J’ai été accusée de dire des conneries, parce que je refusais de dire des todderies !

Publié le 21 novembre 2011 - par - 2 235 vues
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Lors de l’émission de Franz Olivier Giesbert de vendredi dernier, Emmanuel Todd, lors d’un passage disparu au montage (un de plus)  s’est exclamé, en se tournant vers moi, que Riposte laïque, c’était les années 30, et qu’il n’aurait pas aimé me rencontrer à cette époque. Je lui ai répondu que la réciproque était vraie. Je suppose qu’un homme qui a une telle écoute de l’autre a été très frustré que je n’aie pas eu le temps ni le loisir de développer, alors comme il n’est jamais trop tard pour bien faire…

S’il faut parler des années 30, 80 ans plus tard, faisons-le. Un nouveau totalitarisme s’impose en France, de moins en moins sournoisement, de plus en plus ouvertement. Il y a 80 ans, nous assistions également à la montée du stalinisme et du nazisme et certains pacifistes, ou idiots utiles, en niaient la réalité. Vendredi dernier, sur le plateau de Giesbert, la majorité des participants a non seulement minimisé le danger de l’islam, mais appelé à une immigration encore renforcée. Cela ne leur pose donc aucun problème, en période de chômage de masse, que des gens venus d’ailleurs puissent faire une concurrence déloyale à nos travailleurs, occuper les logements sociaux auxquels  nos compatriotes pourvus de seulement 2 ou 3 enfants ne peuvent avoir droit, dépassés par les « grandes familles » prioritaires, et, pour nombre d’entre eux, voiler leurs femmes et cracher sur les nôtres en mini-jupes, égorger les animaux de boucherie et la volaille, exiger des salles de prières, des horaires aménagés pour le ramadan et les piscines, enfermer les femmes et leur interdire de choisir leur mari, voiler leurs gamines qui ont eu la malchance de naître filles  ?  Que 40 % de Tunisiens vivant en France aient pu voter majoritairement pour  les partis  les plus intégristes, comme Ennahda en Tunisie, ne pose apparemment guère plus de problème à Todd et aux siens…

Il y a 80 ans, dans les années 30, des pseudo-pacifistes préféraient nier le danger nazi, pour sauvegarder la paix. Je trouve qu’ils ressemblent étrangement à Todd niant la réalité de l’islam et de l’immigration actuelle. Il y a 80 ans, également, nous étions au plus fort du stalinisme. Quiconque se risquait à contester la réalité du socialisme telle que L’Humanité la présentait, et évoquait les goulags et famines, se voyait insulter par des staliniens qui ressemblent étrangement à Todd m’empêchant de parler sur un plateau.

C’est pourquoi, sans doute, dans les années 30, Todd aurait fait un excellent ministre de la propagande d’un régime totalitaire, et les invités de l’émission de Giesbert d’excellents disciples lui servant la soupe.

Voilà ce qu’il est impossible de répondre, sur un plateau télévisé, face à un aboyeur haineux, et voilà une lacune réparée, parce que, s’il n’y avait eu que des Todd, dans les années 30, je n’aurais pas donné cher de la peau de mon pays.

Mais allons plus loin. Il suffit, au demeurant, d’observer ce personnage sur le plateau pour comprendre son fonctionnement, son arrogance et surtout son amour de la censure. Tout d’abord, il s’est comporté, avec les encouragements de la plupart des présents, en « mâle dominant », interrompant, pérorant, approuvant les compliments qui pleuvaient sur lui, se levant à chaque pause pour serrer les mains de ceux qui étaient censés le contredire et qui, au contraire, ne pouvaient s’empêcher de faire référence à ses paroles. Bref, les autres invités se faisaient interrompre sans arrêt, mais prêtaient allégeance à celui qui leur manifestait si peu de respect ! En effet, sacralisé par Giesbert qui l’a appelé tour à tour « notre prophète, notre grand démographe nationale, notre sociologue… » on pourrait presque avoir pitié de ce grand gosse capricieux, grand bourgeois si habitué à être l’enfant-roi. Le malheureux, du haut de toute sa science, n’était absolument pas préparé à faire face à une femme sans référence, qui ne pouvait que raconter des conneries, et ne lui arrivait donc pas à la cheville ! Quelle idée Giesbert a-t-il eue de mélanger les torchons et les serviettes ! De même Todd a-t-il dû remettre à sa place le courtois Jean Sévillia, historien ringard à ses yeux, qui ne pouvait, lui aussi, que dire des conneries. Eh oui, dans l’esprit étriqué d’un Todd, ne pas dire des todderies, c’est dire des conneries ! Bref, cela s’appelle du terrorisme intellectuel, mais cela va plus loin, car les enjeux vont bien au-delà d’un simple échange entre universitaires.

