La Cour des Comptes épingle l’EN, mais ne met pas les pieds dans le plat…

Publié le 10 octobre 2017 - par - 18 commentaires - 1 229 vues
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La Cour des Comptes vient d’épingler les comptes de l’Éducation nationale. A juste titre puisque, malgré l’augmentation des dépenses, l’institution ne donne guère de signes d’amélioration, bien au contraire ! Mais on est surpris par les remèdes préconisés.

On aurait pu s’attendre à des mesures relatives à la gestion financière et matérielle des EPLE (Établissements Publics Locaux d’Enseignement, c’est-à-dire la quasi-totalité des collèges et des lycées), dans lesquels l’ordonnateur des dépenses est le chef d’établissement qui n’a, il faut bien le dire, guère de compétences en la matière, compte tenu d’une formation réduite au minimum et surtout d’un désintérêt de sa hiérarchie pour tout ce qui ne concerne pas la pédagogie. Or, passer des marchés, acheter, hiérarchiser et anticiper les dépenses, cela s’apprend. De plus, il ne dispose d’aucun « contrôleur de gestion » pour l’assister. Il conviendrait aussi de revoir des règles aussi absurdes comme celles consistant à épuiser tous les crédits en fin d’année afin d’être assuré de voir ceux-ci reconduits à l’identique l’année suivante.

Concernant la gestion des personnels, assurée par le Ministère, beaucoup d’idées au goût du jour semblent forger le point de vue de la Cour des Comptes. Elle remet en cause un système jugé « trop centralisé » en oubliant un peu vite la formidable performance de cette gestion, dont le coût est très compétitif du fait des économies d’échelle, même s’il peut y avoir çà et là quelques ratés, au demeurant fort peu nombreux. Faut-il rappeler que l’Éducation nationale est le sixième employeur mondial, avec plus d’un million d’agents, juste derrière la Société des Chemins de Fer Indiens ?

On est surpris de voir des « propositions » dont on ne voit pas bien en quoi elles sont de nature à générer des économies comme « l’annualisation de l’horaire des enseignants », censée faciliter les remplacements. Ou encore la « bivalence », c’est-à-dire l’obligation pour un professeur d’enseigner deux matières. Certes, cela faciliterait pour le chef d’établissement l’organisation des services, qui constitue souvent un véritable casse-tête, mais quelle économie en attendre ? On voit bien en filigrane l’idée qu’il y a derrière : instituer une polyvalence généralisée. Comme l’enseignant n’est plus là pour transmettre un savoir mais pour « animer », « éveiller des compétences », plus besoin d’un haut niveau d’études. Quelques rudiments suffiront. Peu importe la baisse du niveau des enseignants… On l’a bien compris : il s’agit de casser les logiques disciplinaires. Déconnecter l’enseignant de la matière pour laquelle il a fait de longues années d’études et pour laquelle il a été recruté sur concours.

La Cour des Comptes préconise aussi de « renforcer le pouvoir des chefs d’établissements », notamment en matière de recrutement. Tiens donc, et encore une vieille lune ! On glisse du problème du surcoût du système éducatif à une préoccupation nettement plus politique ! Mettre « au pas » les enseignants qui résisteraient encore un peu : c’est bien le rêve d’un État totalitaire qui entend changer la société par l’École. Eh bien non, il faut garder la règle actuelle de nomination des personnels par le Ministère, règle qui garantit une certaine égalité dans l’allocation des ressources humaines. C’est aussi une garantie pour l’exercice de la liberté pédagogique de plus en plus mise à mal, bien que protégée par un texte de Loi (cf : article L912-1-1 de la Loi n° 2005-380 du 23 avril 2005). Tout cela ne veut pas dire que le chef d’établissement n’a pas son mot à dire dans le recrutement, comme la pratique le montre, notamment en matière de gestion des personnels non titulaires de leur poste.

Enfin, dit la Cour, l’évaluation des enseignants est trop « basée sur leur ancienneté ». Elle semble ignorer que la note pédagogique existe encore ! On aimerait que la Cour précise le fond de sa pensée : veut-elle instaurer une « note d’obéissance », une note de « soumission aux injonctions officielles » ?
On voit bien que ce scoop médiatique est cousu de fil blanc. Sous prétexte de faire des économies, on nous ressort des mesures rêvées par les Châtel, Peillon, Belkacem et comparses mais que les autorités actuelles de l’Éducation nationale hésitent à afficher de but en blanc, de peur de voir se dégrader une image légèrement redorée par les effets d’annonce du nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer. Alors, ce coup de pouce des petits copains de la Cour des Comptes tombe à pic !

