Le journal sans journalistes ou le cinquième pouvoir des gens ordinaires

Publié le 7 août 2017 - par - 6 commentaires - 1 427 vues
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Un titre pareil « Le journal sans journalistes », et un tel sous-titre « le cinquième pouvoir des gens ordinaires », ne pouvait que donner envie au fondateur de Riposte Laïque de rencontrer Eric Le Ray, auteur de cet ouvrage iconoclaste.

Riposte laïque : Vous venez de publier un livre dont le titre nous a interpellé : « Le Journal sans Journalistes ». Avant de parler de cet ouvrage, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Éric Le Ray : Je suis un homme des médias imprimés et des médias numériques, je suis un homme du monde industriel et du monde post-industriel, je suis surtout un homme de la modernité et des valeurs universelles occidentales. Je me suis installé au Québec en septembre 2004 pour y réaliser deux post-doctorats et essayer d’y devenir professeur. Je suis devenu canadien en décembre 2015 et j’y ai fondé une famille avec ma compagne venue de Bourgogne avec qui j’ai eu trois enfants. De 2007 à 2013, j’ai été animateur radio à Radio Shalom Montréal. J’ai participé à la création d’un parti politique provincial entre 2012 et 2013 au Canada comme directeur de la communication et de la stratégie politique. J’ai fondé en 2007 la première société canadienne spécialisée dans la recherche et le développement autour de la création et de l’expansion du papier électronique et de ses applications au travers des liseuses comme celle du Kindel en 2007. Cette société est devenue incorporée en 2010. L’apparition des tablettes en avril 2010 a fait évoluer le marché des liseuses, des cellulaires et mes centres d’intérêt. Ma société se nomme EPC@Partners.inc – www.epcpapierelectronique.com. J’ai organisé quatre forums internationaux autour des liseuses et des tablettes électroniques entre 2009 et 2014. Les forums e-paperWorld puis Tab-ePaperWorld furent pionniers au niveau international dans la réflexion et les rencontres autour de ces nouvelles technologies numériques mobiles construites autour de trois innovations majeures venant d’Apple : l’iPod à partir de 2001 puis l’iPhone en 2007 et enfin l’iPad en 2010. Je suis l’auteur de deux livres qui expriment bien l’évolution des technologies et l’évolution de mes centres d’intérêt de recherche. Le premier sur « le fondateur de la presse moderne, Marinoni » aux éditions l’Harmattan et le second sur « La bataille de l’imprime à l’ère du papier électronique ». Un ouvrage collectif publié par les PUM oü j’ai réuni 30 spécialistes autour de l’édition, de la presse, de l’imprimerie, des enjeux de la formation et sur l’évolution de la technologie du papier électronique.

Riposte laïque : Vous opposez un quatrième pouvoir, celui des médias traditionnels constitué de journalistes professionnels, fortement remis en cause, à un cinquième pouvoir, celui des gens ordinaires. Pouvez-vous développer cela ?

Éric Le Ray : Il faut comprendre qu’il y a eu différentes phases :

