Les musulmans n’ont jamais digéré l’interdiction du voile à l’école, votée il y a 10 ans

Publié le 15 mars 2014 - par - 2 267 vues
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voiléedrapeauLe 15 mars 2004, le président de la République, Jacques Chirac, annonçait une loi interdisant les signes religieux ostensibles à l’école. Cette hypocrisie sémantique était nécessaire, à l’époque, car chacun savait bien que la seule chose qui posait problème était, depuis 1989, le voile islamique, mais personne ne voulait apparaître comme stigmatisant les seuls musulmans.

Cette loi était la conséquence d’un combat intense de plusieurs mois, auquel participèrent, en première ligne, les deux fondateurs de Riposte Laïque, Pierre Cassen et la regrettée Brigitte Bayle, décédée en décembre dernier. La bataille fut féroce. L’ensemble de la communauté musulmane, Boubakeur, Ramadan et l’UOIF en tête, s’opposèrent de toutes leurs forces à ce projet de loi. Bien évidemment, la larme à l’œil, ils nous firent le coup de la stigmatisation. Au sein de l’UMP, Nicolas Sarkozy y était le plus hostile. Le PS fut absent tout au long des débats, mais la presque totalité de ses députés voteront la loi. Toute la gauche non socialiste et l’extrême gauche la combattirent, à l’exception de Lutte ouvrière, qui, sur le voile, avait une position correcte. Les catholiques, derrière Christine Boutin, par solidarité cléricale, firent bloc avec les musulmans. Presque toutes les associations féministes, de culture gauchiste, s’opposèrent à ce projet, à l’exception de la Ligue du Droits des Femmes (Anne Zelensky), la Ligue Internationale du Droit des Femmes (Annie Sugier) et Regards de Femmes (Michèle Vianès).

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Pierre Cassen, entre Arlette Laguillier et Marek Halter, le 8 mars 2004.

Le soutien, bien que pas toujours des plus clairs, de Ni Putes Ni Soumises, à l’époque présidée par Fadela Amara, fut des plus utiles. Les associations antiracistes, essentiellement le Mrap et la LDH, virent bien évidemment du racisme dans cette conception « radicale » de la laïcité, eux qui réclamaient depuis des années une laïcité « ouverte »… à l’islam, bien sûr. Les associations dites laïques, comme la Libre Pensée, luttèrent également vent debout contre ce projet de loi, seule l’Union des Familles Laïques (Ufal) prenant ses responsabilités.

La tension fut à son comble au lycée Henri Wallon, à Aubervilliers, où les deux filles d’un avocat du Mrap, Laurent Levy, prénommées Lila et Alma, voulurent imposer leurs tenues afghanes à l’ensemble de la communauté scolaire. Elles furent soutenues par Aounit en tête, bien sûr, et nombre d’associations musulmanes, sans oublier celle qui faisait ses premiers pas, Houria Bouteldja. Mais sous l’impulsion d’enseignants laïques, essentiellement de Lutte ouvrière, et de Jocelyne Clarke, qui deviendra secrétaire de l’Ufal, la résistance s’organisa, et les deux soldates de l’islam furent virées. Ce fut une victoire très importante, sans laquelle la loi n’aurait pu être votée.

Des philosophes laïques comme Henri Pena Ruiz, Catherine Kintzler ou Marie Perret amenèrent leur pierre à l’édifice. On vit à cette époque une jeune journaliste prénommée Caroline, qui faisait ses premiers pas, avec un discours courageux qui, aujourd’hui, la ferait classer à l’extrême droite par la nommée Fourest, devenue un pilier de la bobocratie bien-pensante.

Nous fîmes connaissance avec un certain Pascal Hilout, qui nous vantait, souvent devant un auditoire perplexe, les charmes du Nouvel Islam. Kebir Jbil, marocain d’origine, président du Mouvement des Maghrébins Laïques de France, soutint le projet de loi.

PierreCFLBrigitte Bayle devint présidente de la Coordination Féministe et Laïque (CFL) qui essayait de coordonner au mieux ces deux pans indispensables du combat. Elle sut travailler notamment avec Mimouna Hadjam, de l’association Africa, femme remarquable de la Cité des 4000, à La Courneuve. Elle organisa un inoubliable meeting, quelques semaines avant le vote de la loi, devant mille personnes, au gymnase Japy, avec une belle tribune, animée par Pierre Cassen : Corinne Lepage, Yvette Roudy, anciens ministres, Henri Pena Ruiz, Anne Zelensky et Mohamed Abdi, secrétaire de NPNS.

