L’élection 2012 ou la perspective heureuse d’une nouvelle donne politique !

L’enjeu de l’échéance  électorale que nous allons vivre dans quelques jours dépasse la question du choix d’une nouvelle majorité politique. Il pose plus fondamentalement la question d’un éventuel changement du paradigme politique qui structure la vie  publique nationale depuis plus de trois décennies. Un  changement initié par la dynamique de la candidature de Dominique Strauss-Kahn en début d’année dernière.

La chute de DSK a changé la donne. La question  est donc  de savoir si sa disparition de la scène électorale   a remis   en cause ou non le scénario d’une recomposition politique alors prévisible ? Etant entendu   préalablement que si la personnalité de Strauss-Kahn était le vecteur idéal de ce processus, les forces profondes qui l’animent résultent des évolutions sociologiques du pays. 

Le succès d’opinion de DSK relevait d’un paradoxe propre à la société française. Plus le pays se « droitise », plus les divisions de la droite permettent à la gauche d’engranger les victoires électorales. Par ailleurs, la bipolarisation voulue par le système électoral   force à s’amalgamer entre elles  des familles politiques qui n’avaient pas nécessairement vocation à vivre ensemble de manière durable.

Ce syndrome du risque de division a jusque-là relativement peu  handicapé  la gauche, car passées les tragi-comédies préélectorales, le volontarisme idéologique de la famille « progressiste », lui permet, du centre gauche à l’extrême gauche, de se  retrouver dans le même processus d’exécration de l’ennemi commun, à de rares exceptions près.

La droite, elle, est prise au piège d’une double conflictualité. Faute de pouvoir reconnaître que le vote Front National n’est globalement, qu’une expression radicalisée des attentes d’une part importante de son électorat traditionnel, elle se condamne à un combat sur deux fronts : d’un côté un affrontement avec la gauche qui apparait de plus en plus fictif, dans la mesure où la droite se doit d’évoquer les socle « républicain » commun qui l’unit à la gauche pour combattre le FN, de l’autre, le conflit avec le Front National qui la coupe d’un certain nombre de thématiques qui pourraient constituer son fonds de commerce et qui la rende peu crédible quand elle tente de les récupérer.

Incapable de rallier ces couches populaires acquises à un vote antisystème, à l’exception  notable de l’élection présidentielle de  2007, la droite de gouvernement est contrainte de s’ouvrir à des forces périphériques pour solidifier ses majorités. Un tropisme vers des centres gauches incertains qui aggravent ses grands écarts  idéologiques. Le fait n’est pas nouveau. Il avait déjà couté sa victoire à Giscard d’Estaing en 1981. Obsédé par l’idée d’une gouvernance au centre, ce dernier avait perdu en route une partie de son électorat de droite. Une faible part, certes, mais le combat des chefs aidant, une part suffisante pour signer sa défaite. L’erreur stratégique de Giscard d’Estaing était d’avoir confondu le centre sociologique et le centre idéologique. Le juste constat d’un centre sociologique  (le large socle des classes moyennes)  devait mécaniquement, selon lui, se traduire par l’émergence d’un bloc  politique  fortement majoritaire (« Deux français sur trois », disait-il).

Une vision par trop mécaniste et technocratique, qui faisait fi de l’héritage culturel français. La sensibilité et l’imaginaire de la nation s’expriment en scénarios d’affrontement indispensables à la structuration des camps. Sans oublier le fait fondamental, très largement sous-estimé dans les analyses politiques hexagonales,  que les classes moyennes dépendantes de la sphère publique n’ont pas les mêmes intérêts que celles du privé exposées aux risques de l’instabilité économique, même si elles partagent globalement une même culture. Ce qui était déjà vrai du temps de Giscard d’Estaing, l’est encore  plus aujourd’hui avec les chocs de la mondialisation.

Une recomposition par les centres ?

C’est là que le phénomène Strauss-Kahn prenait toute sa dimension. Ce dernier  venait enfin donner une consistance politique crédible au vieux mythe de la gouvernance au centre. Strauss-Kahn s’imposait comme le pivot d’un mouvement de convergence vers les centres qui annonçait une redistribution des forces politiques plus en phase avec la sociologie réelle du pays. Favori des milieux économiques dirigeants, bien vu d’une partie non négligeable de l’électorat de droite, son influence recouvrait un large espace de la famille des gauches, en dépit des attaques de Mélenchon et de l’extrême gauche. Les sondages témoignaient incontestablement de cette faveur transcourant.

Ce que DSK aurait perdu sur sa gauche, il l’aurait gagné sur sa droite, avec un ralliement plus ou moins large de la famille centriste et d’une part non négligeable de la composante de l’électorat de droite vite effrayée par  ce qu’elle considère comme des dérives « populistes ». Une fraction de l’électorat UMP qui se reconnait dans des personnalités comme Valérie Pécresse, Nathalie Koscuisko-Morizet, Jean-Louis  Borloo ou Laurent Wauquiez  (en gros, et pour faire simple, la ligne des chrétiens sociaux post gaullistes). Toutes ces personnalités  ont d’ailleurs affirmé, aux dernières élections cantonales, qu’elles  voteraient socialistes, plutôt que de s’abstenir en cas de duel FN/PS. Le décor était donc bien planté pour une fracture irréversible de la trop vaste famille UMP, dont la ligne de cohésion idéologique s’étire dangereusement. 

