Le père Noël existe, je l’ai rencontré place Pigalle, il avait un képi

Surprenant spectacle offert Place Pigalle, en ce matin de Noël,  aux passants ahuris, touristes pour certains mais aussi habitants de ce quartier à la réputation sulfureuse : trois policiers – vous avez dit trois –  montant la garde devant deux individus issus de la diversité, qui venaient de se faire prendre en flagrant délit de tags. Nos artistes rupestres faisaient manifestement partie de cette grande famille qui, nous dit-on, nourrit ses enfants au lait d’une religion de paix, d’amour et de tolérance.

Nos deux taggeurs n’en menaient pas large.  Ils nettoyaient consciencieusement le mur des divagations. L’un deux, sans doute peu habitué aux travaux manuels, s’était mis torse nu. A Noël, c’est peu banal. Il est vrai que le travail fatigue et fait transpirer,  et que dealer quelques barrettes de shit et autres délicatesses coûte moins d’effort et rapporte davantage.

C’est la faute à pas de chance : se faire serrer pour tags à ce même endroit exactement où, tous les soirs à partir d’une certaine heure et jusqu’à l’aurore, des dealers issus de cette même diversité attendent patiemment le client en toute impunité ! C’est trop injuste. Un trafic qui  dure depuis des mois, depuis qu’ils ont été  été chassés de la Place Stalingrad. Il fallait bien qu’il aillent quelque part, les pauvres !  C’est ainsi qu’ils ont jeté leur dévolu sur la Place Pigalle, pour le malheur des riverains,  souvent dérangés dans la nuit lorsqu’ils n’ont pas la chance d’avoir une chambre sur cour.

Alors, vous imaginez la bonne surprise : nul doute que les badauds qui ont trop arrosé le réveillon ont cru voir le Père Noël en triple devant ces policiers dont la présence se fait si rare aux bons endroits, comme Pigalle où il fait si bon vivre comme chacun sait.  Interrogez les bobos : ils en redemandent ! Pigalle,  depuis quelques années, c’est trop classe !

Heureusement, en ce jour de Noël, tous ces braves gens qui passaient par-là en ont eu pour leur argent. Imaginez : des petits voyous pris en flagrant délit de haute créativité artistique, sommés par des policiers en uniforme d’effacer à jamais une oeuvre rupestre si  aboutie !

Merci, Père Noël, d’être passé par Pigalle après votre distribution de cadeaux. Merci d’avoir eu le bon goût de vous travestir en zélé fonctionnaire de police.

Trois fois merci.  Nous finissions par douter de votre existence.

Eve Sauvagère


Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans ESPRITS LIBRES. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.