Islamophobie : La lucidité de Salman Rushdie et la stupidité de la sociologue de service

A propos de l’islamophobie, deux analyses, deux citations extraites du  même numéro du » Nouvel Observateur » (2511-2512 du 20 décembre 2012 au 2 janvier 2013).

La première de Salman Rushdie – on connait- (p 142-143), la deuxième de Dominique Schnapper, sociologue, directrice  d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, membre du Conseil Constitutionnel de mars 2001 à mars 2010 ( p 113);

1 – Question du journaliste : « Les islamistes d’aujourd’hui prennent la posture de perpétuels outragés, criant sans cesse au blasphème et dénoncent une islamophobie agressive. Vous, vous dénoncez la montée d’une nouvelle intolérance, dont personne ne voulait convenir, et vous écrivez que  » le mot d’islamophobie avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles » Pourquoi? »

Réponse de Salman Rushdie : « une telle attitude repose sur l’idée que tout système de pensée est respectable et devrait donc échapper à la critique, considérée comme négative. Or, si je ne suis pas d’accord avec vos idées, je dois avoir le droit de les critiquer – même si j’ai tort!

On ne peut pas exempter de toute critique un système de pensée en invoquant un quelconque racisme.

Une idée n’est pas une race, une religion n’est pas un groupe ethnique.

Il faut protéger les individus de la violence, comme celle actuellement perpétrée en Europe par des groupes néofascistes contre des membres de communautés ethniques ou religieuses. Mais on n’a pas à protéger des idées. Elles sont sujettes à critique. On peut se montrer féroce envers des idées tant que la critique intellectuelle ne se transforme pas en attaque personnelle, ad hominem. Le désaccord intellectuel est un droit. Si on estime que la religion est nuisible, ou que telle religion est plus problématique qu’une autre, on doit avoir le droit de le dire, sans être étiqueté comme islamophobe par exemple.

Je n’ai pas le droit de tabasser quelqu’un à cause de ses idées, mais j’ai le droit de tabasser ses idées.

Je crains d’assister à un renversement des valeurs : au lieu de défendre le droit à la liberté d’expression, on attaque ceux qui usent de ce droit. C’est le monde à l’envers.

Le principe même de l’échange d’idées, d’une discussion ouverte, c’est que tôt ou tard l’interlocuteur va dire quelque chose qui ne vous plaît pas, voire qui vous déplaît fortement et même vous blesse. C’est là que commence la défense de la liberté d’expression. Il est trop facile de défendre la liberté d’expression de gens avec lesquels on est d’accord ou auxquels on est indifférent. Croire à la liberté d’expression, c’est être capable de défendre le droit à exprimer des idées auxquelles on est radicalement hostile.

Dans ma jeunesse, j’accordais peu d’attention à cette liberté d’expression, que je tenais pour acquise.

Je n’aurais jamais cru qu’il nous faudrait à nouveau livrer ce combat des Lumières, qui paraissait gagné. C’est pourtant le cas, face à une autre Eglise.

Mais nous avons ce précédent, et le souvenir d’une première victoire.

C’est un combat et une conscience que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. Sinon Voltaire nous en voudrait, il se retournerait dans sa tombe. »

Bravo! Merci Monsieur Salman Rushdie. Nous sommes heureux et honorés de vous avoir comme allié dans ce combat.

2– Question du journaliste:  » Les actes d’antisémitisme et d’islamophobie attestent-ils une plus grande difficulté des trois religions à vivre ensemble? (? glurp!)

Réponse de Dominique Schnapper: « De la même façon, l’islamophobie est surtout un phénomène de « petits Blancs » inquiets des dégradations sociales et qui en viennent à rejeter l’autre. »

Sans commentaire.

Jean Théron


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