Côté gauche, maintenant, l’image d’un DSK libéral mondialiste patron du FMI, risquait-elle de casser le bloc politique de gauche, comme beaucoup d’observateurs l’affirmaient ? Non n’avons personnellement jamais partagé cette thèse et ce pour deux raison principales : elle néglige tout d’abord la complexité idéologique de la gauche. Une part importante de l’électorat de gauche partage cette culture libérale mondialisée et  ne met plus au premier plan les problématiques sociales de la lutte des classes. Les incantations rituelles du PS sur l’aggravation des inégalités et les « cadeaux faits aux riches » en appellent à un ajustement à la marge du système, et non à un bouleversement du système économique. Mais surtout, la gauche depuis plusieurs décennies fonctionne sur la base de références symboliques qui renvoient principalement à des enjeux sociétaux : l’antiracisme, la diversité, l’égalité homme/femme, le mariage et la parentalité homosexuels, l’écologie domestique… Autant de thèmes qui mobilisent ses troupes et que DSK aurait pu légitimement et abondamment exploiter pour se forger une image de gauche susceptible d’activer une confrontation droite/gauche. La gauche sociétale l’a définitivement emporté sur la gauche sociale.

Enfin, le principe de réalité qui régit les rapports de force au sein des familles de gauche, limite les possibilités de dissidence de la gauche de la gauche qui, pour survivre  politiquement a besoin d’accords avec l’appareil socialiste. Le PC vit ainsi depuis des   années sous perfusion avec un nombre d’élus bien supérieur à sa véritable représentativité politique. Dans l’optique d’un deuxième tour, Mélenchon avait  déjà laissé entendre qu’il se rallierait à DSK. Il a d’ailleurs parfaitement joué son rôle de rabatteur des voix de la gauche radicale au deuxième tour en faveur du candidat François Hollande. Mieux encore, les attaques de la  gauche radicale  et une défection possible d’une partie de l’électorat d’extrême gauche auraient facilité des ralliements  du centre et de droite en faveur de DSK. Ce scénario, en revanche, ne semble pas devoir jouer en faveur de Hollande, trop marqué par son image d’apparatchik PS pour récupérer une partie des marges flottantes de la gauche de la droite. La prudence serpentine  de Borloo est à cet égard éclairante.

L’éclatement de la droite, dans le scénario Strauss-Kahnien, devait logiquement, dans un  deuxième temps, ouvrir la voie à une recomposition de la gauche à partir des centres. Un PS Strauss-Kahnisé, résolument recentré  sur les bases d’une social-démocratie ouverte à la mondialisation libérale et globalement conforme à l’idéologie de Bruxelles, aurait pu, après son élargissement au centre, rompre avec les  restes de la vielle gauche marxiste, qui se recompose désormais autour de Mélenchon. Une démarche qui aurait été bien vue aussi bien par les forces économiques dominantes, que par la majorité des groupes d’influence, très actifs dans les milieux européens, qui militent en faveur des thèmes sociétaux évoqués plus hauts. La promotion des minorités et le combat pour la parité sont, notamment, des chevaux  de bataille des institutions bruxelloises.

La question est donc bien de savoir si la chute de Dominique Strauss-Kahn a annulé ou non ce scénario de recomposition de la vie politique française  à partir des centres ? Si DSK possédait le profil politique idéal pour mener à bien ce scénario, les forces sociologiques qui le soutendaient poussent-elles toujours dans le même sens ?

Pour tenter de répondre à cette question, il nous faut d’abord cerner au plus près la réalité sociologique française et ses grandes données idéologiques pour comprendre ce que pensent, ressentent  et éventuellement veulent les Français.

Relativiser le clivage droite/gauche

La masse des études d’opinion, au-delà des clivages droite/gauche, montre une France relativement cohérente dans ses attentes. Plus exactement, le clivage droite gauche amplifie ou minimise les positions sur tel ou tel sujet, sans pour autant empêcher sur l’essentiel des grands thèmes sociétaux de dégager des tendances majoritaires sur des bases souvent supérieures à 60%. Il faut donc abandonner l’idée trop rependue d’une France coupée en deux, avec deux blocs relativement homogènes  de force plus ou moins égale. Un exemple frappant de cet état de fait : selon une enquête TNS Sofres tirée de « L’état de l’opinion 2011 », 62% des français se disent favorables à « une redistribution sociale des richesses », avec 77% des personnes proches de la gauche se disant d’accord avec l’idée que « pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres » contre 56% pour celles qui se positionnent à droite. La coupure est loin d’être radicale pour un sujet  considéré à priori comme particulièrement clivant pour ces deux familles politiques. Les analyses par thèmes décrivent une réalité plus complexe que celle mise en scène par le jeu   politique.

