Le Qatar poignarde la France au Mali et lui fait la guerre par jihadistes interposés

L’article de Mohammad Ballout, publié par le site irakien « La Troisième Force », montre l’état de détérioration des relations ténues entre la France et le Qatar.

Aucun des responsables français ne se montre suffisamment disposé à transformer en crise son mécontentement latent au sujet des positions qataries au Mali. Les énormes investissements qataris, le maillon étendu des relations qataries à l’intérieur des institutions françaises, sans compter dans des partis politiques, des groupes économiques, ont constitué une grande barrière pour protéger ces relations de n’importe quelles secousses inattendues. Très probablement, la visite à Doha du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui commence demain, le 9 février 2013, porte en elle un ensemble de questions qui commencent à faire surface avec les accusations des Services de sécurité français sur l’activisme qatari au Mali avant et pendant l’intervention française.

D’après une source proche des Services de sécurité français, les Qataris auraient porté un coup à leurs alliés français au cours de l’opération « Serval » au Mali. La même source dit que deux avions de transport militaires qataris, faisant partie d’un groupe de quatre avions de transport achetés par le Qatar aux US  en 2011, ont décollé quelques heures avant l’entrée de troupes françaises accompagnées d’unités de l’armée du Mali à l’aéroport de Gao. Ces deux avions ont débarqué dans la région des armes et des fusées sol-sol et sol-air, trois unités chirurgicales mobiles et des unités combattantes.

Ces avions se sont dirigés, selon cette source, vers un aéroport proche de la ville de Sabha, capitale du sud-libyen, à 1.000 km de la capitale libyenne de Tripoli. Les Services de sécurité français ont reçu l’ordre de ne pas divulguer ces informations mais de dire qu’ils poursuivent les investigations à ce sujet.

Le journal Le Canard Enchaîné avait publié au cours des derniers mois  des informations que les Services de sécurité français ont laissé filtrer. Elles faisaient état d’un soutien que le Qatar apportait aux groupes armés au nord du Mali alors que le ministère des Affaires étrangères continuait à réfuter régulièrement ces rapports.

Mais une réunion de haut niveau aux Affaires Étrangères, qui a réuni des experts français de ce riche imârat du Golfe, a été tenue pour étudier les rapports publiés et pour faire la part entre une publicité mensongère et des preuves tangibles du soutien des Qataris aux groupes islamiques jihadistes qui agissent contre les intérêts français en Afrique.

Une inquiétude domine au Quai d’Orsay face à la nécessité de prendre une position claire et au grand jour quand les questions seront posées sur le soutien possible du Qatar aux groupes jihadistes.

Malgré le fait que le gouvernement français évite de faire le lien entre les groupes jihadistes qu’il combat au Mali et au Sahel et ceux qui se regroupent sous la bannière du Front al-Nousra en Syrie, le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, a créé plusieurs fois la surprise en parlant de l’existence de filières qui embrigadent des Français pour les envoyer en Syrie.

Il est maintenant clair que, si l’ingérence militaire française tend à durer, la lumière sera focalisée sur l’association qui unit les groupes jihadistes musulmans sur toute l’étendue du croissant jihadiste qui va du Sahel africain jusqu’au Pakistan et l’Afghanistan en passant par la Syrie du Nord.

Un responsable français a déclaré au journal al-Safir que les jihadistes s’entrecroisent dans des organisations multiples à travers les États arabes et islamiques et a ajouté : « On pourrait trouver des jihadistes syriens s’entraînant en Libye ou dans les États du Sahel puis retourneront en Syrie. Ils se déplacent à travers les frontières par différentes voies ». Et il poursuit : « Nous connaissons un nombre conséquent de jihadistes syriens qui se sont dirigés vers la Libye au début du Printemps arabe. Bon nombre d’entre eux sont retournés en Syrie ».

Au sujet de la discordance entre la position française en Syrie et la guerre que la France engage sous la bannière de la lutte contre le terrorisme au Sahel africain, le même responsable français a déclaré : « Si nous n’aidons pas les rebelles en Syrie, le nombre de jihadistes va augmenter ».

Les Français n’ont pas attendu de découvrir que les jihadistes au Sahel et au Nord-syrien évoluaient dans le même environnement pour se poser des questions sur le sens du soutien militaire que dispensent certains États arabes à l’Armée Syrienne Libre  (ASL), à travers le portail turc tout particulièrement.

Une source de la Sécurité française a confirmé la véracité d’un rapport préparé par un autre responsable français, en mission à l’intérieur de la Syrie, rapport tombé entre les mains des services de sécurité arabes, il y a quelques semaines. Ce responsable conseille de prendre toute précaution et d’agir avec prudence dans les opérations d’envoi d’armes et dans leur distribution aux groupes qui combattent le régime syrien en raison du fait que certaines armes sont tombées entre les mains de groupes jihadistes.

Et, d’après le rapport des Services de sécurité français, des quantités d’armes ne parviennent  pas entièrement à l’ALS. Il y a en effet des groupes locaux qui agissent avec l’ALS mais qui vendent les armes et les équipements qui entrent à travers la Turquie à des milices qui ne sont plus des alliés sûrs ni proches du Conseil Militaire Unifié. Certaines de ces milices adhèrent à des groupes jihadistes comme al-Nousra . De même, il y a aussi des quantités d’armes qui sont tombées entre les mains de l’armée nationale syrienne.

                                                                              Traduit de l’arabe par

Bernard Dick

http://www.thirdpower.org/index.php?page=read&artid=107320

 

(08/02/2013)

 

 


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