Mais ses arguments ne sont guère convaincants : pendant des années, ces mesures n’existaient pas et pourtant le système éducatif se portait très bien. Mais il faut remonter à une trentaine d’années. Que s’est-il passé depuis ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on est passé de 350 « ZEP »(Zones d’Éducation Prioritaire) en 1981 à 1080 collèges en « REP » (Réseaux d’Éducation Prioritaire) en 2014, ce qui veut dire la mise en œuvre de moyens financiers considérables et en constante augmentation.

http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/expliquez-nous/expliquez-nous-les-zep_1771257.html

Il faut également parler des 86 000 AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire), missionnés au départ pour accompagner le handicap, mais dont les missions se sont peu à peu étendues à des problématiques beaucoup plus vastes comme « l’insertion de la personne à son environnement » ou encore la médiation ou la socialisation…

http://scolaritepartenariat.chez-alice.fr/page791.htm

Ces évolutions profondes et budgétivores semblent méconnues de la Cour des Comptes alors que leur prise en compte aurait eu toute sa place dans un audit financier.

La Cour n’aurait-elle pas mieux fait de constater que l’investissement financier massif dans des structures de replâtrage n’a pas eu l’effet escompté et qu’il était peut-être temps d’en tirer les conséquences ?

Elle aurait dû encore s’interroger sur le coût des pédagogies dites « nouvelles », de l’interdisciplinarité imposée par le haut, des « co-animations » à la mode, consistant à mettre simultanément deux professeurs dans une même classe, souvent au détriment des apprentissages fondamentaux. Sans parler du coût astronomique des millions de manuels scolaires qui sont passés au pilon au gré des changements de programme à chaque changement de ministre !
Bref, la Cour des Comptes semble avoir oublié que l’idéologie avait un coût !

On aurait aussi aimé qu’elle s’interrogeât sur la grande quantité d’heures perdues par les élèves du fait du fonctionnement du système : suppressions de cours pour toutes sortes de raisons : préparation de projets interdisciplinaires, journées banalisées pour concertation, convocations intempestives des professeurs jurys d’examens devenus de véritables usines à gaz, conseils de classe pris sur l’horaire élève, voyages scolaires, manifestations sportives hors horaire, obligation d’assister à des prestations d’intervenants extérieurs, évaluations en tout genre… Il y aurait peut-être un peu d’ordre à remettre dans un fonctionnement devenu inutilement complexifié.

Enfin, on ne peut que regretter l’absence de réflexion sur la violence en milieu scolaire, la dégradation de la cohésion sociale liée à la promotion du multiculturalisme, autant de facteurs contribuant à la baisse de performance du système éducatif, à laquelle semble s’intéresser la Cour des Comptes. Autant de problèmes qui restent actuellement sans réponse.

Enfin, l’impact de l’arrivée de nouveaux publics scolaires, liés à l’immigration massive à laquelle nous assistons, est passé sous silence.

Philippe Fretté
Retraité, ex-cadre de l’Éducation nationale.

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Ce serait nouveau que les comptes épinglés par la cour du même nom revoient leur copie et redressent la barre !!

L’idéologie du nivellement par le bas est toujours à l’oeuvre.

Pour ma part, j’ai un certain respect pour les avis formulés par Didier Migaud, et une certaine méfiance de l’avis de ceux qui sont observés… voire critiqués…
Cette énorme « Machine » est ingouvernable et devrait bénéficier de plus de « subsidiarité » !
Donner des responsabilités au chefs d’Etablissement ? Oui ! A la seule condition de bien les choisir !

