Laïcité et interdiction du voile islamique dans l’espace public : Marine Le Pen a raison

Publié le 24 septembre 2012 - par - 2 998 vues
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Que le christianisme et le judaïsme aient partie liée avec l’héritage historique de la civilisation française, nul n’en disconvient. D’ailleurs, cette réalité historique a permis jusqu’à présent à ces deux religions anciennement implantées en France, la première davantage que la seconde, de revendiquer l’une comme l’autre une visibilité légitime aussi bien dans l’espace public que dans les débats de société : de la présence de calvaires sur les routes de nos campagnes à la toponymie d’inspiration chrétienne des noms de nos communes, du port discret de la kippa par les juifs pratiquants à l’adaptation pragmatique des dates de concours scolaires aux contraintes du calendrier liturgique israélite, l’inconscient collectif français reste marqué en profondeur par ces puissants repères identitaires.

Toutefois, depuis peu, la donne religieuse a profondément changé dans notre pays avec l’enracinement durable dans le tissu de la société française d’une religion importée, l’islam, dont les caractères singuliers heurtent foncièrement les traits culturels traditionnels de la civilisation française ; le poids numérique croissant de ses fidèles, la vitalité de son action pastorale et la radicalité de son discours prosélyte concourent de surcroît à faire de l’islam une confession à part, distinguant nettement celle-ci des autres religions monothéistes pratiquées en France, pour la plupart aujourd’hui en déclin.

Imposant à l’Etat une stricte neutralité dans l’exercice des cultes, la laïcité à la française est devenue désormais impuissante à enrayer les débordements endémiques auxquels l’exercice de la religion musulmane donne lieu ici ou là en France. Certes, avec la loi adoptée en février 2004 prohibant le port de signes ostentatoires à l’école et celle votée en octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, les pouvoirs publics se sont appliqués à contenir sporadiquement l’expansion de pratiques religieuses contestables, mais celles-ci ne cessent, ailleurs, de s’imposer autoritairement comme autant d’écarts de conduite collective : du scandale des prières de rues au rite de la viande hallal qui dicte sa loi dans les cantines scolaires ou dans les abattoirs français, la liste est longue de ces pratiques religieuses régressives qui ne font aucunement l’unanimité dans notre pays.

Ce bouleversement radical du paysage religieux français, source de bien des dérives communautaristes, impose avec urgence l’obligation de redéfinir en profondeur notre rapport aux religions, notamment en reformulant sans attendre le concept imprécis de laïcité qui, dans sa pratique courante, laisse jusqu’à présent aux fidèles de confessions juive ou chrétienne la liberté d’afficher librement dans l’espace public les signes extérieurs de leur appartenance religieuse respective. Confronté, avec l’irruption de l’islam sur le devant de la scène, à la multiplication de manifestations religieuses inédites, si peu conformes aux traditions séculaires de la France, notre pays se doit de maîtriser cette considérable mutation anthropologique, en invitant les fidèles de toutes confessions religieuses, ainsi que leurs autorités cultuelles, à accomplir pareillement, par la voie de la concertation, un vaste compromis historique au nom du Bien commun et de l’unité nationale.

Autrement dit, restant sauves la prééminence culturelle de la religion chrétienne en France et la liberté de chaque croyant de pratiquer librement sa foi en son for intérieur, les fidèles de toute confession auraient à accepter à l’avenir de ne plus afficher ostensiblement dans l’espace public leurs signes religieux distinctifs. Assurément, il s’agirait là d’une atteinte indiscutable au droit de chaque individu d’exercer pleinement sa foi, mais cette entorse assumée, au demeurant toute relative, à cette liberté publique fondamentale ne serait-elle pas en vérité le prix qu’il nous faudrait payer pour préserver collectivement, dans un même élan salutaire, une paix civile qui demeure d’autant plus fragile à conserver que la France doit désormais s’accommoder durablement de la présence conflictuelle sur son sol d’une pluralité de confessions religieuses et du poids grandissant d’un islam décomplexé ?

En prônant ouvertement l’interdiction dans l’espace public le port du voile religieux et de la kippa, mais aussi de tout signe ostensible de la foi chrétienne, en considération du seul intérêt général, Marine Le  Pen a pris une initiative courageuse et équitable qui vise au fond, dans le dessein de conjurer tout risque de fragmentation de la société française, rien moins qu’à relancer un débat jusqu’alors soigneusement occulté pour mieux ouvrir à la réflexion collective l’épineuse question de la refondation de la laïcité en France.

Ce vaste chantier politique, qui ne doit souffrir demain dans son expression d’aucun interdit ni tabou, ne se refermera certainement pas de sitôt.

Karim Ouchikh

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