Sur les grands sujets de société qui structurent l’essentiel du débat  national – le rapport au politique, l’organisation économique, la protection sociale, l’Europe, l’immigration, la sécurité et les enjeux sociétaux (pour l’essentiel l’éducation, les valeurs civiques et les mœurs)-les français affichent des positions globalement consensuelles et cohérentes. Les chiffres sont formels et montrent sur les deux ou trois dernières décennies, l’image d’un peuple sceptique à l’égard de la classe politique, attaché à la liberté d’entreprendre et à la valeur économique de l’entreprise, mais soucieux de préserver un système social public et obligatoire et de défendre les services publics.  Un peuple également ouvert    à la « diversité », favorable à une large de tolérance des mœurs (les positions sur l’homosexualité son à cet égard particulièrement significatives), mais inquiet de l’avenir de son identité et pour sa sécurité matérielle et physique.

Au plan économique et social, nous avons déjà vu le sentiment majoritairement favorable à une fiscalité redistributive. De même, la dureté du conflit syndical  autour de la réforme des retraites en 2010, n’a pu occulter le fait que les français avaient largement intégré le coté  inéluctable de la réforme. Toujours selon les études TNS Sofres, 90% des sympathisants de droite et 83% des sympathisants de  gauche se disaient conscients de la nécessité de réformer notre système de répartition. En conséquence 58% admettaient que repousser l’âge légal de départ à la retraite était la seule voie raisonnable et 62% estimaient que la gauche ne ferait pas mieux. 69% demandaient aussi un alignement entre les régimes  publics et  privés

Même dans leurs contradictions et leurs incohérences apparentes nos concitoyens exprimaient un sentiment majoritaire, puisque 72% d’entre eux soutenaient le mouvement de contestation d’une réforme qu’il jugeait par ailleurs inévitable, soit 6 points de plus que le pic de 1995 ! Besoin d’un baroud d’honneur avant de rendre les armes ou volonté d’exprimer son mécontentement général au gouvernement ? Il n’en reste pas moins vrai que les leaders syndicaux et l’opposition étaient condamnés à perdre leur bras de fer en l’absence d’arguments crédibles aux yeux de l’opinion.

Les français estiment à 75% que notre système de protection sociale est un atout   pour leur pays (étude TNS Sofres de septembre 2010) et, si, à plus de 60%, ils ne s’opposent pas à la réduction de certaines dépenses sociales, ils insistent de manière très majoritaire sur  la nécessité de préserver la santé, l’éducation et les retraites. Selon une étude de la Drees réalisée début 2007, 81% de la population jugeaient que les systèmes d’assurance maladie ou de retraites doivent rester essentiellement publics et obligatoires.

Les français restent foncièrement légalistes et attachés aux prérogatives de l’Etat. Pour faire face aux difficultés économiques, l’Etat et les services publics apparaissent   comme protecteurs et légitimes. Ils témoignent ainsi d’une grande confiance dans les institutions publiques que celles-ci relèvent de l’Etat régalien ou de l’Etat providence (« L’état de l’opinion » 2011). Un autre paradoxe à relever ; ce sentiment de confiance  envers les puissances publiques tutélaires est quelque peu contradictoire avec la large défiance exprimée à l’égard du personnel politique : 67% des personnes interrogées déclarent n’avoir confiance « ni dans la gauche ni dans la droite pour gouverner le pays » et 78% jugent que « les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous ! ». C’est dans ces espaces de défiance et de rancœur que la réalité française laisse apercevoir des fractures autrement plus âpres que le calme apparent des sondages le laisse deviner.

Cette forte attente d’intervention de la part de l’Etat n’échappe pas non plus à quelques contradictions. Nos concitoyens sont très largement favorables aux diminutions d’impôts et revendiquent à 68% « plus de liberté pour les entreprises »   (enquête 2007 du Cevipof). « Davantage d’Etat et moins d’impôts, plus de liberté et plus de sécurité professionnelles : le beurre et l’argent du beurre ? », commente un article d’Alternative économique intitulé « Ce que veulent les français » (avril 2007).

Pessimisme et radicalité

Mais c’est dans la perception plus subjective de l’évolution globale de la société et, en contre point, de sa situation personnelle que le paradoxe français atteint son point maximal. Toutes les enquêtes d’opinion le confirment, nos compatriotes sont le peuple le plus pessimiste en Europe et dans l’ensemble de la zone OCDE.

