L’extrême droite et le conflit israélo-palestinien

Pourquoi certains partis européens dits d’extrême droite soutiennent les islamistes ? Par exemple, le parti hongrois Jobbik exprime bruyamment ses sympathies à l’égard de l’Iran et à l’égard des Palestiniens, luttant contre ce que Jobbik désigne comme « l’agression israélienne ».

Les partisans de l’extrême droite se réclament généralement du nationalisme. Certains se réclament aussi de la tradition chrétienne. Ils sont adversaires de l’Union européenne, souvent même de l’Alliance atlantique.

La revue tchèque Reflex publia le 1.11. 2012 un entretien avec Petr Hájek, un conseiller du président Václav Klaus. Hájek s’y présente ainsi : »Parce que j’ai une profonde expérience de l’athéisme, dans lequel je suis né, mai aussi d’un chemin complexe à travers des philosophies orientales et le judaïsme vers le catholicisme, il est de mon devoir de partager mon expérience avec d’autres, avec mes semblables. En cela se trouve d’ailleurs tout le sens du christianisme. La mission de la bonne nouvelle du Christ et de sa deuxième venue à la fin des temps. »

Hájek est persuadé, que l’Union européenne fut créée par les francs-maçons, comme un espace pour la venue de l’antéchrist.

Nous savons que les principaux bâtisseurs de l’Europe unie furent des hommes d’Etat catholiques comme Robert Schumann, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi. Ils voulaient la réconciliation entre les vainqueurs et les vaincus dans la deuxième guerre mondiale, pour que l’histoire cessât de se répéter. Et pour qu’au moins l’Europe de l’Ouest ne tombât pas entre les mains de Staline.

Rappelons que « catholique » signifie universel, universaliste. Il est vrai, qu’il y avait aussi des catholiques passionnément nationalistes. Par exemple, ceux qui gouvernaient en Slovaquie, ou en Croatie, pendant la deuxième guerre mondiale. Si quelqu’un a vraiment sérieusement endommagé l’image du christianisme, c’étaient bien eux.

Rien ne pouvait être davantage en contradiction avec « la religion de l’amour » que l’extermination des Juifs, y compris des femmes et des enfants, qu’ils avaient organisée. Celle-ci était aussi en contradiction absolue avec tout l’héritage biblique, vétéro-testamentaire comme néo-testamentaire. Par exemple, avec ce qu’écrit saint Paul dans l’Epître aux Romains.

L’incompréhension et l’antipathie réciproques entre les juifs et les chrétiens, depuis les temps de saint Etienne proto-martyre jusqu’aujourd’hui, avaient des conséquences néfastes pour les deux côtés. Pour les deux, car si les juifs soufraient bien sûr de l’oppression de la part de la majorité chrétienne, il y avait aussi parmi eux ceux qui cherchaient la revanche.

Par exemple, Karl Marx était un descendant de plusieurs générations de grands rabbins de la ville de Trèves (Trier) en Rhénanie. Son père vécut l’occupation de cette région par les armées de la France révolutionnaire. Celle-ci abolit toutes les mesures discriminatoires concernant les juifs, sur la base du principe « Liberté, égalité, fraternité ». Le père de Karl put ainsi devenir magistrat. Mais lorsque la Prusse avait rétabli son pouvoir sur la Rhénanie, elle a rétabli aussi les anciennes discriminations. Pour pouvoir rester magistrat, pour ne pas gâcher sa carrière, le père de Karl Marx s’est fait baptiser.

Karl n’a pas su faire face autrement à cette malhonnêteté de son père qu’en inventant quelque chose comme une nouvelle religion. Celle-ci n’était ni le judaïsme de ses ancêtres, ni le christianisme de la majorité dominante. C’était une sorte de contrefaçon du messianisme juif, dont était exclue toute foi en un père céleste.

L’on peut donc dire que le Juif Marx est coupable des millions des victimes du marxisme. A cela l’on peut répondre que si la chrétienté s’était comportée d’une façon plus tolérante à l’égard de ses frères ainés (pour reprendre l’expression de Jean Paul II), le marxisme ne se serait tout simplement jamais constitué.

