La défaite électorale de Nicolas Sarkozy risque de ne pas se réduire à l’insuccès d’un homme (Nicolas Sarkozy) et à celui d’une formation politique, l’UMP.
Aux pieds de la colonne de la Bastille, aux côtés du drapeau du PCF, on a agité force drapeaux, drapeaux tunisiens, marocains, « palestiniens », et ceux de l’Algérie arabo-musulmane. Ouvrons ici une parenthèse.
Chacun sait que le prolétariat algérien en France, qui est à l’origine du nationalisme algérien et de ses partis (Glorieuse étoile nord-africaine, PPA, MTLD, la scission violente produisant d’un côté le MNA méssaliste et de l’autre le FLN qui exterminera le précédent) est enfant d’un peuple qui a été conquis militairement et islamisé par la force. La majorité des Berbères d’Algérie, les Kabyles, ont constamment résisté, à leur manière, à une oppression par les autorités musulmanes successives. En 1816, cette volonté de rester soi-même se concluera par l’écrasement sanglant d’un nième soulèvement berbère, par les autorités ottomanes d’Alger.
Depuis, la résistance de ce peuple, voulant conserver sa culture et aspirant à son unité politique autant que culturelle, se traduira par son combat pour le statut de sa langue. C’est en cela que surprend, que de jeunes franco-algériens choisissent d’agiter un fanion étatique qui consacre l’oppression multiforme des autochtones d’Algérie et non l’emblème de ces derniers (qui ont constitué un gouvernement en exil et revendiquent l’autonomie de la Kabylie). Cela a quelque chose de tragique, qui va bien au-delà de la question du résultat des élections présidentielles françaises. C’est un peu comme si de jeunes Juifs pro-Hollande, dont les parents auraient fui la Russie et la Pologne pour échapper aux pogromes et aux persécutions agitaient, avec enthousiasme, les drapeaux du Tsar ou ceux du parti national démocrate polonais*1.
J’avais d’abord écrit drapeau « araboberbère ». C’était un lapsus. Il exprimait un espoir persistant. Mais, malheureusement, les supporters franco-algériens du nouveau président ne sont pas aussi ceux des algériens qui combattent, -dans le pays dont ils se revendiquent-, depuis de longues années pour la démocratie politique et l’égalité des droits de la majorité, bafouée dans sa culture et ses droits politiques.
L’égalité des droits, hautement revendiquée place de la bastille, au nom de l’égalité des cultures, à coups de pétitions, -pourquoi pas-, et aussi à coups de drapeaux tricolores et de voitures brûlés, est là- bas ignorée, méprisée, bafouée, traduite en ridicule.
Cette nuance de l’opinion était manifestement présente dimanche soir,
pour fêter le vainqueur
Tout va donc très bien, madame la marquise, monsieur le Président, mesdames et messieurs les journalistes. Rassurons-nous, la France « black-blanc-beur » est enfin revenue et sur ses bons rails…
Tout va bien donc. Il n’y a aucun problème vital en vue.
On peut, sans s’inquiéter le moins du monde, sauf à être « xénophobe »,
sauf à vouloir « diviser » les français, élargir le corps électoral.
On peut ouvrir le droit de vote, sans même demander aux nouveaux électeurs non-encore français : Vous reconnaissez-vous dans les fondamentaux de ce pays, que sont :
- l’égalité politique et familiale des femmes
- le droit personnel impresriptible des jeunes filles à disposer d’elles mêmes et à n’avoir pas à subir de mariages forcés, ni à être des mineures de vingt à trente ans surveillées par leurs frères
- le droit de chacun d’avoir ou n’avoir pas une religion, et le droit d’en changer librement, même si c’est en abandonnant l’islam, au profit d’une autre religion ou de l’athéisme
- le droit de n’avoir pas à être taxé, contre son gré, au nom de tabous alimentaires de nouveaux arrivés…
Monsieur le nouveau Président, pour vous, ce n’est pas le moins du monde un problème que parmi vos supporters soient présents, et enthousiastes contributeurs de votre succès, des porteurs frénétiques du symbole de l’Algérie de la dictature quinquagénaire de la bureaucratie militaire et policière formée par la caste militaire de l’ancienne ALN de l’extérieur.
Le drapeau de la dictature « arabo-islamique » du FLN pourrait désormais se marier avec le drapeau tricolore, comme après que Maurice Thorez ait voulu unir le drapeau rouge de la révolution prolétarienne avec le drapeau tricolore de la révolution démocratique et du patriotisme républicain?
Cette présence n’était pas discrète, pour ne pas dire qu’elle s’est beaucoup montrée et agitée.
