Feuilleton de la mosquée de Saint-Germain (7) : les musulmans sont de mauvaise humeur

Une plutôt bonne nouvelle : dans le Journal de Saint Germain paru cette semaine, les « Esprits Médiocres » n’existent plus. Ils ont été effacés du discours du maire. D’un côté, un journal qui efface plus vite que son ombre, c’est un peu gênant.  Mais de l’autre, on avait du mal à croire que ce maire si brillant n’avait été élu que par des Esprits Médiocres.

Quant au Courrier des Yvelines du 18 janvier 2012, cela commence mal dès le début : il titre en première page, avec un gros plan sur les hommes assemblés dans une salle : « salle de prière : la ville dit non. » Or c’est un énorme  mensonge. Les citoyens de Saint-Germain  n’ont jamais dit non à une salle de prière, mais à un terrain appartenant à tous et donné pour rien.

Car des salles de prière, il y en aurait déjà deux ou trois, on ne sait pas trop.  Et prêtées gracieusement par la ville. Combien de salles prêtées  ? On n’ose pas demander. On en parle à voix basse. Qui paie le loyer, qui paie le chauffage, l’électricité, le ménage ? On aimerait bien le savoir. Car rien n’est gratuit en ce bas monde.

Pas mal de choses sont choquantes dans cet article du Courrier. D’abord on apprend que le projet existait depuis deux ans : là il y a de quoi tomber raide d’étonnement. Quoi, pendant deux ans, rien n’en a transpiré, personne n’en a rien su, personne n’en a parlé,  pas même au marché !… Les élus de la majorité ont commencé à le savoir seulement début octobre 2011, alors que nous vivons sous le règne de l’information !… Enfin, pas le plus petit article dans « Le journal de Saint Germain », émanation de la mairie,  ni dans notre bien aimé Courrier des Yvelines !…  Les élus de l’opposition l’ont encore moins su puisque certains ne l’ont appris que fin décembre. On peut dire que c’était vraiment fait en cachette, en catimini, sous le manteau. Cela a des relents de conspiration.

M. Sall de préciser à plusieurs reprises « nous travaillons (au présent, donc il ne renonce pas) en toute transparence. » On se demande alors ce qu’est la dissimulation pour lui, si cela, c’est de la transparence.

On apprend aussi que Mosaïque a travaillé avec deux architectes. Qui sont ces architectes ? Cela ne peut bien sûr pas être des architectes de la ville qui,  bien évidemment pendant leurs loisirs, ou pendant leurs RTT,  se seraient penchés  sur ce dossier tout à fait bénévolement  et pour rendre service au lieu d’aller jouer au tennis ou d’aller dormir. Ou alors, c’est qu’ils sont vraiment des philanthropes et il est urgent de leur donner une médaille. Et trois juristes également ! Alors finalement Mosaïque est d’une richesse insoupçonnée et on se demande pourquoi l’association pleure son manque de moyens et demande qu’on l’aide pour avoir un lieu de prière. Elle n’est pas aussi à plaindre que cela. L’association a de quoi se payer deux architectes, trois juristes : on ne peut pas en dire autant de toutes les associations.

M. Sall poursuit sous la plume du journaliste : « nous n’avions aucune raison de nous inquiéter ou de nous alarmer malgré le tapage… » Quel tapage puisque pendant deux ans personne n’a soufflé mot ?…Nous avons eu le silence pendant deux ans.  Au Sénégal, le pays d’origine de M. Sall nous dit-on,  les hommes palabrent des heures et des heures sur les places des villages, et  ici, on n’en aurait pas le droit ?

Là où M. Sall se trompe, c’est lorsqu’il dit en parlant de l’abandon du projet : « nous considérons que c’est un manque de considération flagrant envers notre communauté. » M. Sall n’y est pas. Les Saint-Germanois ont une très grande considération pour les musulmans, bien que notre constitution et notre droit, on ne le répétera jamais assez, ne reconnaissent  que les citoyens, non les communautés.  Simplement, les Saint-Germanois  ont aussi une grande considération pour la démocratie.