La Galaxie Gutenberg ou la première révolution industrielle

L’imprimerie a été inventée en Asie. L’invention de la typographie par Gutenberg et de l’écriture mécanique va remplacer, en Europe puis dans le monde, l’écriture manuelle des calligraphes. Les nouveaux médias copient les anciens dans un premier temps avant de coexister entre eux puis de s’en détacher et de devenir à leur tour dominants et indépendants afin de remplacer les anciens médias. On passe ainsi par une phase de copiage, de complémentarité et de remplacement. Cette révolution technologique répond aux besoins massifs en livres imprimés suite au développement important des universités et des écoles au Moyen-Âge associé à une démographie galopante suite aux guerres, aux croisades et aux épidémies qui ont laissé les pays d’Europe sans population. Il fallait former les premières générations d’hommes et de femmes libres, les fils et filles de bourgeois, les gens des bourgs, artisans, petite noblesse, religieux, militaires, métiers libéraux comme médecin, vétérinaire, hommes et femmes libres qui sortaient du monde agricole et de la condition de serf, pour s’orienter vers les métiers du monde préindustriel. Cette révolution de société silencieuse nous explique Jean-Yves Mollier, s’accompagne donc aussi d’une révolution de support et est souvent associée à une première vague de mondialisation et au développement de l’ère préindustrielle. Le développement de la typographie et de l’impression sur papier chiffon sur des principes de fabrication et de production, pour l’imprimerie avec caractère mobile et pour le papier en chiffon, sont venues de Chine et de Corée et vont être au cœur de cette première révolution. Le papier chiffon remplace le papier végétal et le papier sur support animal, plus résistant au temps, mais plus long à fabriquer. C’est aussi l’ère de la maîtrise des règles de navigation et de l’énergie naturelle venue du vent ou de l’eau avec la science des moulins par l’intermédiaire des échanges, ceux associés aux premières croisades et à la redécouverte, après celle des hommes du nord, les Vikings, du Nouveau Monde, celui des Amériques et celle des Indes et de l’Asie. C’est aussi la redécouverte, avec la période du haut Moyen-Âge et de la Renaissance, à partir de la naissance de la typographie en 1450, des écrits des philosophes et des humanistes grecs et romains grâce le plus souvent aux chrétiens d’Orient ou aux communautés juives. Ils avaient souvent la fonction de traduction et de transmission sous la domination musulmane dans l’Empire ottoman naissant après la conquête de Constantinople et la fin de l’Empire byzantin et bien sûr en Espagne.

La Galaxie Marconi ou la deuxième révolution industrielle

L’invention de la rotative au XIXe siècle est aussi associée à la machine à vapeur et à l’apparition de l’électricité. Ces sources d’énergie permettent à l’homme de devenir autonome par rapport aux sources d’énergie naturelles comme le vent, l’eau et la force musculaire humaine ou animale. Elles facilitent ainsi une seconde vague de mondialisation associée à une révolution industrielle et à la mécanisation des processus de production avec l’abandon de la mécanique fondée sur le bois au profit de la mécanique fondée sur le fer. Politiquement, grâce à la période de la Renaissance, c’est aussi le passage des sociétés traditionnelles monarchiques fondées sur la naissance, vers les sociétés évolutives fondées sur le travail, le salaire et la compétence. C’est aussi le développement du droit individuel et de la démocratie participative aux dépens du communautaire et du collectif. C’est aussi avec ces journaux imprimés sur rotative à gros tirage l’apparition des médias de masse comme la télévision, la radio, le cinéma, la photographie ou le télégraphe avec l’électricité. C’est aussi l’apparition de la couleur et la création de réseaux de distribution national et international modernes utilisant les diligences avec des chevaux puis le train. C’est aussi l’apparition du vélo, de l’automobile puis de l’aviation.

L’informatisation et la troisième révolution industrielle ou le passage d’un monde hiérarchique de masse à un monde hétérarchique interactif sur une base individuelle

Ce modèle dit de Gutenberg où l’on imprime et on diffuse l’information va passer par différentes formes de mécanisation, d’industrialisation puis d’informatisation jusqu’en 1993, à la fin du XXe siècle, date où l’on va voir apparaître en Israël, la première presse numérique de l’histoire, de marque Indigo, sur le marché international. Mais jusqu’à ce jour, c’est le modèle dit de Gutenberg, complété par la rotative de Marinoni au XIXe siècle pour permettre l’impression de masse, qui va dominer le marché de l’imprimé et qui est remis en cause par la révolution numérique associée à l’informatisation et à l’Internet de première génération à la fin du XXe siècle. J’ai publié en 2009 ma thèse sur « Marinoni, le fondateur de la presse moderne », aux éditions l’Harmattan.

On assiste à une inversion du processus de production et de diffusion de l’information. Si avant on imprimait pour diffuser ensuite les données, avec l’apparition des premières presses numériques associées aux ordinateurs et au réseau internet, on va assister à la diffusion des données et des informations dans un premier temps pour ensuite qu’elles soient imprimées sur des supports analogiques comme le papier. On va ainsi d’abord diffuser l’information et imprimer dorénavant cette même information seulement en fin de parcours. Ce qui caractérise ces deux modèles, c’est la dimension hiérarchique pyramidale de l’organisation, associée au monde industriel. Il y a un centre et des périphéries. Cette organisation est à l’image de l’organisation de la société industrielle occidentale, de son économie, de son mode de gouvernance et de la façon dont les gens se comportent et du pouvoir qu’on donne à chaque individu depuis des milliers d’années. Un pouvoir qui est devenu individuel et qui est sorti du religieux où l’homme ne se situait pas comme source de sa propre créativité. Puis de la philosophie où l’homme au contraire se situe comme source de sa propre créativité. De ces deux périodes émergera le règne de la science et de la technologie. Le règne du savoir et de la connaissance. Un règne bien fragile qui accouche d’un règne où l’on renforce celui des gens ordinaires.

