La famille Merah : une famille musulmane presque ordinaire

Curieuse impression en lisant la biographie familiale d’Abdeghani Merah intitulé Mon frère, ce terroriste (Calmann-Lévy, 239 p., 17 €) où il tente de comprendre la dérive meurtrière de son frère Mohamed. Comme lui, je suis d’origine maghrébine et je peux affirmer que la famille musulmane ordinaire, c’est la famille Merah dont on soustrait quelques éléments hors normes :

– le degré des violences intrafamiliales : parents qui  frappent leurs enfants, enfants qui terrorisent leur mère, enfants qui s’affrontent quasiment jusqu’à la mort,

– le soutien affiché au djihad d’Abdelkader et de Souad Merah… (et pourtant il tend à se banaliser dans notre société),

– le passage à l’acte terroriste de Mohamed Merah.

Une fois la soustraction réalisée, ce qui reste, ce sont les ingrédients qui entrent dans la composition de toute famille musulmane ordinaire :

– la haine des juifs : elle n’a pas besoin d’être expliquée. C’est comme ça, tout simplement ! La langue quotidienne témoigne de cette haine : nombre de « réprimandes » adressées par les parents à leurs enfants (même tout petits), nombre d’insultes entre adultes consistent à traiter l’autre de juif,

– la difficulté à se sentir responsable de ses actes : l’islam n’est pas une culture de la culpabilité. Alors que le chrétien porte en lui tout le poids du péché originel, le musulman cherche la cause de son malaise ou de ses difficultés à l’extérieur de lui-même : il désignera les djinns, la malédiction, le mauvais œil, le voisin, la société… ce qui implique une perpétuelle lutte contre l’autre, agresseur « par principe ».

– le racisme : il s’exprime ouvertement et surtout à l’encontre des Noirs. C’est un racisme viscéral, physique, exprimé avec crudité. Les Blancs sont quant à eux à la fois enviés et jalousés : blancheur de la peau et beauté sont synonymes.

– la haine de tout et de rien ! Une haine souvent sans objet, sortie du fond des âges et qu’on se transmet de génération en génération… On n’est pas heureux quand on est musulman !

Abdelghani Merah est assurément courageux et touchant – il est important de le souligner –, mais la sympathie et la compassion qu’il inspire ne doivent pas nous faire perdre tout esprit critique. Malgré sa volonté de faire de sa famille une famille extra-ordinaire, la famille Merah est, hélas, presque ordinaire ! Ce qui la distingue des autres familles musulmanes est affaire de degré, pas de nature !

Abdelghani Merah a le tort de dédouaner l’islam de toute responsabilité dans les meurtres cruels dont son frère Mohamed est coupable. Pour le musulman, religion et univers social, culturel, familial… ne font qu’un. Ainsi les actes de terrorisme de Mohamed sont à lire à la seule lumière de l’islam, sans recourir au rôle de telle ou telle secte extrémiste.

Opérer une division entre islam modéré et islam intégriste est une imposture : les deux s’abreuvent à la même source, le Coran, parole même de Dieu, qui, en raison de son caractère incréé, ne supporte aucune interprétation. Il n’y a pas de double lecture du Coran, il n’y a pas de sens caché : « tuez-les » ne signifie rien d’autre que « tuez-les ».

Enfin, Abdeghani Merah, pour se dédouaner d’avoir fermé les yeux sur l’engagement djihadiste de son frère dont les preuves devenaient à ses yeux évidentes, explique que son jugement était troublé par l’amalgame entre musulmans et islamistes dont se seraient rendues coupables droite et extrême-droite ! Plutôt que de chercher en lui-même la cause de son aveuglement, il a trouvé un bouc-émissaire : ici encore, le coupable reste l’autre !

Leila Syam

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