Fillon-Copé, c’est nettement meilleur que Royal-Aubry

Cyrano commençait ainsi son dernier édito : « Les rieurs ont été comblés, toute la soirée de ce dimanche, par l’interminable feuilleton de l’élection pour la présidence de l’UMP ». A l’heure où il bouclait son texte, il ne pouvait pas prévoir les rebondissements multiples d’un vaudeville qui fait ricaner la France entière, et lui confirme, s’il le fallait, la dégénérescence de l’UMP, incapable de tourner vraiment la page Sarkozy.

Au-delà des rebondissements prévisibles, c’est surtout le cynisme et l’absence de morale de ces dirigeants qui éclatent au grand jour. D’abord, à l’UMP, cela ne paraît pas avoir posé de problème que l’un des deux postulants, le temps d’une primaire, demeure à la tête du parti. Ainsi, Copé fut à la fois l’organisateur de cette élection, et l’un des deux candidats. Fallait-il que Fillon soit d’une rare suffisance, et surtout qu’il ait une grande confiance dans les sondageux, pour accepter une telle situation. Même au Parti socialiste, qui, pourtant, en dehors de sa belle posture morale, ne vaut pas plus cher, Martine Aubry, lors de la primaire pour la présidentielle, avait démissionné de son poste, laissant les commandes à Jean-Philippe Désir, dit Harlem.

Chose amusante, et autre parallèle entre les deux grands partis, l’intérimaire, Désir, avait un passé judiciaire des plus chargés, condamné à de la prison avec sursis pour détournement de fonds. Or, dans notre interminable feuilleton, Fillon propose que cela soit un autre repris de justice, Juppé, qui tienne la boutique. Bref, les militants auraient voté pour deux candidats… et verraient un troisième, qu’ils n’ont jamais élu, diriger le parti !

Les supputations vont bon train. Mardi, au Parlement, les députés UMP, se croyant sans doute dans un congrès de leur parti, et pas dans l’Hémicycle, ont fait une gigantesque ovation à leur nouveau chef, Copé, pensant le feuilleton terminé. Les allégeances au maire de Meaux, de la part de partisans de Fillon, commençaient à se multiplier, au nom du rassemblement, bien évidemment.

Il est par ailleurs cocasse de réécouter ce que disait Copé, au lendemain du psychodrame socialiste de 2008…

Mais au PS, cela s’était calmé en quelques jours. A l’UMP, cela parait plus compliqué. A présent, se pensant le vainqueur, Fillon veut saisir la justice. Mais la vraie question est ailleurs : peut-il vraiment rester à l’UMP ou doit-il partir si Copé reste à la tête ? Et il pourrait peser, en cas de départ, une centaine de députés, soit plusieurs millions d’euros par an. Donc, ruiner l’UMP ! On imagine les grenouillages, les promesses, les plans de carrière qui se dessinent, les manœuvres de coulisses, les coups tordus, voire les menaces (car la politique, c’est avant tout un rapport de forces) qui doivent se multiplier. Bref, rien que des choses fort éloignées de l’intérêt de la France, dont ils se moquent comme de leur première culotte.

Curieusement, on remarque une grande discrétion du Parti socialiste, qui voit là une réédition du feuilleton de 2008 entre Royal et Aubry. Pour une fois excellent, le journaliste Jean-Michel Apathie rappelait, devant un Jospin tétanisé se réfugiant dans la langue de bois, le cynisme des dirigeants socialistes, qui avouaient sans vergogne avoir triché.

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Parmi ces dirigeants, le nommé Lamy est aujourd’hui ministre. Le nommé Bachelet est numéro deux d’un PS dirigé aujourd’hui par un homme condamné pour détournement des fonds publics. Le Marseillais Mennucci demande la dissolution de Civitas, au nom de la défense de la République ! Et les gérémiades des lieutenants de Fillon nous rappellent le célèbre « Nous ne nous laisserons pas voler notre victoire » de Manuel Valls, apparemment aussi efficace comme lieutenant de Royal que comme ministre de l’Intérieur.

Que l’UMP et le PS se ressemblent dans la triche interne n’étonnera personne, eux qui, main dans la main, montraient leur peu de respect de la démocratie en violant, en 2008, le vote du peuple français effectué en 2005, contre le Traité constitutionnel européen. Mais le plus inquiétant n’est-il que ces gens-là, capables de tricher contre leurs camarades, puissent encore, dans leurs bastions, organiser des élections nationales, tenir des bureaux de vote, et annoncer les résultats ? Certes, majoritairement, leurs militants sont honnêtes. Mais ne peut-on pas s’interroger sur le déroulement des dernières élections législatives, dans certains bureaux de vote ? Que dire de l’élection de la socialiste Sylvie Andrieux, dans les quartiers nord de Marseille, quand on sait qu’elle est mise en examen, pour la modique somme de 700.000 euros détournés au conseil régional pour arroser des associations bidons, et obtenir le vote des « quartiers sensibles » de Marseille.

Le pire est qu’on imagine aisément les tripatouilleurs socialistes et UMP à la buvette de l’assemblée nationale, se raconter, en se tapant sur les cuisses, leurs petites histoires internes, et rigoler de leurs tricheries réciproques, comme si ces méthodes sordides faisaient partie de leur ADN.

Pour une fois, on partagera la conclusion d’Apathie, dans sa longue tirade : « Que se dit Martine Aubry tous les matins, je suis l’élue de la triche ?  Elle vit bien avec ce genre de pensée ? ».

Apparemment, cela ne l’a pas empêché de dormir, pendant les quatre années où elle a dirigé le PS. Et on peut supposer que Copé, qui restera probablement à la tête de l’UMP, même s’il paraît avoir perdu dans les urnes, ne devrait pas avoir son sommeil davantage perturbé.

Il y a vraiment quelque chose de pourri dans la représentation politique française où les deux grands partis ne représentant plus que les intérêts policitiens d’une caste, et absolument plus ceux du peuple français.

Jeanne Bourdillon


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