La Galaxie Steve Job ou les débuts de la révolution numérique post-industrielle et du cinquième pouvoir des gens ordinaires

La révolution post-industrielle d’aujourd’hui construite autour de l’Internet, de l’infonuagique, des médias sociaux et des technologies numériques mobiles s’est d’abord appuyée sur l’ère de l’ordinateur individuel de Steve Job associé à Internet et à la mécanique virtuelle qui prolonge celle du bois et du fer. Cette révolution aboutit à l’émergence d’une société post-capitaliste fondée sur les services, la connaissance et l’intelligence où chaque individu devient son propre entrepreneur à travers l’exploitation de son capital intellectuel. Il en résulte l’émergence de nouvelles façons de faire, de concevoir, de penser, d’organiser sa vie, d’élaborer et de gérer une entreprise ou sa vie personnelle. Guy Millière, dans son livre sur la septième dimension, explique la différence entre le fonctionnement industriel d’une société et celle d’une société postindustrielle : « Le fonctionnement industriel repose sur la production de marchandises matérielles et implique une utilisation importante de main d’œuvre dans le secteur produisant ces marchandises matérielles. Le fonctionnement postindustriel repose quant à lui, sur une production immatérielle (vente de brevets, de services, de savoir-faire) et implique un glissement graduel de la population active vers le secteur correspondant à cette production immatérielle (…). La logique économique du fonctionnement postindustriel a pour matériau essentiel et presque unique l’innovation, la création et la connaissance ; les sociétés postindustrielles sont dans une situation de dépendance matricielle par rapport à l’efficacité des institutions d’enseignement et à la performance des moyens d’information (…). Le fonctionnement postindustriel remet fondamentalement en cause les procédures centralisatrices et fait éclater les structures que ce fonctionnement suscite. Il brise les anciens clivages de la division du travail et fait de chacun un décideur potentiel »

Jamais une invention n’avait donné autant de pouvoir a un individu. Après la naissance de l’écriture, l‘imprimé apportera une autre dimension à l’homme et à l’universalité de la conscience. L’ère de l’ordinateur individuel associé à Internet est l’ère de la révolution individuelle de l’individu qui affirme sa liberté individuelle, celle de la conscience, de la raison et de la connaissance aux dépens de l’irrationnel, des croyances, des superstitions et de l’opinion. Cette révolution se traduit par un prolongement technologique, scientifique et économique organisé sur une base hétérarchique en réseau ou chaque individu devient en même temps un centre et une périphérie pour lui-même et les autres. Il devient donc autant une périphérie qu’un centre et inversement. Il devient son propre média pour lui-même et pour les autres. Chacun devient son propre entrepreneur avec un rapport complémentaire aux autres ou chaque membre d’une communauté peut apporter sa contribution et sa créativité. Pour George Gilder du MIT, cela se traduit par « une complémentarité synergique de singularités créatives individuelles ». Pour Guy Millière c’est l’affirmation d’un passage vers une sixième dimension « Aux quatre dimensions qui structurent l’espace-temps, la cinquième dimension concerne leur déplacement à travers l’espace-temps, s’ajoute la dimension constituée par la réalité virtuelle où l’on est dans l’univers du web ». La société post-industrielle et post-capitaliste semble ainsi se recomposer sur cette sixième dimension, avec un ensemble d’entreprises « plateforme » fonctionnant d’une façon « hétérarchique » en réseaux connectés aux réseaux mondiaux. Les quatre ou cinq dimensions sont propres à l’ère industrielle, mais préparent à la révolution postindustrielle. Si on résiste au développement de cette sixième dimension, dont le cœur est Internet avec ses différentes applications, nous risquons de vivre non pas une révolution qui nous amènera vers un nouveau progrès de l’humanité et une nouvelle forme de mondialisation de masse à l’échelle individuelle et personnalisée, mais vers un déclin global. La septième dimension c’est un lieu, une position, c’est être l’observateur de ces échanges transversaux entre ces six dimensions. C’est la position que nous essayons d’avoir afin d’être cette dimension, d’être ce lieu d’une nécessaire réflexion que je partage ici avec vous, avec d’autre.