Nous avons déjà vus la défiance massive à l’égard du monde politique. Elle va de pair avec un profond pessimisme économique. L’enquête TNS Sofres 2011, parmi bien d’autres, révèle un sentiment lancinant de pauvreté ou de crainte de chute sociale : 52% des personnes interrogées  déclarent « qu’elles s’en sortent difficilement avec les revenus du ménages » et 55% « qu’il y a un risque de se retrouver au chômage pour soi-même ou quelqu’un du foyer ». Réactions conjoncturelles face aux effets de la crise ? Pas seulement, puisque, sur une question tournée vers l’avenir, 73% pensent que « les jeunes d’aujourd’hui auront  moins de chance de réussir que leur leurs parents dans la société française de demain » : 81% des ouvriers partagent ce sentiment, mais aussi 67% des cadres supérieurs et des professions libérales. Un constat qui, en passant, relativise sérieusement le cliché facile qui veut que le vote ouvrier Front National soit avant tout un vote des perdants de la mondialisation. Les classes moyennes, elles aussi, connaissent l’angoisse de l’avenir et la crainte individuelle de perdre son statut social, soi-même, ou plus encore, ses enfants. 

Ce pessimisme se traduit logiquement dans les opinions politiques, puisque la France est le pays au monde qui voit le plus grand nombre de personnes qui demande un autre système que celui du capitalisme de libre échange ; soit 43% contre, par exemple,  29% en Italie, 19% en Grande- Bretagne, 11% aux Etats-Unis et 9% en Allemagne (enquête du BBC World Service réalisée  en novembre 2009) dans 27 pays). La crise amplifie une tendance déjà largement ancrée dans l’opinion. Selon une étude du Credoc, en 2007, 36% des français souhaitaient un changement radical  de la société, à comparer à un pourcentage de 20 à 25% dans les années 80.

«  La crise a ouvert un nouvel espace non négligeable de contestation radicale du système en place », écrit ainsi le politologue Pascal Perrineau dans un commentaire tiré de « L’état de l’opinion 2011 ». Cette contestation est même majoritaire, note-t-il,  chez ceux qui  font confiance à la gauche pour gouverner (59%), ainsi que chez les sympathisants qui se situent très à droite (59%). Un constat que peut se révéler lourd de conséquences à l’avenir.

Ce pessimisme global ne se retrouve pas dans la perception que nos concitoyens  ont personnellement d’eux-mêmes. 91% des français considèrent qu’ils sont « assez ou très heureux ». Statistique étonnante pour un pays qui, outre son pessimisme  sur l’avenir collectif, consomme le plus de psychotropes au monde et qui se situe dans le peloton de tête des suicides, de l’alcoolisme et de la dépression. Ce sentiment de bonheur affiché s’enracine dans une perception positive de sa propre vie : 71% des français ont une image très positive d’eux-mêmes, 70% considèrent que leur vie correspond à leurs attentes et, plus surprenant, 67% sont toujours optimistes quant à leur avenir.  Ce dernier chiffre doit cependant être fortement relativisé, car il se révèle très instable. En janvier 2012 un sondage Ifop faisait ressortir que 65% des français se disaient pessimistes pour leur avenir personnel, alors que, en septembre2011, 52% s’affichaient optimistes !

Des français heureux ?

Quoiqu’il en soit de la volatilité de l’indicateur de confiance en l’avenir, il n’en reste pas moins vrai que  le français se vit comme un homme heureux et ouvert et le sentiment de défiance que certains auteurs analysent comme une caractéristique marquante de la vie sociale hexagonale, n’apparait pas dans les statistiques. Ces derniers témoignent d’un massif sentiment de confiance dans les relations interpersonnelles (la famille, les amis, les relations, les voisins), mais aussi sur le terrain de la relation professionnelle, en dépit de la multiplication des syndromes sur la souffrance au travail. Ainsi 84% des personnes estiment «qu’elles disposent d’une large autonomie, 90% «  qu’on leu délègue fréquemment des tâches de responsabilité, ou encore que « leur travail est bien considéré par les gens ».

Cet optimisme personnel  très majoritaire qui ne correspond pas au premier abord à l’image de malaise et  de crise très largement exprimée par les français  pose problème, et l’on peut regretter que les spécialistes de l’opinion publique ne creusent pas plus ce sujet  paradoxal pour en comprendre les mécanismes les plus profonds.   

Si nos compatriotes jugent si positivement leur vie personnelle, pourquoi rejettent-ils si massivement leurs dirigeants politiques ? D’où vient la frustration ? Pourquoi un tel poids cumulé de l’abstentionnisme et du vote contestataire si les français ressentent une telle confiance dans leurs institutions et leur environnement humain ? De même, quand ils affirment être à 85% se sentir en sécurité (sondage Credoc 2006), ne contredisent-ils pas leur propre vécu quotidien de plus en plus marqué par des préoccupations  sécuritaires ? Quelle est la portée réelle de la réponse quand les gens répugnent à renvoyer d’eux-mêmes une image négative, voire condamnable par le jugement dominant intériorisé ? On peut aussi imaginer que les contradictions apparentes renvoient en fait à des réalités différentes, vécues comme cohérentes par les sondés et que le réductionnisme des questions ne distingue pas. Cette dernière hypothèse est particulièrement sensible dans les enquêtes censées évaluer le « racisme » des français.

