Jean Moulin et Daniel Cordier : L’esprit de Résistance n’appartient à aucun camp

Publié le 27 mai 2013 - par - 1 157 vues
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C’est l’histoire d’un jeune homme dans les années 40.  Il s’appelle Daniel Cordier, appartient à une bonne famille de droite, dite extrême. Il est militant actif de l’Action française et admirateur de Pétain et Maurras. Il fonde beaucoup d’espoir dans le maréchal qui ne saurait trahir la France en signant l’armistice avec les Allemands.  Mais le 17 juin 40, Pétain annonce la capitulation de la France.  Et le jeune homme, écoeuré, n’a plus qu’une idée : s’engager dans l’armée française et tuer du boche.  Il s’embarque avec ses pairs, sur un cargo à destination du Maghreb, pour rejoindre l’armée. Le cargo  sera détourné et amerrira en Angleterre. Là commence son épopée. Il rejoint de Gaulle, sera réexpédié en France où il entrera dans la Résistance. Très vite Rex le choisira comme secrétaire puis  collaborateur. Cordier ignorera jusqu’à son arrestation le vrai nom de Rex : Jean Moulin. Celui-ci engage le jeune homme sans hésitation, alors que Cordier ne lui cache pas son appartenance à l’extrême droite. Ce qui compte pour Moulin c’est la détermination, le courage, le patriotisme  et la capacité de travail de Cordier. Moulin n’a que faire des étiquettes, seule compte la qualité d’un homme. Son esprit de résistance.

DSC_0078Telle est la trame  du beau téléfilm «  Alias Caracalla : au cœur de la Résistance » diffusé sur F3  les 25 et 26 mai 2013.  Saluons la chaîne publique qui a produit  cette mise au point historique juste et dense. Elle donne à connaître de l’intérieur le quotidien âpre, menacé des jeunes résistants, venus de tout bord. En Espagne aussi, mais à l’inverse,  à la veille de la guerre civile en 1936, les rangs de la Phalange franquiste seront nourris par des transfuges déçus du communisme et de l’anarchisme. Le téléfilm très fidèle à a réalité, met à mal des stéréotypes tenaces et faux. Non, la Résistance ne fut pas l’apanage de gens de gauche, elle a regroupé des esprits venus d’horizon politique opposé, que réunissait un but commun : chasser l’occupant nazi. Oui, la Résistance fut le fait d’une petite minorité de personnes de tout bord, mal organisées, isolées, peu formées aux armes, mais le courage et le goût de la liberté chevillés à l’âme. La majorité comme d’habitude, collaborait activement ou passivement. Qui ne dit mot consent. Rien que de très ordinaire dans l’Histoire des hommes :  elle nous ressasse sous des formes apparemment différentes, le même  scénario, résumé par le philosophe Arthur Schopenhauer.

 «  Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition, puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence ».

Aujourd’hui se réédite le scénario du film – voila pourquoi il est si emblématique.  Les acteurs sont nouveaux et les situations beaucoup plus  complexes. L’occupant n’est plus aisément repérable, il se cache sous le masque de la victime présumée, puisqu’il fut lui aussi occupé. Il a deux atouts majeurs : l’absence de frontières et la protection des élites politiques. Ces derniers en sont restés justement au scénario d’avant, celui que raconte notre téléfilm. Totalement ignorants de la réalité complexe de la Résistance, à savoir entre autres, le  melting pot politique qui l’a caractérisée, ils plaquent sur la réalité d’aujourd’hui leur mythologie d’Epinal. Ils font de l’arrêt sur image. Cette image ressassée de la dernière guerre, où les méchants étaient visibles à l’œil nu, uniformes, bottes et inévitables aboiements. Aujourd’hui il n’y a plus d’uniforme militaire. La menace viendrait plutôt de ces symboles flottants qui envahissent notre espace, voiles et kamices, et de ces hurlements fanatiques qui ponctuent certains égorgements, de ci de là. Ils ne sont que l’écume de la vague de fond.

L’esprit de résistance n’appartient à aucun bord politique. Au contraire même.  Il va à contre courant d’une certaine tradition de gauche, qui supposait la liberté de penser. La gauche est devenue un camp de concentration de la pensée, parquée entre les barbelés du dogme.

Anne  Zelensky

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