Riposte laïque : Comment expliquez-vous qu’aux États-Unis, la victoire de Trump a été la défaite de ce 4e pouvoir, tandis qu’en France, la victoire de Macron a été la défaite de ce que nous appelons la réinfosphère ?

Éric Le Ray : Il y a plusieurs niveaux de réponse à votre question. D’abord le régime politique et le mode de gouvernance. La séparation des pouvoirs, même si elle est remise en cause depuis une vingtaine d’années aux États-Unis, reste une valeur sûre de cette Amérique du rêve américain. Peut-être qu’avec l’élection de Trump, nous allons assister à un retour de cette séparation des pouvoirs dans un régime fédéral avec une tradition des pères fondateurs tournée vers la décentralisation et le moins d’interventions possible dans les 50 états américains et par prolongation dans la Presse. Le vaste soutien de la presse traditionnelle américaine, télévision, radio et presse écrite, envers la candidate Clinton lors des élections présidentielles de 2016 nous a laissé croire un moment que ce n’était plus le cas. Qu’il fallait donc retourner aux valeurs fondatrices de l’Amérique, en particulier, autour de la liberté de la presse et de la séparation des pouvoirs. Tout particulièrement, en ce qui concerne la séparation du pouvoir politique avec le pouvoir médiatique qu’on nomme le quatrième pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France, où la tradition monarchiste républicaine jacobine de 1793 reste très forte. Il n’y a donc pas de séparation des pouvoirs. Tout passe par Paris et le gouvernement français. Les médias traditionnels sont tenus par une politique de subventions directes et indirectes qui a tué le journalisme d’enquête et d’information en France où la liberté de la presse n’existe pas. On assiste ainsi à la suprématie d’une presse d’opinion tenue avec des tirages catastrophiques, mais qui tiennent et qui ne disparaît pas grâce aux subventions de l’État français à la Presse. L’Express atteint parfois par semaine des tirages de 21 000 exemplaires, alors qu’au temps du fondateur Jean-Jacques Servan-Schreiber, et des rédacteurs en chef Jean-François Revel ou Raymond Aron, il a pu atteindre des tirages de 200 000 à 300 000 exemplaires, voire plus. Cette subvention limite l’impact du désengagement des lecteurs pour cette presse qui ne les représente plus et freine une nécessaire restructuration qui a eu lieu aux États-Unis il y a près de dix ans. Elle freine aussi le transfert des lecteurs vers Internet et les médias sociaux qui devient inéluctablement la première source d’information de chaque citoyen. Les médias sociaux, à l’inverse de ce qui se passe en Amérique, sont donc moins libres en France et en Europe et subissent une pression étatique, fiscale et surtout politique qui limite la liberté d’expression. Ces subventions limitent ainsi l’impact sur le quatrième pouvoir et donc sur les citoyens, même si cela devient le principal outil d’information. La candidature de Macron et la façon dont le quatrième pouvoir a construit sa candidature et l’a préparé feront école, car on recherche encore son programme, même s’il a été élu massivement.

Riposte laïque : Nous constatons, en France, une volonté de mettre au pas les médias alternatifs, en faisant pression sur des fournisseurs comme Facebook, YouTube ou Twitter. On sent d’autre part, avec la judiciarisation des débats, une pression de plus en plus forte contre les médias de réinformation, avec la complicité de ceux que Jean-Yves Le Gallou appelle les médias de propagande. Pensez-vous que cela puisse marcher ?