Inquiétude sur  l’islam

Nous disposons sur ce thème de nombreuses séries statistiques sur plusieurs décennies. La cohérence des positions de nos concitoyens est forte. Les contradictions apparentes qui émergent peuvent trouver des explications cohérentes si l’on élargit les questions vers une vision plus globale que leur logique première.

Un premier point fondamental, tout d’abord. Les études d’opinion , sur quatre décennies, n’ont jamais permis de justifier le discours politico médiatique sur l’inexorable montée du racisme dans notre pays. Les statistiques disent même le contraire. La mise en accusation collective (la stigmatisation pour reprendre un mot à la mode) du peuple français sur sa prétendue xénophobie qu’il faudrait sans cesse combattre grâce à une action vigilante des « autorités morales »,  n’est qu’une imposture. La grande majorité des français professent sur l’immigration une opinion stable qui ne relève en rien d’un quelconque extrémisme. Globalement 7 français sur 10 veulent contrôler, limiter ou empêcher  l’entrée de nouveaux immigrés en France et lutter contre l’immigration clandestine. Ils manifestent également une crainte face à  la présence grandissante de l’Islam dans notre pays, à plus de 60%. Un sondage de Paris Match en décembre 2011 faisait même  ressortir que 76% des français considéraient que l’Islam progressait trop en France !  Mais, en dépit de leurs craintes sur les résistances identitaires de certaines populations et de la compatibilité de ces affirmations identitaires avec l’identité française traditionnelle, nos compatriotes souhaitent également intégrer le plus possible les immigrés qui s’y trouvent régulièrement. 

Enfin, sur la question européenne, les français ont une opinion que la crise a rendu plutôt sceptique, voir négative, puisque 54% d’entre eux, seulement, jugent  positif le rôle de la construction, contre 43% négatif (sondage TNS P&S, mars 2012). Mais cette distance à l’égard de Bruxelles ne s’inscrit pas dans  pas une ligne d’opposition droite/gauche, elle traverse également les deux familles politiques. Autre paradoxe national, si les français jugent  négativement l’euro, 59% estiment  que ses effets n’ont pas été positifs (Opinion Way, mars 2012), ils sont toutefois à 80% opposés à l’abandon de la monnaie unique.

Vers la fin de la bipolarisation ?

Tel que présenté par les études d’opinion que nous venons de  résumer, le paysage politique français pourrait facilement être majoritairement qualifié de centriste, si la centre était le point de rencontre entre des aspirations traditionnellement  qualifiées plutôt de gauche (égalitarisme, protection sociale de l’Etat, redistribution, libéralisme des mœurs…) et d’autres jugées plutôt de droite (sécurité, souci identitaire et défiance à l’égard de l’islam, attachement à l’entreprise privée, allégement  de la fiscalité…) Une synthèse qu’aucune  des forces centristes, évoluant  entre sociale libéralisme conservateur et sociale –démocratie, n’a pu réaliser. Mais surtout, la bipolarisation du jeu politique français, bétonné par un système électoral qui marginalise  les forces secondaires, brouille les cartes et empêche, jusque-là, toute recomposition de l’échiquier politique par les centres.

 Pour que cette recomposition se fasse il faudrait qu’au moins une des deux forces  dominantes se brise pour libérer enfin les forces centrifuges de part et d’autre de l’échiquier politique. L’élection de 2012 peut-elle être le moment historique de ce basculement ?

Incontestablement, le paysage se fragmente, avec un Mélenchon qui regroupe  les forces éparses de la gauche radicale et une Marine Le Pen qui maintient à un niveau élevé (probablement autour des 20%) l’héritage de la droite populiste (populaire ?) que son père lui a légué.  Cette fragmentation est une première étape importante sur la voie d’une recomposition de la scène politique nationale qui devrait, en s’ajustant à la réalité socio-politique du pays, se structurer en 4 familles « naturelles » : les deux évoquées plus haut, plus  une  au centre droit et une au centre gauche. On retrouverait là les équilibres de 1981, beaucoup plus proches de la réalité française. Le premier tour de l’élection présidentielle  de 1981 avait  clairement fait émerger quatre  forces significatives : derrière les deux leaders, Giscard à 28, 3% et Mitterrand (25,8%), Jacques Chirac frôlait les 20% et  Georges Marchais les 15%.

Trente plus tard nous retrouvons donc peu ou prou les mêmes familles plus ou moins  recomposées. Jacques Chirac portait alors les espoirs d’une droite populaire (populiste ?) néo gaulliste et Georges Marchais représentait une gauche communiste qui se retrouve aujourd’hui  dans les postures idéologiques de Mélenchon. Giscard incarnait un centre largement campé à droite et Mitterrand une gauche socialiste idéologiquement  majoritairement marxisée mais « antistalinienne », c’est-à-dire, dans  la forme, attachée au pluralisme des démocraties bourgeoises.