http://www.youtube.com/watch?v=EGW45iUtUsU&feature=player_embedded

Il est évident qu’un Todd est prêt à tout pour imposer sa vision des choses, justifiant ses agressions et interruptions perpétuelles avec l’indécence de celui qui est persuadé de détenir la vérité et qui prétend donc interdire aux autres de parler :  « vous dites des conneries », « c’est pas vrai » « si vous pensez qu’on a le droit de raconter n’importe quoi« …

Moi, je trouve très très inquiétant qu’un soi-disant universitaire, censé faire de la recherche et donc chercher « la vérité » soit incapable d’écouter les autres et de contre-argumenter, se contentant de les empêcher de parler. Cela fait irrésistiblement penser à des époques sombres, à la censure et aux conséquences tragiques des choix de ceux qui, comme un Laval, un Doriot ou un Staline, pensaient, eux aussi, détenir la vérité.

C’est que la vérité qu’on nous a servie vendredi a de quoi inquiéter et ne pouvait que nous conduire à faire des parallèles peu rassurants avec les années 30, avec ceux qui, entendant le bruit des bottes en 1933, 1936 ou 1938,  péroraient eux aussi pour expliquer qu’il n’y avait pas grand-danger et qu’un petit traité signé nous préserverait du pire…

C’est que le pire –on peut aussi l’appeler la réalité- a été nié, à nouveau, vendredi dernier. On  rappellera, dans le bêtisier de l’émission, quelques jolies perles qui feront comprendre l’ambiance et le niveau à ceux qui n’auront pas vu l’émission ou auront été incapables de la regarder plus d’une demi-heure :

« Bidar : « on a un préjugé d’altérité, on fait comme si l’islam était une religion autre  » ; « l’image de l’invasion est subliminale, les chiffres de l’invasion réelle des migrants sont modérés » ; « la société française est capable d’intégrer » ; « nous sommes davantage des héritiers de l’islam que des musulmans » ; « l’islam est en train de s’emparer des Lumières » « elle (C.Tasin) parle de quelqu’un qui n’existe pas et qu’elle appelle les musulmans » ; « sociologiquement les musulmans ça n’existe pas, ils sont atypiques »; « il faut créer un Ministère de la fraternité à la place de celui de l’immigration et de l’Identité nationale  » ; « l’islam n’est pas appliqué dans nombre de pays musulmans« .

Blandine Kriegel  » il ne faut pas entrer dans l’avenir à reculons » ; « on doit faire des progrès sur l’idée qu’il y a une culture unique à laquelle il faudrait s’assimiler » (pour ceux qui n’oseraient pas comprendre, la culture unique visée c’est la nôtre…) ; quand elle essaiera de faire le point sur le délit de blasphème, Chebel l’empêchera de parler.

Ferry (à qui on serait presque tentés de pardonner pour ses efforts méritoires pour expliquer que l’islamophobie n’avait rien à voir avec du racisme) : « la peur de l’autre, c’est la peur du même ; pour les barbares, ça peut se comprendre, il y avait peut-être des raisons d’avoir peur, mais ce n’est pas le cas avec l’immigration« .

Todd : « l’apprentissage de la langue française se fait tout à fait normalement chez les immigrés » (c’est pour cela que les classes de primo-arrivants sont légion et que les enfants doivent de plus en plus souvent servir d’interprètes avec leurs parents lors des réunions parents-professeurs) ; « il y a des plus en plus de mariages mixtes et ils se font sur la base de celui qui vit en pays d’accueil » (c’est pour cela que les non-musulmans qui épousent une musulmane doivent se convertir et chasser porc et alcool de la maison commune) ; « il    faut que les gens de gauche soient prêts à se battre sur l’islamophobie » ;  « tous les immigrés qui arrivent sont de plus en plus éduqués »  ; « la pratique religieuse est très très faible » ; « il ne faut pas prendre les textes trop au sérieux » .

Chebel : « l’immigré est un fantasme, il n’y a pas de problème d’immigration en France », « quand on est islamophobe on vise les immigrés, pas l’islam » ;  « les immigrés qui tiennent aux Lumières sont plus nombreux que les autres » ; « les musulmans français sont les meilleurs défenseurs du pacte républicain, les autres sont une minorité et s’ils ne s’intègrent pas c’est la faute à la crise et à la France qui n’a pas fait ce qu’il faut, il y a un malaise au sein de la République« .

Bref, un beau festival de todderies !