Votre succès serait le sien ?
Ces drapeaux, agités côte à côte, celui du PCF et celui du FLN gouvernant sur les ruines de la souveraineté populaire et de la démocratie mots-nés en 1962 en Algérie, FLN gouvernant sur le dos d’un pays exangue en dépit de la rente gazière et pétrolière, cela ne résume-t-il pas une facette étonnante de votre succès et le contenu réel préoccupant de la promesse à laquelle vous vous êtes engagé ?
La nation française est condamnée, par vos supporters
Elle est clouée au pilori. Elle est sommée de cesser d’être elle-même, au motif qu’elle devrait s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir, s’ouvrir, sans condition, en donnant la citoyenneté à des personnes prétendant obstinément opposer des croyances antémoyennâgeuses, -dont il leur est interdit de se débarasser-, à ce qui s’est construit en France en sept siècles.
Soyons juste, Monsieur le Président. En compensation de cet autodafé des « dogmes » jacobins, vous défendez l’idée de ratifier le traité européen concernant les langues régionales aux fins, -dois-je croire-, d’accorder un petit plaisir, une image de son passé, à ce qu’il subsiste de la France des villages.
On laissera donc sombrer la langue française, capétienne puis jacobine, -langue trop difficile pour intégrer à égalité la « diversité »- ; on laissera mourir la langue de Molière, Racine, Voltaire, Alfred de Vigny, Mallarmé, Chateaubriand, Baudelaire, née de l’édit de Villers Cotterêt, au profit des langues régionales et du sabir de « quartier » dont le rap illustre l’immense valeur poétique et culturelle ainsi que sa fonction indépassable de facteur de « mieux vivre ensemble ».
Ne pas stigmatiser les religions…
Question : est-ce qu’au nom de « l’égalité et de la fraternité », le pays va devoir adopter, comme siennes, les « valeurs » découlant de l’exemplarité des tueries répétées de Juifs –ceux ayant fui les Romains qui avaient conquis et débaptisé leur pays, la Judée, pour l’appeler « Palestine » (du nom des peuples venus des îles de la mer Egée et de territoires côtiers formant l’actuelle Grèce orientale)- Juifs qui vivaient à la Mecque, à Médine et dans la grande oasis de Khaybar au 7ème siècle ?
Devrions-nous tous, et obligatoirement, sous peine de poursuites judiciaires, reconnaître la valeur des actes de l’homme qui a perpétré ces Saint-Barthélemy orientales à répétition ?
S’il n’est pas qu’un mythe, il semblerait que nous devrions admettre ces actes de guerre totale comme étant exemplaires, -« pour tous et pour toujours »- ainsi qu’expliquait Khaled Roumi, dimanche matin six mai, sur l’écran de l’émission « islam ».
Est-ce, ce que vous, nouvel élu du suffrage universel, avez appelé dimanche ce soir :
« l’égalité », et « l’ouverture à tous » ?
Est-ce, ce que vous, nouvel élu, appelez « laïcité », « liberté », « égalité » ?
Ne sommes-nous pas, en réalité, face à un sérieux détournement du sens des mots, au profit d’une menace de destrution d’une ampleur inégalée de ce qui subsiste de la laïcité de la république, de ce que furent les lois républicaines, en particulier celles imposant, à toute croyance religieuse, comme à toute conviction politique ou philosophique, les limites posées par la liberté de croyance ou d’incroyance des autres ou leurs convictions politiques contradictoires ?
Le propos de votre ami Delanoë étaient en apparence doucâtre. Il cherchait à caresser, dans le sens du poil, l’ouvrier ou l’employé redoutant les effets multiples de la faillite de l’union européenne qui exige et exigera : la dissolution des vieilles nations qui ont permis, en France, plus fortement qu’ailleurs, un pays organisé construisant et entretenant les moyens matériels de l’égalité politique et économique.
Insistons, ce sont les vieilles nations qui restent les bastions de la démocratie poltique, en tant que réalité humaine organisée et institutionnelle.
L’élargissement du corps électoral à des résidents immigrés, -accédant sans condition aucune au droit de vote et plus commodément ensuite à la nationalité- est un véritable pied de biche menaçant de briser ce que les combats nationaux démocratiques ont mis sept siècles à laborieusement édifier..
J’ai entendu dimanche cette femme, une de vos sympathisante exigeante. Avec son accent, vous avez du l’entendre crier avec force vers la caméra : on est libre ! la dictature c’est finie !
La dictature est finie !
Nous n’étions pas libre ? La police tirait à vue, et sans avoir de compte à rendre ?
