Le témoignage du frère éclaire l’affaire Merah

Abdelghani parle c’est vital pour lui : Depuis le 21 mars 2012, je ne trouve plus le sommeil. Pas une nuit, pas un jour où les visages des victimes de Mohamed Merah  ne viennent me hanter…Je dois parler, briser la loi du silence. Je veux rompre avec cette connivence malsaine qui pousse y compris les membres de ma propre famille, à se sentir beaucoup plus proche d’un criminel que de ses victimes. Sous prétexte que le tueur est un fils, un frère, un neveu, un cousin, un voisin ou un coreligionnaire et les seconds des « inconnus » ou, pire, des « militaires » ou des « juifs », beaucoup ont utilisé les liens du sang, le clanisme, le communautarisme ou des considérations idéologiques pour ne pas dénoncer l’infâme. Je ne veux pas être de ceux-là .

Cet homme a des remords : ne pas avoir parlé plus tôt, ne pas avoir cru que son frère ferait le djihad et  tuerait 7 personnes.  Il raconte que au moment des faits, alors qu’on recherche le tueur et que sa femme lui dit : Et si c’était tes frères, il ne veut pas y penser, il ne veut pas le croire… Et pourtant, au fond de lui quelque chose lui dit que c’est possible. Mohamed avait dit plusieurs fois qu’il voulait mourir en martyre. La sœur Souad  avait dit aussi : « qu’elle commettrait un attentat suicide dans le métro de Toulouse. Elle avait même précisé qu’elle emmènerait ses enfants avec elle ». Kader, Souad, Mohamed, trois enfants sur 5 complètement acquis à la cause salafiste,  admirant les moudjahidine, il faut comprendre.

Certes, Mohamed Merah a tué au nom de l’islam. Plus précisément, au nom de cette secte, le salafisme, qui phagocyte la religion musulmane depuis plusieurs décennies. Mais l’opinion publique doit savoir que mon frère, avant de sombrer dans le fanatisme, a vécu dans un milieu familial qui au mieux le prédestinait à la délinquance,  au pire au terrorisme. 

Abdelghani parle, il veut faire comprendre l’énorme responsabilité familiale dans ce drame, père, mère, soeur, frère,oncle. Famille violente, enfants et femme battus par le père, enfants battus par la mère, enfants violents les uns envers les autres. Le père bigame, (qu’il désigne plus comme un géniteur), puis polygame a 15 enfants reconnus, trafiquant de drogue, un des caïds de la drogue sur Toulouse plusieurs fois dénoncé à la police par les enfants mais pas arrêté, on ne les croit pas, mais qui finira tout de même sous les verrous. Le père sympathisant du FIS comme de nombreux habitants du village algérien dans lequel la famille Merah passe les vacances. Il aurait aimé que les islamistes arrivent au pouvoir afin qu’on y appliquât la charia?La mère  ment sans cesse,  encourage les enfants au chapardage,  les félicite quand ils ont volé,  les abandonne dans des foyers,  couvre par le mensonge tous les délits très graves qu’ils commettront et, le pire,  transmet le racisme envers les juifs et la haine des autres.

« Les Arabes apprennent dès leur naissance, à détester les Juifs » déclare-t-elle après le drame.

A cela s’ajoutera pour Mohamed  les rencontres en prison , l’influence de plusieurs gourous. Du point de vue d’Abdelghani  son frère n’a pas agi en loup solitaire.

Abdelghani parle de lui, de son parcours qui n’est pas tout droit . Il explique son tiraillement entre l’amour qu’il veut garder pour sa famille alors que la solution aurait été la fuite… Il est  sauvé par l’amour d’une jeune femme dont il est éperdument amoureux et dont on sent bien que s’il n’a pas sombré c’est grâce à elle.…mais  bouleversé d’avoir à subir le rejet de sa famille dont elle est victime parce que non musulmane.  On le considère, comme le mouton noir de la famille…parce celui qui refuse de centrer sa vie autour de la religion, celui qui ne respecte pas les « traditions », celui qui prend pour compagne une « mécréante », celui qui donne, à son fils, un prénom puisé dans les profondeurs de la culture occidentale… Mon intégration, mon attachement aux principes universels, mon amour de la France et de sa culture sont une « connerie » à leurs yeux Abdelghani, aime la France, il parle avec émotion de l’école de la République où, petit enfant, on l’a enfin écouté pour la première fois. Belle déclaration d’amour que l’on aimerait plus fréquente.  Ses tiraillements  familiaux, le rejet de sa compagne par le clan   l’ amèneront à commettre lui aussi, pendant une période de sa vie des excès, alcool , drogue et prison!   Mais là ce sera alors une réelle prise de conscience. Si sa soeur Aïcha et lui ont échappé au piège c’est parce qu’ils se sont tenus éloignés de la religion.

Abdelghani parle pour protéger son fils que ses oncles ont essayé d’entraîner dans le salafisme : « Serais-tu capable de te faire exploser dans le métro de Toulouse ? » avait demandé MohamedÉtait -ce  une obsession de la famille ?

