La décoration de l’imam Oubrou enterre définitivement l’Ordre de la Légion d’Honneur

J’avoue avoir eu, comme pas mal de mes compatriotes imbibés de l’idée de Nation, l’envie de postuler pour une inscription à l’Ordre de la Légion d’Honneur. Avoir successivement dénoncé, parmi les premiers, la barbarie khmer rouge (quand les compagnons de Pol Pot disposaient de stands aux grandes fêtes de la Gauche française des années 70-80), puis la tromperie d’un Mengistu déportant des millions d’Ethiopiens avec l’argent de la compassion occidentale, et encore la férule soviétique sur l’Afghanistan, m’y prédisposait. Sans doute le sentiment de véhiculer, sur des terrains de guerre, un peu de cet humanisme si français enseigné par mes maîtres, n’y était-il pas pour rien.

Ecrire avec succès sur une province qui m’est chère, la Gascogne, pouvait me rapprocher de ceux dont l’accent résonne encore sur les travées de l’Assemblée Nationale, de l’Académie, dans les médias comme dans la rue. Défendre la langue française ici comme outre-Atlantique, ce depuis quelques lustres, me permettait, je crois, de prétendre à la sauvegarde réussie d’un bien historiquement certifié comme élément du patrimoine de l’humanité. A ce titre également, il devait m’être loisible de quémander la reconnaissance de la Nation pour services à elle rendus.

J’avoue avoir parfois éprouvé une certaine fierté à l’idée de rejoindre, simple civil et par médaille interposée, mon aieül landais, jeune marchand de drap, qui croisa Bonaparte au siège de Toulon et servit Napoleon jusqu’à Waterloo où colonel de la Garde, il eut vingt ans plus tard l’insolence de refuser la reddition sous les ordres de Cambronne. À ses côtés, mon arrière grand-père maternel, amputé d’une jambe après la charge de Reischoffen en 1870, et mes deux grands-pères englués dans la boue de Verdun, sortis vivants de cet enfer, constituaient une assez honorable compagnie dans l’Ordre en question.

Et puis, de l’étranger, j’ai eu connaissance, en ce début d’année 2013, de la nomination de Monsieur Tarek Oubrou, imam bordelais, au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, pour, précisément, services rendus à la Nation. Apparemment, il s’agit de la nation française même si, dans un premier temps, je crus qu’il était là question du Maroc, patrie revendiquée du récipiendaire.

Si l’attribution du hochet à toutes sortes de saltimbanques, footeux, navigateurs, polémistes, dessinateurs, publicitaires, présentateurs de journaux télévisés, voyantes extra-lucides ou gardiennes d’immeubles, entre autres, peut paraître aimable diversion, la distinction d’un homme dont la profession de foi dûment affichée est la disparition pure et simple de toute idée de nation, de frontière, de peuple, au seul bénéfice de la religion qu’il représente, sonne le glas d’une théorie patriotique émise il y a deux siècles, ainsi portée en terre par des fossoyeurs pressés d’en finir avec elle. Accordée avec un tel discernement, la Légion d’Honneur de Monsieur Oubrou est un étron exonéré par des pétomanes sur la mémoire de mes ancêtres.

Mes quelques velléités survivantes de gloriole sont parties une fois pour toutes au tombeau que les ferronniers de l’art funéraire achèvent de sceller. Avant d’être remise, la rosette se demande. Je ne sais qui a répondu favorablement à la requête de l’imam. Qui soient-ils, un ou plusieurs, je les remercie infiniment d’avoir, en acceptant de répondre favorablement à une pareille arrogance (mais peut-être a-t-on soufflé à l’oreille de l’impétrant un truc du genre « vas-y coco, c’est le bon moment »?), définitivement rangé l’Ordre institué par l’Empereur dans le tiroir des pitreries contemporaines salées à la bêtise, à l’ignorance, à la crasse intellectuelle et à la bouffissure très coupable des arrangements politiques. La logique de la soumission voulant que ces généreux mécènes l’attribuent désormais, à titre posthume, à Laval, à Céline, à Bousquet ainsi qu’à quelques autres parfaitement non-morts et oeuvrant parmi nous, le tout pour services rendus paraît-il à la Nation.

De cette manière non exhaustive, quelques « grands serviteurs » de ce qui fut la France et de ce qui l’est hélas aujourd’hui se reconnaîtront-ils entre eux, aux marges de la cohorte qui quant à elle, demeure la défunte raison d’être d’un Ordre longtemps estimable.

Alain Dubos


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