Mafia albanaise : la dernière malédiction d’Enver Hoxha

Publié le 12 juillet 2017 - par - 9 commentaires - 1 700 vues
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L’Albanie est restée pendant 47 ans, jusqu’aux élections de 1992, une de ces caricatures staliniennes héritées de la Seconde Guerre mondiale. Le pays reste marqué, sa vie démocratique est fragile, sur fond de corruption et de mafia albanaise qui contrôle le pays. La majorité musulmane de la population du pays, tabou européen, achève de freiner l’entrée du pays dans l’Union européenne.
Les Albanais, convertis de force ou par intérêt à l’Islam dans leur majorité, jouissaient d’un statut privilégié au temps de l’empire ottoman. Cette allégeance, qui avait adouci leur sort au sein de l’empire, a attisé l’hostilité des autres pays balkaniques, restés chrétiens ou orthodoxes. La Conférence des ambassadeurs des États de la région, qui s’est déroulée dans les années 1912-1913, a retiré à l’Albanie le Kosovo et la province d’Ioanina (l’ancienne capitale du sud de l’Albanie), devenue grecque. La moitié des Albanais se sont alors retrouvés hors des frontières politiques de leur pays.

Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, l’Italie envahit le pays. L’entre-deux-guerres voit l’Albanie devenir l’enjeu d’une rivalité géopolitique entre l’Italie, la Yougoslavie et la Grèce, qui revendique les territoires de l’Epire du Nord. le Royaume-Uni veut s’inviter dans la partie, après qu’on a découvert du pétrole en Albanie. Mussolini, après l’aventure éthiopienne, décide d’envahir de nouveau l’Albanie. Le roi Zog s’enfuit en Grèce.

En 1944, Enver Hoxha, chef du Parti communiste albanais, est installé au pouvoir par Staline. Les communistes albanais procèdent à l’exécution, par milliers, des opposants politiques et des chefs des communautés traditionnelles. Les communistes albanais bannissent toute religion, emprisonnant ou exécutant les prêtres. L’Albanie est le premier état à se déclarer officiellement athée.

Après une tentative de renversement du pouvoir par la CIA, en 1950, Hoxha coupe le pays du reste du monde, brise ses liens avec tous ses anciens alliés : l’URSS, qui, à ses yeux, a trahi l’idéal révolutionnaire ; le pacte de Varsovie, après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 ; Pékin, après son rapprochement avec Washington en 1978.

La collectivisation forcée de l’économie et des esprits, l’élimination des élites et des repères spirituels, ont entraîné des résultats calamiteux dont l’Albanie a encore du mal à se remettre.
Ramiz Alia remplace Enver Hoxha, décédé en 1985. À partir des années 90, les frontières s’entrouvrent, les Albanais en profitent pour fuir le pays par milliers. Sali Berisha, devient le premier président élu en 1992.
En 1997, Leka, le fils du défunt roi Zog, revient d’exil pour tenter de reprendre le trône. Le référendum sur la restauration de la monarchie échoue, Leka est accusé d’avoir tenté de provoquer une insurrection armée et doit de nouveau s’exiler.

À cette période, après plusieurs scandales de corruption et de fraude du gouvernement, la tension dans la rue est palpable. Des armes sont pillées dans les casernes. L’année 1998 est particulièrement difficile. Azem Hajdari, notable du Parti démocrate, est tué, ce qui déclenche des manifestations. Les troubles au Kosovo ont, de plus, amené un flot de réfugiés en Albanie, qui grossira encore, l’année suivante, avec l’assaut des forces serbes.

Pourtant, en 2003, l’Albanie et l’Union européenne commencent à parler de l’adhésion de l’Albanie à la Communauté européenne. En 2007, le président George W Bush est le premier chef d’état américain à visiter l’Albanie, qui rejoint les forces de l’OTAN en 2009, et appuie résolument l’entrée de Tirana dans l’Union européenne. Il est vrai que l’Albanie reste un des plus fidèles alliés des Américains dans les Balkans. L’intervention de l’OTAN et de l’Europe contre la Serbie en  Yougoslavie,  destinée à protéger les Albanais du Kosovo, a entraîné l’enthousiasme des Albanais pour l’Alliance atlantique et l’Europe.