Éric Le Ray : Dans mon livre je propose une nouvelle approche de l’analyse de l’avenir des médias de masse par rapport à celle de Mc Luhan qui domine cette analyse depuis la Seconde Guerre mondiale dans les universités et le monde des journalistes. Je pense que nous somme passés d’un rapport collectif au monde à un rapport plus individuel, plus personnel, et que ce nouveau rapport s’est traduit par l’apparition, comme je l’ai expliqué plus haut, d’outils personnels au service de l’individu qui devient son propre média. L’enjeu n’est donc plus the médium is the message, mais bien the people is the message, les gens deviennent et sont le message. Par ailleurs, dans mon analyse, je souligne que les nouveaux médias copient d’abord les anciens, car ils existent toujours par rapport à un déjà-là. On passe ainsi par une phase de copiage, de complémentarité et de remplacement. Ces cycles peuvent être plus ou moins lents ou rapides, mais au final le remplacement est inéluctable. Le 4e pouvoir est attaché par sa façon de fonctionner à l’ère industrielle. Il lui faut disparaître au profit d’un cinquième pouvoir des gens ordinaires associé à une société post-industrielle hétérarchique fonctionnant en réseau et en relations complémentaires et non plus sur une base hiérarchique et pyramidale. La culture de l’interface de l’image-écran devient centrale dans cette révolution numérique du tout-en-un. Mais cela ne se fait pas sans résistance face à ce nouvel humanisme numérique contemporain. La guerre est déclarée dans les mots et dans tous les domaines, car il s’agit d’un enjeu de civilisation. Celui de la civilisation du numérique démocratique associé à la première révolution post-industrielle contre la civilisation de l’imprimé et de la quatrième révolution industrielle et de ceux qui résistent avec elle contre ce nouveau pouvoir de l’individu et cette nouvelle forme de liberté individuelle.

Riposte laïque : Vous vous intéressez beaucoup à l’histoire des médias, et vous êtes issu d’une école d’imprimerie, à Estienne. Pensez-vous que les quotidiens papier ont encore de l’avenir, dans un monde marqué par la réactivité de l’information, permise par la toile ?

Éric Le Ray : Ce sont les usages qui déterminent les règles et l’apparition des innovations et non l’inverse. Donc, je dirais qu’il ne faut pas présenter le monde tel qu’il devrait être ou tel qu’il sera. Il faut présenter le monde tel qu’il est et lui laisser le temps de se construire sur son propre temps. Une chose est sûre, c’est toujours l’intérêt de la population qui détermine le développement de la science et de la technologie, car c’est là que le marché se paie, ce qui oriente le marché de l’innovation. Le développement des médias anciens ou des nouveaux médias ira donc là où les ressources financières iront ou seront, mais il va le plus souvent aussi là où se trouvent l’information et le savoir, moteurs de l’innovation et du pouvoir de décision. Il existe plusieurs modèles et plusieurs façons d’aborder l’avenir de ces médias dans le gratuit comme dans le payant, dans le papier ou dans le numérique. C’est là le prix de la liberté. Si c’est ce que demande le marché, il faudra répondre à cette demande, à l’image de Gutenberg qui n’était ni imprimeur, ni calligraphe. L’innovation vient souvent de l’extérieur d’un système technique dominant avant d’être remplacée par un nouveau. Le goulet d’étranglement dans la chaîne graphique traditionnelle était le papier qui était le dernier élément à ne pas avoir été numérisé. Maintenant que c’est fait grâce au papiel (papier électronique) et aux tablettes électroniques associés comme on l’a vu plus haut à l’Internet mobile, aux médias sociaux, à l’infonuagique et aux technologies numériques mobiles, les enjeux sont surtout autour de la gestion d’un flux numérique qui est constant à l’image la chute d’eau de Val Jalbert au Québec. Elle servit aux papeteries Dubuc à fabriquer la meilleure pâte au monde dès la fin du XIXe siècle. Sa représentation au cœur de la bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, exprime cette idée de constance inépuisable comme l’eau d’une chute d’eau « ne puise ni n’épuise », comme le mouvement circulaire d’une rotative avec du papier en bobine ou le flux numérique constant qui se retrouve sur Internet et sur nos routes électroniques d’échanges d’informations de moins en moins matérielles. Pour ceux qui ont pu l’admirer, cette œuvre inspire toujours autant les amoureux du savoir et de la connaissance.

Riposte laïque : Une question peut-être indiscrète : l’ancien journaliste que vous êtes se réjouit-il de la perspective d’un « Journal sans journalistes » ?

