Hani Ramadan à Poitiers, trois semaines après la « profanation »

Coup de tonnerre dans le ciel poitevin : Hani Ramadan est l’invité d’honneur, ce dimanche 11 novembre, d’une série de conférences intitulée Comprendre l’islam, organisée par les musulmans de la Vienne en réaction à l’occupation du chantier de la future mosquée de Poitiers par Génération identitaire. Hani Ramadan, c’est l’homme de la lapidation, considérée par lui comme un commandement divin qui ne saurait être discuté !

C’est par un article de La Nouvelle République, daté du samedi 10 novembre, que j’apprends sa présence à Poitiers. Je m’interroge : pourquoi apprend-on si tard l’organisation d’un tel événement ?

Pour tenter d’en savoir plus, je contacte par téléphone l’organisateur et lui fais part de mon étonnement. L’annonce a été faite par tracts dans la ville de Poitiers et, « au national », par PagesHalal.com. Il ajoute qu’il a été interviewé à ce sujet dès jeudi par La Nouvelle République.

Sans prêter de mauvaises intentions à La Nouvelle République, peut-on imaginer qu’elle a délibérément différé l’annonce pour empêcher toute opposition au sulfureux Hani Ramadan ? Allons, allons ! Pas de paranoïa… Pourtant, il existe un précédent récent : Hani Ramadan a dû annuler sa participation à un rassemblement de ce type à Mérignac, au mois de mai dernier, face à un mouvement de protestation (Riposte laïque s’en faisait l’écho).

Faute de pouvoir dénoncer ce scandale, je me résous à assister à ces  conférences, d’ailleurs explicitement ouvertes aux non-musulmans.

La salle de la Hune (800 places) n’est qu’à moitié occupée : hommes majoritaires, femmes et nombreuses fillettes dûment voilées. Il y a une sorte de partition dans la salle : hommes d’un côté, femmes et enfants de l’autre ; division probablement due au fait que des salles de prière non-mixtes ont été aménagées de part et d’autre. Quant au possiblement non-musulmans, ils sont tout au plus une dizaine.

Je me croyais partie pour assister à une série de conférences au sens classique du terme. Or, là, elles étaient entrelardées de rites religieux, prières, invocations, appel du muezzin.…

En guise de hors-d’œuvre, nous écoutons l’exposé de la théologienne Nassima Prudor. Elle semble utiliser l’islam comme un rempart contre la violence des hommes. Son propos peut se résumer ainsi : comment survivre à l’islam quand on est une femme. Tous ses efforts tendent à fabriquer, à grand renfort de sourates, un portrait idéalisé de la femme musulmane : sorte de figure désincarnée, intouchable et sanctifiée… qui ne rend pas compte de la douleur d’être une femme musulmane, souvent pauvre, ignorante, humiliée, asservie, excisée…

Puis vient la pièce maîtresse : Hani Ramadan himself ! Et là, surprise : le public ne montre pas de déférence particulière à l’égard du grand homme. Combien savent-ils qui il est ? Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le comportement de ce public : indiscipliné, bavard, bruyant… au point de contraindre les organisateurs à plusieurs rappels à l’ordre !

Hani Ramadan commence néanmoins son exposé intitulé : Islam, religion de paix et d’ouverture. Il a l’habileté de présenter des valeurs et des principes qui ont une portée universelle : la bonté à l’égard du prochain, l’aide au plus pauvre que soi, la miséricorde face à la personne malade, la protection due aux sans-papiers, la tolérance à l’égard du non-musulman, le respect dû aux animaux. Nous avons même eu droit à l’anecdote sur la pécheresse envoyée en enfer pour avoir maltraité sa chatte, témoignage ultime de l’infinie bonté de l’islam… Tant de bonté, on s’ennuierait presque…

Je relève cependant deux points forts :

– Hani Ramadan encourage les jeunes musulmans à rejeter l’islam pratiqué par leurs parents qui n’a « rien à voir avec le vrai islam ».  Il est vrai que les anciens avaient pour certains une pratique relâchée : les femmes n’étaient pas voilées et bien rares étaient ceux qui s’astreignaient aux cinq prières quotidiennes parmi les travailleurs immigrés des années soixante et soixante-dix… un  peu à l’image des Français, qui ne vont plus à l’église tout en conservant une croyance en Dieu. Hani Ramadan met en garde les jeunes générations contre « l’imitation aveugle des traditions familiales » et leur propose de se tourner vers Ibn Taymiyya, grand pourfendeur du soufisme, Abdelwahab, fondateur du wahabisme saoudien, et bien sûr vers son propre grand-père Hassan El Banna, fondateur des Frères musulmans… En bref il les incite à « faire un retour aux sources »,

– il propose une sorte de mode d’emploi  aux musulmans vivant dans les sociétés occidentales. Il leur conseille de s’y intégrer et de « participer à l’élan démocratique » [sic], l’islam recelant, selon lui, des trésors de démocratie, mais sans jamais oublier que la « volonté populaire ne peut être au-dessus de la volonté de Dieu ». Il insiste sur le fait qu’il faut œuvrer continuellement pour l’islam en intégrant des mouvements islamiques afin de ne pas être « contaminé » (mot qui semble lui avoir échappé !) par l’environnement occidental et de prendre le risque de perdre son identité. À la manière d’un Dominique Strauss-Kahn qui déclare se demander chaque matin comment il pourra se rendre utile à Israël, Hani Ramadan propose à chaque musulman de s’interroger : « Qu’ai-je fait cette semaine pour l’islam ? »

Ainsi Hani Ramadan s’est montré sous des allures débonnaires. Un bon père de famille, en somme. Si je n’avais pas eu connaissance de ses écrits et de ses conférences, je lui aurais donné le bon Dieu sans confession tant sa parole, doucereuse et soporifique, annihile tout esprit critique… ça doit être l’effet taqîya

C’est en cela qu’il me paraît bien plus inquiétant que son frère Tariq dont il est plus facile de déjouer les pièges en raison de son besoin irrépressible de séduire, de faire des œillades appuyées à toute caméra qui l’approche… Avec Hani Ramadan, il faut être sur ses gardes… Il est parvenu à s’introduire à Poitiers, à y distiller son poison, sans que nous en soyons prévenus, comme par effraction… Faisons en sorte qu’il n’y ait pas de deuxième fois, sachant qu’Abdelmajid Amzil, le président de l’association organisatrice Abchir, l’a chaleureusement invité à venir prêcher la bonne parole deux fois par an…

Je quitte ces lieux avec un sentiment amer. Que laissons-nous à nos enfants ? Nos élites se chargent chaque jour de détruire un peu plus les bases de notre civilisation : attaques portées contre la famille, contre les sentiments patriotiques, contre l’identité sexuelle, contre l’héritage chrétien, etc. Pendant ce temps, la communauté musulmane s’organise, prospère et défend son identité, ses valeurs et ses croyances avec la bénédiction des mêmes élites…

Compte-rendu d’une autre tonalité, on s’en doute, dans La Nouvelle République de ce lundi 12.

Leila Syam


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