Cleanskin n’est pas un film consacré à l’affaire Merah. L’action se passe à Londres à notre époque et relate les rapports, étroits selon le scénariste, entre le terrorisme islamique qui a touché la capitale anglaise, les services secrets, ou certains éléments de cette nébuleuse, les élections et les plus hauts responsables politiques anglais.
Dans l’histoire, ces derniers, contrairement à certains agents des services de sécurité de la Couronne anglaise qui participent directement aux massacres, n’apparaissent jamais clairement, l’auteur préférant leur allouer la place réservée au Deus ex machina dans le théâtre grec antique.
L’affaire Merah s’est déroulée après la sortie du film en Irlande, elle n’a donc pas eu la moindre influence sur l’écriture de ce film dont la trame scénaristique et les ressorts dramatiques utilisés par l’auteur empruntent une vieille grille de lecture et d’analyse, plus proche des Credo primaires et sanguinaires staliniens ou maoïstes que des subtils enseignements de Sun Tsu ou de Machiavel.
L’auteur contextualise l’utilisation de la violence terroriste dans un univers où elle serait combattue et dénoncée par ceux-là même qui l’utilisent (pour mieux contrôler le bon peuple grâce à la complicité des médias eux-mêmes sous contrôle).
Nous retournons ainsi à l’Italie des années 70, où la violence terroriste n’utilisait pas l’islam comme prétexte, et au Londres de la même époque et qui était sous la menace constante du terrorisme irlandais dont il est très brièvement question dans une des rares scènes didactiques du film.
Ce qui est franchement troublant dans l’histoire qui nous est racontée, c’est que le terrorisme islamique est utilisé dans le jeu électoral anglais afin d’influencer le vote des électeurs lors d’élections équivalentes à notre élection présidentielle…
Dès lors, avec la mise en juxtaposition d’éléments et d’événements emboîtés les uns aux autres (mais qui sont loin d’être aussi intimement liés que dans l’affaire Merah), le doute nous assaille et l’on sort, comme malgré soi, d’une simple vision phénoménologique hasardeuse pour entrer dans un complot ourdi par ceux à qui profitent ces crimes, en Angleterre, et à qui ils n’ont pas assez profités, en France, pour contrarier l’inéluctable victoire de François Hollande…
Une autre vérité, la constante de l’histoire, incontestable, celle-là, à laquelle nous confronte Cleanskin, c’est que l’islam est une plaie mortelle qu’il faut combattre jusqu’à son éradication si l’on aspire à vivre un jour dans un monde en paix…
Et quels liens y aurait-il entre l’histoire racontée par Cleanskin et un concombre tatoué au visage ?
Pour en revenir à la dramatique affaire Merah qui a, obligatoirement, influé sur le cours de la dernière élection présidentielle française, un des rares témoins visuel, si ce n’est le seul, a déclaré que le tueur qui serait passé devant lui était tatoué au visage…
Dans Cleanskin, un agent, protégé et connu d’un service de sécurité anglais, dépose une valise piégée qui explose et qui tue alors même que le terroriste islamiste censé commettre l’attentat vient d’être abattu par le gentil du film…
Et si notre témoin français avait confondu, à cause d’une proximité intime, Merah avec un flic français présent sur place ?
Merah n’a pas été empêché de tuer sauvagement par un gentil ce jour-là et, contrairement à ce qui se passe dans Cleanskin, aucun flic n’a eu à agir à la place du méchant terroriste islamique…
Alors, y a-t-il un concombre tatoué au visage dans la police française ?
Patrick Ledrappier