Abdelghani parle  afin de porter un message fort aux parents  issus de l’immigration :  Comprendront-ils cette nécessité qui leur impose de mener leurs enfants vers l’intégration et non vers l’intégrisme.  Il met en garde sa  sœur Souad et  son oncle  maternel Hamid : ils n’ont pas le droit de transmettre, ne serait-ce qu’inconsciemment, l’intégrisme pour l’une, l’intolérance pour l’autre à leurs enfantsPuissent les familles musulmanes ou/et  issues de l’immigration entendre ce message.

Abdelghani parle pour  dénoncer l’influence grandissante des salafistes  notamment à Toulouse où ils sont bien implantés. Il décrit leur  idéologie mortifère, idéologie de la haine du juif et du mécréant. Influence grandissante en France certes, mais nébuleuse européenne.   Kader et Souad quand ils se rendaient en Egypte passaient par Bruxelles, plaque centrale de l’importante organisation salafiste Sharia 4 Belgium, où ils étaient hébergés par ce groupe d’illuminés qui cherchent à instaurer les lois salafistes en Belgique. En Egypte point central et sans doute mondial de l’endoctrinement salafiste. J’ai appris par ouï-dire que Kader était en contact avec des groupuscules satellites d’Al-  Qaïda, ou en tout cas  partageant l’idéologie de la nébuleuse terroriste.

Abdelghani parle  par devoir de vérité pour expliquer le cas Merah, pour dénoncer   les mécanismes de l’endoctrinement, l’idéologie fascisante des adeptes. Il donne des pistes pour déceler les personnes, comprendre les comportements, les attitudes, les oripeaux du salafisme. Son frère a été pris en main par la nébuleuse salafiste très active à Toulouse.Que penser du gourou, référent Olivier Corel  qui marie religieusement Mohamed à une toute jeune fille de 17 ans voilée intégrale le jour de son mariage, puis qui l’ autorise à en divorcer quelques semaines avant la passage à l’acte… ? Pas au courant Corel?

Abdelghani parle pour mettre à jour le parcours terroriste de son frère, il prend des risques. Saluons son courage et souhaitons lui de se reconstruire pour le mieux ainsi que sa femme et  son fils. Ce récit devrait provoquer une réelle prise de conscience de tous les responsables politiques, conscience de leurs erreurs passées : avoir sous estimé le phénomène qui gangrène la France depuis des décennies dit Abdelghani.  Manuel Valls  doit d’ailleurs  prendre très au sérieux les révélations  de ce livre. Peut-on aller vers une interdiction de cette secte en France ? Doit-on  envisager un programme de « déradicalisation » de l’islam? Combien sont-ils en France ces salafsites à se noyer dans le communauté musulmane… Combien seraient-ils les musulmans qui auraient félicité Madame Merah , pour l’acte de son fils « ayant mis la France à genoux », comme certains  l’ont fait lors  de la veillée funèbre? Un héros Merah pour combien de Français musulmans? Abdelghani  et sa compagne quittent la soirée, complètement révoltés des propos qui s’y tiennent. 

Ce livre doit servir d’ électro- choc à la société tout entière ! 

Aux Français, aux médias, aux responsables politiques  qui ne peuvent plus fermer les yeux. Mais, au-delà , électro-choc pour  les  religieux et intellectuels de l’islam afin qu’ils ne se cachent plus   derrière « l’islam des lumières ».  On ne peut pas dédouaner l’islam de toute cette affaire. C’est à eux que,maintenant, il revient de dire la vérité, a eux d’avoir du courage! Qu’est-ce qui propage, entretient  la haine du mécréant  en France? Combien de fois dans le Coran ce mot est-il prononcé ? Ne sommes-nous pas  désignés en permanence, nous les mécréants, comme les affreux, les non « guidés », les pas bien, les personnages de Sheytan , voués au feu éternel(2). Les prêches de Toulouse  ressassent souvent  cette idée fondamentale. Tout bien pesé Le Coran  est plus un  encouragement à rejeter l’autre qu’à l’aimer, sauf si on arrive à le convertir ! Si l’on ajoute à cela les prêches  internationaux, virulents à l’extrême,  qui arrivent via internet, les cassettes vidéo que se transmettent les radicaux et les djihadistes, l’islam peut être meurtrier pour nos pays, dangereux parce que incontrôlable! Nous sommes des cibles de choix!  Le rabâchage de ces versets coraniques  à la mosquée, à l’école coranique,  ou à la maison, ne peut que détraquer les psychismes fragiles. Après l’affaire Merah il faut donc,aussi, faire cette prise de conscience.  Intellectuels et politiques sont au pied du mur! Témoignage à lire absolument.

Chantal Crabère

(1)Mon frère ce terroriste de Abdelghani Merah et Mohamed Sifaoui Edition Calmann Lévy

(2)Le diable

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