Éric Le Ray : Je me réjouis comme humaniste et intellectuel attaché aux valeurs de la modernité et aux valeurs de la civilisation occidentale, moteurs de progrès et de plus de bonheur sur Terre. Que cette civilisation soit encore aujourd’hui le moteur du changement vers l’amélioration des libertés individuelles ! Le changement est inéluctable comme la vie. Personne ne peut arrêter la vie sinon en essayant de la stopper et de la tuer. Il faut choisir son camp : celui de la vie, de la liberté et du changement ou celui du blocage et des crispations et du refus de la vie. J’ai choisi mon camp et mes batailles !

Riposte laïque : Vous avez fait beaucoup de choses dans votre vie : journaliste écrit, radio, télévision, animateur radio, éditeur, blogueur… Quels sont vos projets, à présent ?

Éric Le Ray : Depuis 2014, je suis revenu à l’écriture et à la recherche en essayant de développer un nouveau champ d’étude autour de la psychotechnologie, un secteur de la neurotechnologie, en psychologie, afin d’étudier l’impact du numérique sur les individus dans l’édition, la presse, l’imprimerie et l’école. De plus, je suis devenu éditeur. Le livre que je viens de sortir sur le journalisme et la presse est le début du fruit de mes recherches dans ce secteur qui concerne tout le monde, et que George Orwell a défini comme étant les gens ordinaires et que j’ai repris dans mes travaux. Pour la recherche j’ai pu satisfaire ma passion, mais je n’ai toujours pas trouvé de poste de chargé de cours ou d’enseignant depuis la soutenance de ma thèse en mai 2004. Toutes mes tentatives ont échoué au Canada comme en France pour des raisons différentes, propres à chacun de ces pays. Un point commun cependant, la difficulté pour le monde universitaire d’accepter un vrai pluralisme en son sein. Le blocage à mes différentes candidatures exprime aussi une forme de censure difficile à accepter, car on sait qu’il en va de l’avenir de la recherche et de l’université elle-même, en particulier l’université francophone. Faudra-t-il que je me tourne vers les universités anglophones pour atteindre mon rêve ? L’avenir nous le dira…

Page Facebook de la Maison d’édition Les Éditions Libertés numériques
https://www.facebook.com/Les-Éditions-Libertés-numériques-147687589070219/

La FNAC
http://www.fnac.com/livre-numerique/a10747377/Eric-Le-Ray-Le-journal-sans-journalistes?ectrans=1#FORMAT=ePub

Amazon.fr
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Propos recueillis par Pierre Cassen

 

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Après être restés avachis devant la télé les français sont désormais actifs : ils publient sur internet leur avis sur les dégénérés qu’ils sont en train de regarder.
Sérieux, c’est ça le cinquième pouvoir ?

Grâce à Internet c’est l’avenir non pas du journalisme professionnel mais de la diffusion d’opinions, d’idées, d’innovations qui viendrait du grand public, de vous ou de moi. mais il faut se lancer comme je l’ai fait avec le blog
http://sleazy-caricatures.over-blog.com/
2017/08/golfino-ergo-sum.html
en parlant de Trump

Article très long, mais passionnant ! Tout est dit !
J’aurais néanmoins aimé voir traité l’envers de la médaille….
La dépendance dévastatrice au portable !

APRES TOUT «  » BOURDIN «  » » EST BIEN JOURNALISTE A BFMTV SANS AVOIR JAMAIS MIS LES PIEDS DANS UNE ECOLE DE JOURNALISME ! Souhaitons à monsieur LERAY , qu’il rencontre lui aussi « son Raymond CASTANS , l’homme qui fit entrer bourdin à RTL !!

Bravo , belle interview qui nous change du vieuxconnisme réactionnaire du camp-du-bien.
Les apathie, pascal boniface, duhamel et consorts aux chiottes !

Conversano à propos du monde magique de la corée du nord et de l’autre islamo-gauchiasse ali sourate :
https://m.youtube.com/watch?v=gOqirn_VhDg

Superbe interview. Dommage que les universités francophones fassent obstacle à une approche aussi érudite des médias, enracinée dans l’histoire et projetée dans les technologies du présent, avec une fine appréhension de leurs implications, notamment sur les plans humain et social.
Beaucoup plus convainquant que la « mediologie » enseignée par Regis Débray.
Il faut dire que les universités françaises sont atteintes par la maladie de la cooptation « élitaire » qui frappe tous les lieux de pouvoir. Places réservées aux copains, cousins et autres plus ou moins incompétents et nécessiteux…

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