Ainsi nous vivions en dictature et nous ne le savions pas?!
Une autre femme, la tête couverte d’un couvre-chef religieux que je ne nommerai pas, -il ne faut pas stigmatiser n’est-ce pas, avez-vous dit et exigé-, est venue montrer sa carte d’identité, pour se plaindre et vous réclamer un logement immédiat…
Sept siècles de construction nationale ont produit la Nation, au travers de guerres civiles et de conflits armés avec les puissances étrangères, au moyen de plusieurs révolutions et de contre-révolutions.
Quel esprit d’autocritique stalinienne faisait dire, dimanche soir, à cet élu qui vous est proche :
« aucun enfant de la république ne sera ségrégué, ne sera discriminé ! ».
Parce qu’en France il y aurait ségrégation, discrimination, relégation ?
Le propos est grave. Il diffame le pays et les normes de la république. Il affirme une ségrégation qui n’existe pas. Il prétend combattre une discrimination imaginaire.
A Tulle vous vous êtes engagés, sur deux points :
je reprends vos mots : on me jugera dans cinq ans à cette question :
« est-ce que j’aurai fait avancer la cause de l’égalité, ce rêve français ? ».
Rêve ou cauchemar, monsieur le nouveau Président?
Rêve ou cauchemar ? Votre discours débordait de bons sentiments, qui peut le nier ? Mais ils s’incarnaient dans une réthorique enfilant les mots comme des perles, pour fabriquer des phrases à double sens et prendre de engagements creux ou graves qui m’ont rappelé ceux de votre « maître », l’homme qui a abusé les sidérurgistes et les mineurs en 1981 en coiffant un chapeau et en portant une écharpe à la Léon Blum.
Après la fête de la Bastille I (celle de mai 1981), après les mots et les phrases sonores, après les poses, nous connaîtrons le plan Delors. De quoi tirer fierté, croyez-vous ?
Dés 1983, ce sera la mise en route de la politique de réduction des retraites. C’est cette politique là que Jacques Delors et la bureaucratie europoïde systématiseront, -au début de la décennie qui s’est achevée avec le siècle-, comme fondement paradigmatique des politiques et des choix « inéluctables » s’imposant à tous les pays de l’union européenne.
Nouveau départ pour l’Europe ?
Nouvel espoir pour le monde ?..
Nouvel espoir ou sérieux échec, que le projet réaffirmé ce dimanche soir d’élection par votre ami, Monsieur le Maire de Paris, que de continuer à briser la souveraineté nationale du pays qui a tiré les autres de l’avant dans la voie du progès politique et social ?
Je veux me répéter : Nouvel espoir ou sérieux échec destructeur, que d’accorder la nationalité à des personnes qui n’acceptent pas l’égalité homme-femme ; à des personnes qui n’acceptent pas le droit de changer de religion lorsqu’on est né de parents musulmans*2 ; à des personnes qui n’acceptent pas que Mahomet, puisse être regardé et étudié comme n’importe quel personnage historique ou comme tout mythe, qu’il soit décortiqué et/ou critiqué par les historiens, les philosophes, les philologues- débusquant sous la transcription arabe, l’araméen tardif du Coran qui dit autre chose que ce que dit la langue arabe de la sunna dont les effets contredisent nombre de lois républicaines- ou les simples citoyens, si les uns ou les autres estiment, en conscience, devoir le faire.
Quelle cause, quelles valeurs, vise cette nouvelle citoyenneté passant pas l’élargissement automatique et inconditionnée du corps électoral, au plan municipal dans un premier temps ?
Représente-t-elle comme les commentaires et les slogans le laissent penser, la victoire d’un peu plus de 51% des citoyens de ce pays ?
« Deux France se regarderont en chien de faience »
Je l’ai fait remarquer il y a quelques jours, deux France se font face.
Depuis l’affaire Dreyfus, jamais le pays n’a autant été divisé contre lui-même. Il est divisé entre ceux qui veulent qu’il reste en vie et ceux qui lui demande de cesser d’être lui-même, pour « ne pas diviser ». Le résultat des urnes n’apaisera pas les tensions, bien au contraire je le crains.
Tout ne fait que commencer
C’est ce que dira le dessinateur Plantu*2 dimanche soir.
L’une, la France nouvelle, pourrait s’autoriser à réclamer et obtenir que soit censurée l’expression de l’ancienne France, parce que la parole de cette dernière l’offenserait.