Un glissement à droite

Si l’on regarde de plus près la structure de ces grands courants politiques, le plus frappant, outre la permanence de ce cadre quadripartite, est le glissement de leurs composantes respectives vers la droite. Mitterrand disait déjà que la France était « majoritairement à droite », ce qui est  marquant, 30 ans après son arrivée au pouvoir, c’est bien  le constant glissement vers la droite des familles politiques. L’extrême gauche communiste et trotskyste des années 70/80, se retrouve aujourd’hui dans le sillage de Mélenchon, composé d’un ensemble disparate qui comprend les communistes proprement dit (très minoritaires), la gauche du PS, le gros de l’électorat écolo en mal de candidat, les courants altermondialistes et une part de l’électorat traditionnellement dit « d’extrême gauche » ( soit les groupuscules trotskystes) , lui aussi orphelin de candidats emblématiques. Bref, la tendance dure de la gauche radicale s’est diluée au profit d’une gauche moins « Grand soir » et ouvriériste et plus sociétale, avec notamment une forte composante immigrationniste et anti FN.

Quant à la gauche socialiste qui s’est fédérée derrière le candidat Hollande, elle porte dans son héritage tous les ralliements du PS  des années 80/90  à l’ordre économique du capitalisme mondial (elle a notamment libéré les marchés financiers et ratifié tous les traités de libre échange) et à l’idéologie libérale de l’Europe de Bruxelles. Ses surenchères dans le progressisme sociétal ne peuvent   effacer le recentrage massif de ce qui lui tient encore lieu de  doctrine politique. Mieux encore, si l’on oublie l’appareil politique lui-même, son électorat, comme les sondages précédemment cités le montrent, n’est pas si éloigné dans ses prises de position de l’électorat de  la droite dite « classique ».

La famille de droite a elle aussi connu ce glissement vers la droite. La droite populaire et cocardière qui formait les gros bataillons du RPR se retrouve aujourd’hui  largement dans  l’électorat du Front National, tandis que les candidats de la droite de gouvernement sont toujours plus obligés de pratiquer un grand écart hasardeux  pour aller, à la fois, chercher les voix du centre  et de « l’extrême droite » pour avoir une chance d’être élus au deuxième tour.

Bref, si les contours du cadre général sont restés les mêmes avec quatre grands ensembles politiques, chaque composantes de ces ensemble a connu un glissement d’un cran vers sa droite. Le seul vrai bouleversement des trente dernières années est le passage massif de l’électorat ouvrier communiste vers le Front National, en court-circuitant  les cases intermédiaires. Il souligne une puissante poussée à droite de l’électorat populaire.

Notre démonstration nous conduit ainsi au cœur du paradoxe politique français, précédemment évoqué, plus la France se « droitise », plus la gauche gagne les élections et domine le pays. Paradoxe absurde qui répond à la structuration du surmoi politique nationale qui interdit les alliances entre la droite « classique », on pourrait presque l’appeler  « droite bourgeoise », et la droite radicale ou «populaire », qui, pour l’essentiel, recycle l’héritage du gaullisme, en dépassant la fracture algérienne et celle de la collaboration  qui ont longtemps déchiré  la droite et ne signifient plus grand-chose aujourd’hui pour les  nouvelles générations.  

Autre paradoxe à relever, seul le centre,  traditionnellement classé à droite, ne se déporte pas d’un cran vers la droite, car il se régénère par l’apport régulier d’un électorat de gauche modéré  qui délaisse un PS incapable de trancher entre son héritage marxiste et social-démocrate et qui, à chaque élection, rejoue la comédie de l’union des gauches dans une parodie d’affrontement droite/gauche. La droite « classique », dans la  supercherie de la bipolarisation, joue elle  un jeu encore  plus  tordu  en racolant les voix de « l’extrême droite », tout en préparant ses alliances au centre gauche.

Jusqu’où cette construction politique à la fois figée, malsaine et dépassé peut-elle tenir ?  Elle arrive probablement à terme car il est difficile d’imaginer que la défaite de l’une des deux  familles dominantes (UMP et PS)  n’entraine pas désormais une remise en  cause du système majoritaire. Une nouvelle défaite présidentielle  de la gauche placerait le PS en situation de tension extrême face au  Front de gauche et devrait provoquer la fracture depuis si longtemps  repoussée entre la  gauche mythologiquement révolutionnaire et  la gauche réformiste ou sociale-démocrate. De l’autre côté, si la droite perdait ces élections, les forces centrifuges devraient « naturellement » séparées les courants de la droite qui se qualifie de « populaire » de ceux qui pourraient, sans problème, rejoindre une gauche recentrée sur un projet social-démocrate et européiste. Les uns et les autres, très probablement, seront conduits à se compter.

Si cet éclatement des deux  forces dominantes se produit- et il suffirait à notre avis, qu’une seul d’entre elle se fractionne pour que l’autre soit dans la foulée poussée à se recomposer également face à la possibilité offerte de nouvelles alliances vers les centres- la question  se pose alors de savoir si la recomposition  de la vie politique nationale se fera à partir d’un bloc de droite reconstruit sur sa droite (en clair par un rapprochement avec le Front National), ou bien à partir d’un centre gauche recomposé sur la base  d’un PS recentré qui recouvre l’ensemble des centres repoussé sur la gauche par la droitisation de la droite ? Autre question subsidiaire,  qui satellisera qui ?  A droite, le Front National la droite « populaire », ou l’inverse, et à gauche  le  PS  les centres, ou le contraire ?