Mais c’est au sein de l’Ufal que Pierre et Brigitte continuèrent à militer, avec des personnes avec qui ils feront un bout de chemin, d’abord à l’Ufal, puis à Respublica, et enfin à Riposte Laïque : Jean-François Chalot, d’extrême gauche, aujourd’hui secrétaire du Cnafal (association familiale laïque aux mains du PS), Guylain Chevrier, de culture communiste, membre du Haut Commissariat à l’Intégration (HCI), dissous par les socialistes pour excès de laïcité, Hubert Sage, franc-maçon du GODF, rapporteur pour une association laïque devant la mission parlementaire Gerin sur le voile intégral, Mireille Popelin, militante communiste hostile aux racailles et à l’islam, Pierre Baracca, marxiste républicain souverainiste, et bien d’autres encore.

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Brigitte Bayle au micro de la manifestation du 8 mars 2004.

Des collectifs d’enseignants qui avaient subi la pression du voile dans leur collège ou lycée, comme ceux de Lyon (avec Jean-Claude Santana), ceux de Vendôme (avec Maryse Haslé) ou de Flers (avec Roland Clément et Martine Ruppé) mirent également toutes leurs forces dans la bataille.

Une commission, présidée par Bernard Stasi, auditionna beaucoup de représentants de la société civile. Au départ, seuls quatre membres, sur vingt, étaient favorables à une loi. A l’arrivée, tout le monde vota la loi, à l’exception de l’ineffable professeur Bauberot, le laïque préféré des islamistes.

Ce fut également la naissance d’un collectif, appelé au départ « Une Ecole pour Tous » (ben voyons) qui devint « Les Indigènes de la République » avant de se transformer en parti politique, le PIR.

La loi fut loin d’être parfaite. Ses deux principales lacunes furent que, d’abord elle ne fut pas étendue aux écoles dites privées, sous contrat, et qu’ensuite, malgré les belles démonstrations de Pierre Baracca, elle ne fut pas appliquée dans les universités, avec le résultat qu’on constate : une profusion de voilées qui se sont engouffrées dans la brèche.

Mais à l’époque, elle fut un coup d’arrêt à l’offensive du voile à l’école, et clarifia, dans la société, les positions de chacun. La suite est connue : le sectarisme du président de l’Union des Familles Laïques de l’époque, qui avait par ailleurs été très correct lors de la campagne contre le voile, fit partir de l’Ufal, devenu aujourd’hui un groupuscule, ses meilleurs militants.

Ceux-ci, et notamment Pierre Cassen et Brigitte Bayle, quittèrent ensuite Respublica pour se lancer dans l’aventure de Riposte Laïque. Depuis, chacun a fait son chemin. Certains continuent à travailler ensemble, d’autres ne se parlent plus, d’autres encore, tout en ne partageant plus les mêmes engagements, sont demeurés en bons termes, voire parfois encore amis. Cela fait partie des aléas de la vie, même s’il est intéressant de constater que nombre de militants qui se réclament de la gauche ont vraiment beaucoup de mal avec le débat démocratique.

Il est par ailleurs révélateur, ce samedi 15 mars 2014, dix années après le vote, de constater que personne, parmi ceux qui furent les principaux partisans de cette loi ô combien nécessaire, bien qu’imparfaite, ne célèbre l’événement.

Par contre, à Paris, deux rassemblements sont programmés en ce sens : l’un à Châtelet, dans le 1er arrondissement, à l’appel du Collectif féministe pour l’égalité (CFPE), avec une trentaine d’organisations signataires dont Mamans Toutes Egales (MTE) et le Parti des Indigènes de la République (PIR) ; l’autre à Couronnes, dans le 20e, à l’appel du collectif Campagne pour l’abrogation des lois islamophobes (ALI). Celui-ci organise également un rassemblement à Marseille, auquel s’associe par ailleurs la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI). 

Cette association organise pour sa part des rassemblements à Lille (Place de la République), Belfort (Place Corbis) et Lyon (Place Bellecour) avec le même mot d’ordre : l’abrogation de la loi de 2004. A Rennes, une action similaire à la Place de la Mairie est également annoncé par un collectif local sur les réseaux sociaux.

Ces mobilisations confirment, s’il était besoin, que si des militants comme Pierre Cassen, Brigitte Bayle et d’autres ne s’étaient pas mobilisés victorieusement, en 2003, nous aurions ce jour, dans les écoles de la République, des dizaines de milliers de jeunes filles voilées qui défieraient notre laïcité. Nous ne devons pas oublier cela.

Bien évidemment, nous allons regarder de près l’ampleur des mobilisations musulmanes, qui ne font que confirmer que l’islam est incompatible avec la laïcité, avec la République, et donc avec la France. Ceux qui se comportent comme des soldats d’Allah sur notre territoire doivent donc en être expulsés au plus vite.

Lucette Jeanpierre

 

 

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