Des citoyens nouveaux devraient entrer dans le corps de la nation, en la réduisant au silence parce qu’ils possèderaient des croyances ayant le droit de s’imposer, -comme autant de vérités absolues indiscutables-, ou parce que parler des batailles de Poitiers et de Lepante l’offenserait.
Parler de la guerre de cent ans ou des victoires républicaines ou napoléoniennes a-t-il jamais offensé les élèves originaires d’Allemagne, de Russie, d’Espagne ou d’Angleterre ?
Ne pas être d’accord pour s’incliner devant les manifestations de dogmes religieux quotidiens débordant de ces nouveaux électeurs et futurs compatriotes serait désormais un délit « raciste », passible de la justice du « vivre ensemble »… Et l’on voudrait que cette alternance ne soit pas appréciée comme un revers pour la démocratie, pour la démocratie politique dans son aspect de principe représenté par la libre expression, par le droit de réfléchir et de dire.
Comment pouvez-vous imaginer qu’au lieu de « vivre ensemble », de manière apaisée, on ne débouche pas, au contraire, sur un vivre ensemble qui ne sera qu’un ardent chaudron de sorcières, qu’une source de tensions et de violences à répétion comme les joyeusetés, auxquelles votre élection a données lieu, les préfigurent ?
Si c’est cela votre projet, Monsieur le Président
on ne peut mieux dire que le dessinateur…
Alon Gilad
*1 Le parti national démocrate se caractérisait par un antisémitisme féroce. Entre les deux guerres, ce parti menait une constante agitation pour réaliser le boycott des Juifs vivant en Pologne. Il réclamait l’interdiction d’embaucher des ouvriers ouvriers juifs dans les usines. Il menait des actions pour que la population polonaise n’achètent pas aux boutiquiers Juifs.
A Lodz, le grand centre textile polonais, ce parti organisera une grève bloquant son usine, parce qu’Oscar Kon, le patron juif, avait recruté quelques prolétaires juifs. Son fils, venu pour pour négocier avec les grévistes, sera assassiné avant même d’avoir pu commencer à discuter.
*2 A ceux qui me demanderaient si je ne fais pas une méchante critique, dont j’épargnerai les chrétiens et les autres religions, je répondrais qu’il n’existe plus sur la planète Terre qu’une religion, et une seule, qui interdise à ceux qui y ont adhéré ou y sont nés, de pouvoir la répudier pour en adopter une autre ou pour cesser d’en avoir.
En France, souvenons-nous, quand l’ancien ministre de l’intérieur Chevènement tentera de négocier avec les organisations musulmanes, pour fabriquer un « islam de France », en leur demandant de reconnaître la liberté de conscience républicaine, c’est à dire le droit d’adopter ou de répudier une religion, quelle qu’elle soit, ses interlocuteurs « de France » exprimeront une vive indignation.
De quoi de quoi, le droit de quitter « sa » religion ?
D’accord, si c’est pour les Juifs observants,d’accord si c’est pour les chrétiens et pour les bouddhistes, pas de problème. Pour devenir mahométan, ils n’ont que onze ou douze mots à dire… Mais pas pour les musulmans. Quitter la religion, « leur religion », qui est comme une sorte de seconde peau, c’est un autre problème, c’est absolument impossible. Ce serait comme un assassinat. Ce serait une exigence « islamophobe », « xénophobe » et « raciste » !
L’élargissement du corps électoral, que le nouvel élu et que ses supporters veulent mettre en œuvre, fait l’impasse sur le fait qu’une partie des « français », ou des futurs électeurs aux municipales, appelés à devenir plus facilement français, sont des français ou seront des français privés d’un droit élémentaire conquis et légalisé par l’édit de Nantes.
Ce droit personnel est devenu un élément constitutif de la citoyenneté française. Il y aurait donc de plus en plus de « citoyens » et de « français » qui seraient privés de ce droit et se retrouveraient régis par deux légalités.
Je sais que ce que je dis fera réagir le nouveau président. Il indignera son aéropage et la cohorte de la caste de la journalistocratie ; mais je vais le dire, parce que c’est la logique des fondements de votre projets.
Monsieur le nouvel élu, ce que vous nous concoctez, que vous le vouliez ou pas, ce sont l’érection de « hollandistans » comme il y a des Londonistans, en nombre de plus en plus préoccupant
*3 Résumant la victoire hollandiste, le dessinateur Plantu légenderera ainsi la caravelle-galère emportant vers de nouvelles aventures le pays et l’équipage du nouvel élu : Christophe Collomb a été le premier «socialiste », il ne savait pas où il allait. Il ne savait pas où il était arrivé et il a organisé son expédition avec l’argent des autres…