A tous, il faut rappeler certains faits fondamentaux. Le vingtième siècle fut marqué par trois génocides.

Le premier fut le génocide des Arméniens, organisé pendant la première guerre mondiale par le khalifat ottoman. Donc par la théocratie musulmane, à la tête de laquelle se trouvait Mehmed 5e Reşad. Celui-ci était à la fois le sultan, le chef de l’Etat musulman le plus important, et le khalife, le chef spirituel de tous les musulmans sunnites.

Le deuxième fut le génocide des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale. Il s’inscrivait dans la continuité avec le premier génocide. Il parait que Hitler répondit à quelqu’un qui voulait le mettre en garde contre les conséquences possibles : »Qui se souvient encore aujourd’hui des massacres des Arméniens ? »

Si le premier génocide du vingtième siècle avait pour victime la nation qui la première, dans son ensemble, avait accepté le christianisme, le deuxième génocide avait pour victime le peuple, au sein duquel le christianisme était né. Nous savons que d’après l’Evangile, Jésus de Nazareth était un descendant des rois de Juda et d’Israël. Les évangélistes, les apôtres, pratiquement tous les premiers chrétiens, étaient Juifs.

Michel Remaud, un important théologien catholique français, disait : »Les nazis voulaient créer le Troisième Reich millénaire sur le principe du droit du plus fort. Ils étaient conscients qu’ils ne pouvaient réussir que s’ils parvenaient à détruire l’ensemble de l’héritage biblique. » Et il ajouta : » Ils étaient suffisamment intelligents pour comprendre que s’attaquer à des églises chrétiennes, cela ne seraient que comme couper des branches. Tandis que détruire les Juifs, ce serait trancher la racine. »

Il faisait bien entendu l’allusion aux célèbres paroles de saint Paul dans l’Epître aux Romains 11, 18 : »Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte».

Le troisième génocide du vingtième siècle, c’était l’archipel Goulag et les autres massacres, commis par les marxistes, avant tout en Chine et au Cambodge. Nous savons qu’en Russie soviétique, beaucoup de personnes d’origine juive se trouvaient aussi bien parmi les victimes, que parmi les organisateurs et les exécutants des inhumanités. Mais les juifs pratiquants se trouvaient seulement parmi les victimes. Le judaïsme a été persécuté au même titre que les autres religions.

Cependant, les rabbins enseignent : »Kol Israël arevim zé ba zé » (Tous les juifs sont responsables les uns des autres). Donc même ceux qui étaient parmi les victimes auraient une part de responsabilité, du fait qu’ils n’avaient pas su dissuader leurs coreligionnaires de devenir marxistes.

Tout cela était dans la continuité d’une histoire plus ancienne. Lorsque Napoléon avait envahi la Russie, les Juifs débattaient passionnément, comment ils devaient y réagir. La Russie orthodoxe les opprimait et discriminait gravement. Beaucoup de Juif pensaient que la France de Napoléon représentait, peut-être, un progrès, une liberté. Contre eux se dressa le rabbin Chnéour Zalman de Lyadi, le fondateur du mouvement des hassidim de Loubavitch, connu surtout sous le nom de Habad. Il leur disait : »Si Napoléon est victorieux, les Juifs seront certes riches et heureux, mais ils s’éloigneront de Dieu. En revanche, si la victoire revient au Tsar Alexandre, les Juifs connaîtront le dénuement, mais resteront attachés à la volonté divine. »

Il invitait donc tous ses coreligionnaires à rester fidèles à la Russie. Il devait ensuite fuir devant l’avance rapide de l’armée française. Pendant la fuite, il rattrapa sérieusement froid et il mourut suite à ce refroidissement.

Tout cela avait une continuation. Aujourd’hui nous savons, surtout grâce au témoignage de Nikita Khrouchtchev, qu’à la fin de sa vie, Staline voulait déporter pratiquement tous les citoyens soviétiques d’origine juive en Sibérie. Il était persuadé que la troisième guerre mondiale était inévitable et qu’au cas d’une invasion de l’U.R.S.S. par les armées occidentales, les Juifs soviétiques collaboreront avec elles, comme des Tchétchènes ou des Tartares de Crimée musulmans avaient collaboré avec les armées fascistes.

