enjeux. Si j’osais, j’inciterais également les partis de gauche à s’engager sur le même chemin. Avec lucidité, courage et détermination. Pour un Nicolas BAVEREZ qui voit clair, combien de bataillons d’aveugles ébahis.

Pour redonner espoir aux français, aux américains, et à tous les habitants du monde, ne serait-il pas temps de leur montrer ce que pourrait être leur avenir et comment y parvenir. La route sera certainement sinueuse mais quand on connait le but du voyage, on peut, je crois, mieux supporter les épreuves.

Faisons confiance à l’intelligence humaine et à ceux qui sauront le mieux l’incarner dans un esprit de vérité. Et, en ce 11 novembre, rendons hommage à tous ceux qui se sont battus pour défendre notre liberté que nous malmenons si souvent comme des enfants gâtés qui risquent de découvrir un jour la triste réalité de notre sort, contraints de subir et non plus capables de décider souverainement. Le jour approche. A la vitesse grand V.

Patrick CLEMENT


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