J’ai refusé l’aide d’un jeune arabe qui me proposait de porter ma valise : Pourquoi ?

Le 24 décembre dernier je suis allée à Lyon pour passer Noël en famille. J’ai pris le TGV à Aix-en-Provence et suis descendue à Lyon Part Dieu. Il y a des plans inclinés et des escaliers pour descendre à la salle des pas perdus où on devait venir me chercher. J’avais un peu de peine à soulever ma valise dans l’escalier. Un homme assez jeune, arabe, est venu vers moi et m’a dit : »Je vais porter votre valise ». J’ai dit non, il m’a regardée tristement et m’a dit « Mais pourquoi ? », puis il s’est éloigné.

Il le savait bien pourquoi, et moi aussi, puisque peu après une jeune femme m’a offert la même chose et je l’ai laissée faire.

Je me suis sentie triste et mal à l’aise. Parce que je n’ai pas su reconnaître un geste simplement humain, elle est là la vraie discrimination, non pas celle dont on nous parle constamment. Cet homme n’avait pas de mauvaises intentions, il voulait seulement m’aider, me rendre service. Non pas comme tout le monde, mais comme n’importe quel homme ou femme de bonne volonté. Comme il y en a certainement encore beaucoup. J’en veux à la société dans laquelle nous sommes qui nous empêche de les voir. Aux politiques insensées menées depuis des années, qui ont creusé ce fossé entre les gens. Et moi, je ne sais pas, j’ai eu peur, peur de quoi ? Des violences dont on entend parler partout et que l’on attribue souvent à une partie de la population, souvent à bon droit d’ailleurs. Et je l’ai rejeté à cause de son apparence. Ce geste que je n’ai pas accepté, c’était peut-être sa façon à lui de « s’intégrer ».

Pendant les fêtes je n’ai pas eu le temps de réfléchir  à cet incident. Mais le souvenir m’en revient maintenant, il me hante même. J’ai le sentiment d’une occasion perdue, d’une maladresse de ma part. Petite goutte d’eau qui peut-être va faire basculer cet homme de l’autre côté, du côté de ceux qui veulent détruire cette civilisation, cette culture où les femmes peuvent prendre le train seules et ne sont pas obligées de se couvrir la tête.

Jacqueline Fichet


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