La déportation devait être dirigée par le camarade Kaganovitch, lui-même de « nationalité juive » (comme on disait en Union soviétique). Et non seulement cela. Kaganovitch était un Cohen, donc un membre d’une famille de prêtres, en principe descendant d’Aaron, le frère de Moïse. Par là, on devait prouver au monde que les marxistes soviétiques n’avaient rien de commun avec les racistes hitlériens. Simplement, ils voulaient assurer leur sécurité.

Par un heureux concours de circonstances, Staline décéda au printemps 1953 et la déportation n’eut pas lieu.

Nous pouvons peut-être dire que tous les trois génocides du vingtième siècle étaient des tentatives de détruire l’héritage biblique. Et quoi d’autre cherche l’extrémisme islamiste ? Pourquoi le président iranien Ahmadinéjad organise des colloques avec des négateurs de la Shoa?

Ajoutons que si Petr Hájek définit le sens du christianisme comme une « mission de la bonne nouvelle sur le Christ et sa deuxième venue », cette problématique est présente dans le conflit israélo-arabe. L’espérance en une deuxième venue du Christ, en grec la Parousie, faisait longtemps partie intégrale de la doctrine chrétienne. Nombreux chrétiens sont toujours convaincus que le retour du peuple élu sur la terre promise est une condition nécessaire pour la deuxième venue du Messie.

Cette conviction est présente surtout parmi les chrétiens anglo-saxons, depuis l’époque des puritains, depuis le temps où les Pères pèlerins traversèrent l’océan Atlantique sur le bateau Mayflower.

L’attente de la Parousie joua ensuite un rôle important lors de la préparation de la célèbre Déclaration Balfour du 2 Novembre 1917, par laquelle la Grande Bretagne s’engagea à aider les Juifs à créer, après la défaite du khalifat ottoman, un foyer national en terre d’Israël. Et, bien sûr, dans le soutien britannique à l’édification de ce foyer, après que la Société des Nations ait confié à la Grande Bretagne un mandat sur ce pays. Seul le fait qu’à la veille de la deuxième guerre mondiale les Britanniques redoutaient que leur aide aux sionistes aura pour conséquence que l’immense masse des musulmans de leur empire colonial se mettrait entièrement du côté de l’Allemagne de Hitler conduisit à la rupture de cette alliance avec le mouvement sioniste.

Celui-ci trouva une nouvelle aide de la part de la France, alors en conflit avec les insurgés algériens et le mouvement panarabe qui les soutenait, et ensuite surtout de la part des Etats-Unis. Ajoutons qu’il est erroné de penser que cette aide américaine serait avant tout due à l’influence de la communauté juive américaine. Celle-ci est effectivement importante, mais son influence est négligeable en comparaison avec celle des chrétiens sionistes.

Récemment The Pew Research Center publia un sondage de l’opinion publique américaine. D’après lui, 50 pourcent des Américains disaient qu’ils sympathisaient davantage avec Israël, et seulement 10 pourcent sympathisaient davantage avec les Palestiniens. S’agissant des électeurs du Parti Républicain, 75 pourcent disaient qu’ils sympathisaient avec Israël et seulement 2 pourcent sympathisaient davantage avec les Palestiniens.

Et que pouvons- nous dire à ceux qui sont persuadés qu’ils défendent uniquement les intérêts nationaux de leur pays ?

Avant tout que la destruction d’Israël enchanterait tellement les islamistes, les confirmerait si radicalement dans leur croyance qu’Allah est de leur côté, qu’ils mobiliseraient ensuite toutes leurs forces dans d’autres guerres de conquête – que leur religion de toutes les façons leur impose comme devoir.

N’oublions pas que, par exemple, le mouvement Hamas, qui envoyait des missiles sur Israël jusqu’à l’opération Colonne de nuées, avait été fondé par Abdullah Azzam. Celui-ci avait formé Oussama ben Laden à l’université du roi Abdulaziz à Djeddah. Il lui disait, paraît-il : »Le fusil et le djihad seulement. Pas de négociations, pas de conférences, pas de dialogue ».

Reconnaissons-lui au moins le mérite de la franchise !

Martin Janecek


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