P.S. J’ai trouvé, par hasard, quelques « conneries » fameuses :

« C’était surtout l’Islam dont la présence me tourmentait (…). Déjà l’Islam me déconcertait par une attitude envers l’histoire contradictoire à la nôtre et contradictoire en elle-même: le souci de fonder une tradition s’accompagnait d’un appétit destructeur de toutes les traditions antérieures. (…) »

« Pourquoi l’art musulman s’effondre-t-il si complètement dès qu’il cesse d’être à son apogée? Il passe sans transition du palais au bazar. N’est-ce pas une conséquence de la répudiation des images? L’artiste, privé de tout contact avec le réel, perpétue une convention tellement exsangue qu’elle ne peut être rajeunie ni fécondée. Elle est soutenue par l’or, ou elle s’écroule. (…) »

« Sur le plan esthétique, le puritanisme islamique, renonçant à abolir la sensualité, s’est contenté de la réduire à ses formes mineures: parfums, dentelles, broderies et jardins. Sur le plan moral, on se heurte à la même équivoque d’une tolérance affichée en dépit d’un prosélytisme dont le caractère compulsif est évident. En fait, le contact des non-musulmans les angoisse. »

« Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main on les précipite, de l’autre on les retient au bord de l’abîme. Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses ou de vos filles pendant que vous êtes en campagne? Rien de plus simple, voilez-les et cloîtrez-les. C’est ainsi qu’on en arrive au burkah moderne, semblable à un appareil orthopédique (…). »

« Chez les Musulmans, manger avec les doigts devient un système: nul ne saisit l’os de la viande pour en ronger la chair. De la seule main utilisable (la gauche étant impure, parce que réservée aux ablutions intimes) on pétrit, on arrache les lambeaux et quand on a soif, la main graisseuse empoigne le verre. En observant ces manières de table qui valent bien les autres, mais qui du point de vue occidental, semblent faire ostentation de sans-gêne, on se demande jusqu’à quel point la coutume, plutôt que vestige archaïque, ne résulte pas d’une réforme voulue par le Prophète – « ne faites pas comme les autres peuples, qui mangent avec un couteau«  – inspiré par le même souci, inconscient sans doute, d’infantilisation systématique, d’imposition homosexuelle de la communauté par la promiscuité qui ressort des rituels de propreté après le repas, quand tout le monde se lave les mains, se gargarise, éructe et crache dans la même cuvette, mettant en commun, dans une indifférence terriblement autiste, la même peur de l’impureté associée au même exhibitionnisme. (…) »

« Ces anxieux sont aussi des hommes d’action; pris entre des sentiments incompatibles, ils compensent l’infériorité qu’ils ressentent par des formes traditionnelles de sublimations qu’on associe depuis toujours à l’âme arabe: jalousie, fierté, héroïsme. Mais cette volonté d’être entre soi, cet esprit de clocher allié à un déracinement chronique (…) qui sont à l’origine de la formation du Pakistan (…). C’est un fait social actuel, et qui doit être interprété comme tel: drame de conscience collectif qui a contraint des millions d’individus à un choix irrévocable (…) pour rester entre musulmans, et parce que qu’ils ne se sentent à l’aise qu’entre musulmans. »

« Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme insconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. »

« Un autre destin est possible, celui, précisément, que l’Islam interdit en dressant sa barrière entre un Occident et un Orient qui, sans lui, n’auraient peut-être pas perdu leur attachement au sol commun où ils plongent leurs racines »

« L’évolution rationnelle est à l’inverse de celle de l’histoire: l’Islam a coupé en deux un monde plus civilisé. Ce qui lui paraît actuel relève d’une époque révolue, il vit dans un décalage millénaire. Il a su accomplir une oeuvre révolutionnaire; mais comme celle-ci s’appliquait à une fraction attardée de l’humanité, en ensemençant le réel il a stérilisé le virtuel: il a déterminé un progrès qui est l’envers d’un projet. »

De qui sont ces phrases sans appel qui vont, forcément, conduire le Mrap, la Licra et la LDH à demander son inculpation post-mortem ?

De Claude Levi-Strauss, anthropologue ayant lutté toute sa vie contre une vision universaliste du monde et ayant largement contribué à la valorisation des identités culturelles. C’est le même qui disait aussi « les brefs contacts que j’ai eus avec le monde arabe m’ont inspiré une indéracinable antipathie  » et qui a été amené à ce retournement extraordinaire : « J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture » (propos recueillis par Dominique-Antoine Grisoni, « Un dictionnaire intime », in Magazine littéraire, hors-série, 2003). »

Des mauvaises langues susurrent qu’Emmanuel Todd serait le petit-neveu de Claude Lévi-Strauss. Décidément, la lucidité et l’honnêteté intellectuelle ne se transmettent pas avec les gênes.

Christine Tasin

Résistance républicaine

 

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