« préparation de projets [ … ] évaluations en tout genre… » ; j’ajouterais à cette liste pourtant déjà bien remplie et tellement juste un point plutôt très controversé de mes avis personnels : les séances de travaux pratiques. On leur prête souvent des vertus pédagogiques miraculeuses, tant du point de vue de l’intéressement de l’élève que du point de vue de la préparation à être opérationnel en situation professionnelle, mais tout ça n’est qu’une vaste foutaise, je persiste et signe, il n’y a nul besoin de séances de travaux pratiques, que ce soit en biologie ou en physique-chimie ( que j’ai… lire la suite
Ce n’est pas demain qu’un exécutif responsable transformera en obligations les avis « consultatifs » de la cour des comptes. De toutes ces instances « supérieures », laquelle traite des injustices de la fiscalité et aura le courage de renvoyer Macron dans les cordes à propos de la taxe d’habitation, « supprimée » pour 80% des ménages? Après l’IRPP payé seulement par 42% des ménages, après les niches fiscales à la Pinel, qui ou quel organisme rétablira la Justice fiscale en France? Les « couches moyennes » qui ne représentent que 20% des 42% qui paient l’impôt, en paient les 80%. Macron n’est pas responsable de cette situation,… lire la suite

si elle ne met pas les « pieds dans le plat » c’est sûrement pour éviter qu’on regarde aussi les comptes de la cour des contes.; ceci dit, il est clair que l’éduc nationale fonctionne comme l’islam et l’islamisme ou la république de Rda :- » pompons, pompons, et si on peut autant pomper c’est que Dieu est avec nous ».; d’ailleurs, mélenchon leur maitre-à-penser, leur dit que la dette « c’est du pipi d’chat » parce qu’elle n’affecte en rien les émoluments que les fonctios s’arrogent, quelque soit l’état économique du pays.

la cour des comptes épingle tant d’institutions chaque année que ça en devient risible (jaune).
lorsque les conclusions de cette institution seront prises en compte, alors la démocratie en sortira grandie

Les enseignants et dirigeants sont sérieux et compétents pour une bonne partie. Mais beaucoup de nuls profitent du « système ». Tout ce qui conduire à l’éviction de ces nuls est bon à prendre.

Question qui fâche : Demandez aux professeurs du secondaire ce qu’ils pensent sincèrement des résultats du travail des instituteurs , en récupérant des quasi analphabètes en 6° .

Il ne faut pas trop s’en prendre à la Cour des Comptes qui fait ce qu’elle peut avec les moyens qu’elle a. Le livre « Tant pis pour la VIe République », propose de faire de la Cour des Comptes, un institution puissante dont les avis seraient contraignants.

214 millions de budget pour 600 personnes, vous trouvez que c’est peu ?
Si on veut vraiment être neutre, intègre et impartial, il faut un organisme externe à l’état et non rétribué par celui-ci comme « IFRAP » ou « Contribuables Associés » par exemple. Et avec pouvoir d’aller en justice contre les gaspilleurs d’argent public avec saisie du patrimoine personnel s’il le faut.

Il est proposé dans le livre que la Cour des comptes traduise en justice les gaspilleurs publics.

bah ! entre franc mac ………………….

Tiens ? Vous avez eu du mal à écrire le mot «  »con » » ? Vous vous sentiez visé ?

tout le monde sait que la haute administration compte le plus de FM et que l’ EN est a moitié bolchevik alors qui est le plus cons , au choix !!!

« des règles aussi absurdes comme celles consistant à épuiser tous les crédits en fin d’année afin d’être assuré de voir ceux-ci reconduits à l’identique l’année suivante. » Exemple de la Défense qui non seulement voit son budget fondre d’année en année mais où cette pratique a cours depuis des décennies. L’armée tente de faire des économies pour faire face à des imprévus, surtout OPEX, et pourtant cette « réserve » est systématiquement ponctionnée par Bercy en fin d’année. Par contre, je connais 2 institutions où cette pratique n’a pas cours et leur permet de conserver un confortable matelas pour engraisser les copains :… lire la suite

C’est normal que les résultats scolaires sont mauvais dans l’ensemble.
Mais si on avait le droit de faire des statistiques en fonction des nationalités, religions et autres, on s’apercevrait vite que cette baisse est due aux allogènes. Et si on faisait abstraction de cette verrue, on constaterait un niveau très satisfaisant !

C’est pire ! La cour des comptes s’en fout des comptes et d’une gestion de l’Education nationale « en bon père de famille ». Elle se permet de faire des préconisations qui ne sont pas du tout de son ressort… Un abus de pouvoir en quelque sorte au service de l’Etat totalitaire !

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