Difficile à dire en l’état, mais quel que soit le scénario gagnant, il traduira de fait un déplacement sur la droite de la vie politique française. Le PS recentré, mené par une personnalité habile (Hollande ?), pourrait éventuellement s’imposer comme une force majoritaire dans l’hypothèse  d’une recomposition par le centre gauche, en marginalisant la gauche extrême. Nous  retrouvons le scénario Strauss-Kahnien évoqué plus haut.   Mais, de fait, il enterrerait  l’héritage Mitterrandien et plus de quarante ans d’une construction politique fondée sur l’union  mythique de toutes les gauches. La rupture électorale entérinerait alors une fracture idéologique qui  hante la famille de gauche depuis la fin de l’ère Mitterrand, qui  attend en vain son Tony Blair.  

De l’autre côté la droite affaiblit par son long bras de fer avec le Front National, devrait logiquement  difficilement échapper à la satellisation de son aile droite  par le Front National qui apparaitrait face à la défaite et ses suites, comme l’élément vainqueur, le point de référence d’un discours de droite musclé et  constant. Un scénario qui repousserait naturellement une part importante du centre droit à trouver sa survie politique dans un rapprochement vers une gauche recentrée. Un mouvement de côté vers la gauche où Borloo et Bayrou devraient se retrouver en concurrence.

Qui occupera la position centrale sur l’échiquier politique ?

L’axe majeur du combat politique ne se situerait plus alors dans un affrontement largement factice entre le PS et l’UMP,  mais entre une gauche reconstruite à partir d’un PS recentré, ou d’un centre élargit à une gauche recentrée, et une droite radicalisée refondée à partir d’un Front National élargit. On peut logiquement supposer que Marine Le Pen a la volonté et la capacité politique à conduire ce scénario de désenclavement du Front National.   L’hypothèse inverse d’une satellisation du Front National par une droite UMP radicalisée parait peu probable.  L’UMP  apparait aujourd’hui bien  fragile face à sa diversité idéologique pour mener une telle opération dans une situation de crise engendrée par une défaite, alors que dans ces temps de domination écrasante  elle n’a jamais  voulu ni su  trouver son Mitterrand  pour briser le tabou du cordon sanitaire et sceller des alliances ponctuelles, sur le mode de «l’Union de la droite », pour au moins gagner les batailles électorales.

Face au scénario que nous venons de décrire d’une recomposition du paysage politique par les centres sous la poussée des « extrêmes », la question se pose alors de savoir qui aurait le plus de chance de devenir la force dominante, susceptible de  jouer le rôle de pivot de cette nouvelle donne ?

Difficile à dire, mais quelques constats s’imposent. La gauche radicale avec un potentiel maximal de 15% n’aurait plus vraiment  de marges de manœuvre politique.  Elle se  retrouverait en partie dans la situation du Front National sur les trois dernières décennies, écartée des responsabilités par le jeu des alliances électorales. Une dose de proportionnelle à venir, des frontières politiques moins hermétiques avec ses voisins de gauche et, surtout, de puissants relais dans la société civile (syndicats, associations, medias..), lui permettront toutefois de peser sur le débat public.

L’affrontement politique majoritaire devrait logiquement se polariser  entre une gauche recentrée élargit jusqu’au centre droit et une droite radicalisée portée par le Front National, chacun des deux blocs pouvant regrouper entre 30 et 40% de l’électorat. Autrement dit, la recomposition se  fera- t-elle par les centres sur un tropisme de gauche, avec un large bloc centrale qui, de part et d’autre, marginaliserait les « extrêmes » ? Ou bien se fera-telle à partir des droites, avec un bloc « droitiste » puissant (jusqu’à 40% ?), qui  s’opposerait alors prioritairement  à un bloc des centres poussé vers la gauche, sur la base  d’une bipolarisation recomposée sur des fondements idéologiques plus conformes à la sociologie politique du pays. La gauche radicale continuant d’exister comme une force de contestation sociale et sociétale éloignée  du pouvoir.

En tout état de cause, les quatre familles idéologiques clé de la vie politique française que nous avons précédemment identifiées, devront  se recomposer en trois forces opérationnelles par la jonction des centres gauche et droit, si ces deux forces veulent exister pour construire une famille néo sociale-démocrate capable d’ambitionner le pouvoir. L’avenir du centre aujourd’hui est à gauche, comme il l’a été à droite ces dernières décennies. Le jeu compliqué de Bayrou pour s’ouvrir à gauche sans perdre pour autant son électorat traditionnel de centre droit, parfois très conservateur sur les questions de société, illustre bien cette attraction nouvelle  du centre vers la gauche. Le président du Modem a compris, dès 2007, que ces marges de manœuvre se trouvaient prioritairement sur sa gauche.                