Emmanuel Lamy « favorise le repli sur soi et le communautarisme » ajoute M. Sall, toujours sous la plume du journaliste. Mais c’est au contraire en refusant ce projet, qu’Emmanuel Lamy refuse le communautarisme et le repli sur soi. Donner ce terrain à une fraction des musulmans au détriment des autres ne pouvait qu’augmenter le communautarisme. Où est le dialogue, où est l’ouverture aux autres , qu’il invoque ?

Et quand on voit la photo sur le journal, on ne voit que des hommes et on se demande où sont passées les femmes ? Elles sont restées à la maison pour faire la vaisselle ? Mais là aussi, où est le dialogue, où est l’ouverture sur les autres ? Ces hommes ne devraient-ils pas s’ouvrir aux femmes et à leurs droits, aux devoirs des hommes envers elles. Au fait qu’elles sont des êtres humains et sont  les égales des hommes en droits.

Justement puisque nous parlons de droits,  lorsque dans l’encart du journal M. Sall ajoute : « nous avons des droits et des devoirs. Les droits, nous les prendrons », il y a de quoi s’inquiéter. Je veux croire que le journaliste a  involontairement déformé ses propos.

D’abord en en ce qui concerne les devoirs, on aimerait  entendre M. Sall, mais non, pas un mot.  On aimerait l’entendre sur les devoirs qui sont ceux de tout acheteur, qui sont le paiement du prix, le respect des règles d’urbanisme, le respect des voisins.  Ces questions sont des questions que peut et doit se poser tout citoyen lorsqu’il s’occupe de sa famille ou de sa commune, on appelle cela gérer « en bon père de famille. » Il est donc légitime que nous les posions. C’est M. Sall qui le premier a parlé de  devoirs, il est normal qu’on y fasse écho. Car c’est en respectant la loi que les musulmans mettront les gens de leur côté, et qu’ils  montreront qu’ils respectent nos règles.

Par contre pour les droits,  M. Sall dit que  les musulmans veulent « prendre »  leurs droits. Quels droits ? Qu’ils relisent la loi de 1905,  l’État n’a pas à les  reconnaître. L’État n’a donc pas à leur donner de terrain. Emmanuel Lamy  leur a déjà accordé un peu trop d’attention  au gré des citoyens ordinaires de cette ville.

Notre droit refuse que l’intérêt particulier passe avant l’intérêt général. Imaginons un seul instant que les habitants de la ville se fédèrent, comme Mosaïque,  par groupes de 125 habitants pour demander un terrain gratuitement ? Compte tenu du fait que nous sommes 43 000 habitants, cela ferait 340 associations de 125 habitants prêtes à « prendre » leurs droits.

Et comment l’association Mosaïque va-t-elle  « prendre » ses droits ? Va-t-elle prendre le terrain, sabre au clair ?  Va-t-elle  faire la grève, manifester ?  Cela ressemble fort en tout cas à une menace. Ou alors c’est un malentendu.

Le projet n’est pas enterré, affirme le journal. Fort bien. Mais les « Esprits Médiocres »  veilleront au grain. Car à lire cette phrase « nos droits nous allons les prendre »,  la chose la plus gênante, c’est celle-ci : on a l’impression que la « communauté »  de M. Sall a plus de droits que le Français ordinaire. Que le fait d’avoir monté une association avec beaucoup de maladresse et de non-dit  lui donne sur nous une hypothèque définitive. Et cela, c’est tout à fait inacceptable. Et on continue de se demander quels engagements exacts ont été pris envers Mosaïque et quelles assurances ont bien pu  être données et acceptées.

Ce qui est insupportable, c’est que des gens semblent se croire au dessus de la loi, au-dessus des autres citoyens de ce pays, en raison de leur croyance. Et nous ne sommes pas du tout disposés à l’accepter.  Il faudra que Mosaïque en tienne compte si un autre projet est présenté. Errare humanum est, perseverare diabolicum est.

Il serait bien que chacun dans la vie politique prenne bonne note de cet adage.

Sophie Durand

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