La juge-écrivain Sophie Endelys explique l’ultra-violence des racailles par leur illettrisme

Depuis des années, la France ne cesse de dégringoler dans les classements internationaux concernant les résultats scolaires des petits Français. Et au niveau national, c’est aussi catastrophique. Pain béni pour nos juges ?

De Pisa en Pirls

Selon l’enquête Pisa (Programme for International Student Assessment) qui compare les pays de l’OCDE, entre 2000 et 2009, dans le domaine de la compréhension de l’écrit, près de 20% des élèves français ne maîtrisent pas la langue de leur pays.

Et d’après une autre enquête internationale, le Pirls (The Progress in International Reading Literacy Study) qui estime la compétence en lecture c’est à dire l’aptitude à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société, la France obtient un score de 520 loin derrière la moyenne européenne (534) ou celle de l’OCDE (538). En haut du classement caracolent Hong Kong et Singapour, la Russie et les Etats-Unis, la Finlande, la Croatie, le Danemark et l’Irlande du Nord.

Au niveau national, les enquêtes françaises ne sont pas particulièrement plus optimistes. Elles se basent sur les évaluations que passent les écoliers entre le CM2 et la sixième. En dictée, par exemple, 21% des élèves faisaient plus de 15 fautes en 1997, contre 46% en 2007. L’évolution en calcul est également négative.

Pour le retour du savoir au centre du système

Evidemment, la Déséducation nationale conteste en général les chiffres, sauf en ce moment. Peillon s’en sert pour justifier sa « refondation » de l’école.

Mais créer des postes et réinstaurer la semaine de quatre jours et demi ne va pas rétablir la situation. Le mal est ailleurs.

« Il faut mettre l’enfant au centre du système éducatif », préconisent toujours les pédagogistes forcenés. « Comme si autrefois, soulignait Finkielkraut dans  » L’ingratitude « , on y mettait des lampadaires ou des pots de fleurs. »

En réalité, il est nécessaire de mettre fin à cette inversion aberrante des rôles par laquelle l’élève n’a plus obligation d’écouter le professeur[1] alors qu’on enjoint au professeur d’écouter l’élève.

Aujourd’hui, l’école doit retrouver son statut de lieu de culture, cesser d’être perçue comme un centre d’éducation où les enseignants se substituent à la famille[2], endossant les habits d’animateurs socioculturels et d’assistantes sociales. La bonne conscience humanitaire ne doit plus l’emporter sur la culture et le savoir.

L’enseignement ne doit pas craindre de se débarrasser de l’utopie égalitaire (comme cette idiote promesse électorale d’amener 80% de chaque classe d’âge au baccalauréat). Bavasser sur l’écologie avec des analyses de café du commerce, sur le soutien moral aux sans-papiers, sur la préparation d’un concert de petites cuillères ne sont pas des activités essentielles.

Ce n’est ni l’élève ni l’enseignant qui doivent être au cœur du système éducatif mais « l’approbation de la culture par l’élève avec l’aide du professeur » (Michel Barat).

Et en 2013, nous en sommes loin.

Quand l’illettré peut tabasser sans crainte

Ces résultats catastrophiques sont pain béni pour les magistrats. Ils leur permettent d’expliquer la violence des agressions, parfois leur barbarie, pour des vols de cartes de crédit ou de sac à main. C’est à cause de l’absence de vocabulaire, disent-ils. Sophie Endelys, juge et écrivain, citée dans « La France orange mécanique » d’Obertone, balance que lorsque « les gens possèdent peu de mots pour exprimer leurs émotions du quotidien, ils n’ont pas d’autres moyens que les coups et l’agressivité pour exprimer leur désaccord ou leur agressivité[3]. »

Les balafrés au cutter, les esquintés à coups de pied, les tabassés à la batte de baseball sont heureux de connaître l’explication. C’est parce que leurs agresseurs manquent de vocabulaire qu’ils ont été massacrés. Sinon, ils leur auraient demandé très poliment de leur remettre carte de crédit ou sac à main.

Et d’après les résultats Pirls, les choses ne vont pas s’arranger.

Imaginons une seconde qu’un sursaut ait lieu. Que les enfants de France deviennent tous des lecteurs efficaces à la sortie du primaire et non plus cette multitude de gamins découragés par les textes dès que ceux-ci font plus de cinq lignes, textes qu’ils ânonnent tellement, qu’arrivés au bout de la phrase, il y a un moment qu’ils ne souviennent plus du début.

Quelle nouvelle excuse nos juges trouveront-ils aux délinquants ?

Qu’une augmentation du vocabulaire – qui pour l’instant ne dépasse pas celui compris par un chien de garde – leur a grillé les neurones ?

Marcus Graven

 


[1]  » La formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque unique intérêt des études.  » (Simone Weil)

[2] » C’est à l’école de prendre sa responsabilité « , pontifie Ségolène Royal, sous-ministre de l’Éducation Nationale (20 heures de T.F.1 du 28 novembre 99) en offrant la pilule du lendemain aux lycéennes.

[3]  Obertone a récupéré les propos de Sophie Endelys dans Le Point du 8/07/12)

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