La nation et l’identité, un nouveau clivage pour une nouvelle donne politique

Pour autant, si, pour conclure, nous nous replaçons dans la logique d’une droitisation de la société  française que nous avons mise en exergue tout au long de notre exposé, il est logique de penser que la recomposition  politique à venir (si elle se confirmait ?), devrait se faire sur la base d’un puissant bloc des droites.  Plusieurs raisons pousseraient à cette conclusion. L’enjeu économique tout d’abord. La sous-évaluation  des effets  de la crise et la  prise en compte  insuffisante de ses mécanismes dans le programme du candidat socialiste conduiront inéluctablement à une convulsion rapide et, dans la foulée, à une politique d’austérité qui frappera les couches les plus modestes et les classes moyennes. La gauche par la force des choses conduira une politique économique contraire à ses engagements et s’aliénera alors une part importante de ses soutiens populaires. L’histoire ne se  répète jamais à l’identique, mais les échecs, puis les reniements de la gauche au début des années 80, avaient regonflé la droite et permis l’émergence du Front National. Comment s’exprimerait aujourd’hui ce sentiment latent de contestation et de radicalité que les  études d’opinion font cohabiter avec la vision légaliste, apaisée et consensuelle  des français ?

A qui profiteront prioritairement le désamour, voire la  révolte du peuple, à une droite remusclée, ou à une gauche radicale  conduite  par un Mélenchon euphorique ? Ce dernier ne se voit-il pas  «  au pouvoir avant 10ans »,  comme il vient de l’affirmer à son dernier grand meeting de campagne à Marseille. Certes, le Front de Gauche pourra rejouer la pantomime de la révolution sociale en agitant les mannes de la Révolution, de la Commune ou du Front populaire,  mais elle ne rassemblera pas les français sur un projet révolutionnaire  et on l’imagine mal prendre le pouvoir par la force. Le mythe révolutionnaire est mort, et la France est, comme tous les pays développés, un pays de classes moyennes qui aspirent au bien-être et à la sécurité. Mais aussi, Mélenchon, et les dirigeants de la gauche radicale et ceux de l’ensemble des gauches avec lui, est l’apôtre d’une  France ouverte à l’immigration, une France sans frontière, vouée «à la gloire du métissage et au bonheur d’être mélangés », comme il l’a  emphatiquement proclamé à Marseille. Il bute là  sur un déni du réel qui le coupe irrémédiablement de la majorité des classes populaires. Ce déni, plus que les finasseries de Mitterrand, ont couté la perte de son électorat ouvrier au PC, et, couté également cher au NPA de Besancenot, le jour où, dans une élection locale, il a exhibé une candidate voilée. 

Grand oubliée  de la campagne électorale, la question de l’immigration et de l’identité de la France hante la conscience nationale comme un chancre que la dévore de l’intérieur. Interdite du débat public par l’idéologie qui anime les castes dirigeantes qui dominent le pays, et au-delà l’Europe, elle agit comme une force négative. Les rapports de force actuels ne  permettent pas (pas encore ?) de fédérer sur ces thèmes de vastes courants d’opinion susceptibles de bouleverser les équilibres politiques, mais le refoulement de cette question affaiblit les forces politiques qui nient  sa  dimension dramatique  ou, comme Mélenchon, la magnifie comme une chance historique : créer enfin la République universelle des droits de l’Homme et de l’égalité sociale ! Cet ersatz d’utopie, censée remplacer celle du Grand soir, peut encore exercer une grande violence morale qui effraie, mais ne peut servir de projet politique fédérateur. Elle limite irrémédiablement la capacité de conquête politique de la gauche qui triomphe d’abord des faiblesses de la droite à assumer les problématiques sécuritaires et identitaires.  

Or, la recomposition des forces politiques sur les schémas que nous avons analysés devraient permettre à une droite regonflée et plus compact de placer enfin ces questions au centre du débat public pour affronter une gauche fragmentée. Plus exactement même, la question de l’identité nationale, c’est-à-dire celle de la nation, de sa nature et de son avenir, devrai s’imposer comme la pierre angulaire d’un nouveau clivage politique qui dépasserait le vieux clivage gauche/droite.  

Mais encore faut-il pour que cette recomposition ait lieu,  que les personnalités concernées soient à la hauteur des enjeux historiques ! La droite traditionnelle trouvera-t-elle la ou les figures qui lui feront franchir le Rubicond du politiquement correct pour réaliser, enfin, cette alliance de toutes les droites qui devraient sociologiquement gouverner le pays depuis plus de 20 ans, au risque sinon de se perdre définitivement ? Sera-t-elle capable de mener à bien une synthèse des dimensions nationales, !européennes,  sociales et populaires, sur le modèle gaullien ? Rien n’est encore joué, mais Nietzsche n’affirmait-il pas que « l’histoire toujours finie par accoucher  de ce qu’elle porte dans ses flancs !»

Didier Beauregard


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