J’irai à la messe de Noël pour défendre notre culture

La fête de Noël approche et l’on en parle beaucoup sur Riposte Laïque.

Cela me donne l’occasion de partager avec tous les lecteurs l’expérience que j’ai faite l’an dernier.

Notre famille venait de perdre, sept mois plus tôt, son plus jeune enfant, Camille, âgé de 25 ans. Ecrasé, sur le bord d’une petite route de montagne.

Le conducteur de la voiture a bien sûr pris la fuite, certain qu’il était de l’impunité puisqu’il n’y a eu, à notre connaissance, aucun témoin. Depuis, l’enquête a été classée sans suite et nous en resterons probablement là, avec notre douleur, nos interrogations et notre haine.

Noël arrivant, l’ambiance n’y était pas vraiment à la maison. Cependant, nous avons tout de même tenu, mon mari, les deux frères de Camille et notre belle-fille, à faire ce que nous faisons régulièrement pour Noël, c’est-à-dire à passer cette fête familiale chez mon père, en Provence.

Le soir du réveillon, je ne sais comment ni pourquoi, l’un de nous a dit qu’il avait envie d’aller au village, à la messe de minuit. J’ai 57 ans et jamais je ne suis allée à la messe de Noël. La religion n’a jamais fait partie de notre univers familial, ni en adhésion, ni en « bouffeur de curé ». Tout simplement, on n’en parlait jamais.

Mais cette année là, dans l’état d’esprit où nous nous trouvions, quelque chose avait vraiment changé. Le côté commercial et clinquant de Noël nous agaçait un peu.

Bref, finalement, plusieurs d’entre nous, la surprise passée, ont adhérés au projet et nous voilà partis  vers l’église du village, à pied, pour une petite demie heure de marche.

A partir de cet instant, que du bonheur ! La marche d’abord, de nuit, bien couverts parce qu’il fait froid même en Provence. L’occasion de se parler dans l’intimité du petit groupe. Puis la rencontre, peu à peu d’autres groupes qui, nous n’en doutons pas, se rendent au même endroit que nous.

Le centre du village est magnifiquement décoré. Les Noël de Provence ont vraiment quelque chose de magique. On croirait se trouver dans l’une de ces petites cartes de Noël de notre enfance. On les appelait des mignonettes je crois.

La messe elle-même fut un moment de pur bonheur. Liturgie simple, chants joyeux, belle lumière. Tout pour nous était une découverte, surtout le plaisir de chanter « il est né le divin enfant » qui nous a plongé de facto dans notre enfance. A la sortie, du chocolat et du vin chaud nous attendaient. Les visages étaient heureux autour de nous. Nous avons pendant un petit moment pu discuter avec de parfaits inconnus qui nous ressemblaient. J’ai attendu 57 ans pour découvrir toute la simplicité et le bonheur de cet instant qui, pourtant, a toujours fait partie de notre histoire familiale. Nous avons, à la maison, toujours fêté Noël, sans aucun de son aspect religieux. Il n’y a jamais eu de crèche au pied du sapin.

Retour à la maison, dans le silence d’abord. Nous étions tous un peu étonnés d’avoir « osé ». Cette année, bien sûr, nous y retournerons.

Et je me dis maintenant que si nous étions des milliers à aller à cette messe de minuit, si nous pouvions faire que ce jour là les églises se remplissent au point que cela intriguent les journalistes et que l’on parle enfin de noël non pas  du seul point de vue commercial, mais aussi pour ce qu’il est dans notre culture, c’est-à-dire une grande fête chrétienne. Croyant ou pas, c’est un rituel qu’il serait sain de retrouver. Il n’y aurait finalement pas plus de déshonneur, quand on est laïque ou même athée, à assumer ce rituel que lorsque l’on va à une messe d’enterrement d’un ami ou d’un proche. Et, au moins, cela montrerait que nous tenons toujours à notre culture.

Alors, chiche,  la messe de Noël comme geste politique et arme culturelle ?

Je vous souhaite à tous u n joyeux Noël.

Michèle Cao


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