Mais l’Albanie reste un « État membre « potentiel » de l’Union européenne. La lutte contre la corruption et le crime organisé, malédiction du pays, reste un obstacle majeur. l’Union européenne est réticente à faire entrer un nouveau partenaire aussi défavorisé. L’entrée de l’Albanie, dont la population est de majorité musulmane, serait un fâcheux préalable à l’adhésion de la Turquie, ancien empire ottoman, sur laquelle les opinions européennes sont généralement hostiles.

L’idée nationaliste de reconstruire un grand état national – la grande Albanie – composée de tous les territoires habités par les Albanais, aujourd’hui mise en sourdine par Tirana, a froissé les Macédoniens, les Monténégrins, les Grecs et les Serbes du Kosovo, qui se sont efforcés de réduire au maximum le territoire albanais. Mais le soutien des États-Unis dans la région, contribue à l’apaisement. L’Albanie, la Serbie, la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo ont tous un objectif commun : l’intégration euro-atlantique.

Le conflit du Kosovo a particulièrement tendu les relations avec la Serbie, mais aussi avec la Grèce, qui reste un allié fidèle de Belgrade, à cause de la question macédonienne. Les Serbes orthodoxes et les Grecs, qui ont eu de mauvaises expériences avec l’islam dans le passé, perçoivent encore la religion musulmane de 60 % des Albanais comme une menace. Les sentiments religieux des Albanais sont pourtant peu profonds, lessivés par l’athéisme d’État de la longue période de règne d’Enver Hoxha.

Les Albanais sont nombreux en Macédoine où ils ont failli provoquer une guerre civile, mais la réaction rapide de Skopje et de l’OTAN ont abouti à la signature de l’accord d’Ohrid et à l’amélioration de la situation des Albanais en Macédoine. Les bonnes relations entre Skopje et Tirana, leur même objectif d’adhérer à l’Europe Atlantique encore, ont permis d’atténuer les problèmes.
Les minorités albanaises ont, enfin, généré des tensions en Serbie, plus précisément dans la vallée de Preševa, en 2009. La vallée de Preševa aurait pu être « échangée » contre les provinces du nord du Kosovo, où les minorités serbes étaient opposées à toute intégration dans la république albanaise du Kosovo. Mais, en novembre 2009, les Serbes inauguraient leur plus grande base militaire à proximité de la vallée de Preševa, pour signifier à tous qu’il excluaient tout nouveau séparatisme sur leur territoire. La visite du ministre albanais des Affaires étrangères, Ilir Meta, en Serbie, première visite d’un officiel albanais, a apaisé la situation. La situation de la minorité albanaise semble meilleure dans le Monténégro voisin. Les Albanais, qui représentent 7 % de la population locale, n’ont pas à se plaindre des autorités de Podgorica.

Le Parti socialiste d’Albanie vient de remporter les élections législatives en juin 2017. Le Département d’État américain et les représentants de l’Union européenne ont fait pression sur les différents partenaires pour qu’ils jouent le jeu électoral. En dehors des habituelles promesses de campagne (abaissement des taxes, croissance économique, guerre contre la corruption et la production de cannabis), la population espère surtout du gouvernement qu’il obtienne l’entrée de l’Albanie dans l’Union européenne.
Bruxelles oppose une nécessaire réforme du système judiciaire albanais. Le gouvernement a adopté une loi dans ce sens, mais la corruption des fonctionnaires et du personnel politique, annule sa mise en pratique réelle.
Les Albanais accueilleraient également plutôt volontiers les investisseurs. Mais la mafia albanaise est très active dans le pays, comme d’ailleurs en Europe, aux Amériques, jusqu’au Moyen-Orient et en Asie. La mafia albanaise, une des plus importantes entreprises criminelles au monde, s’occupe, non seulement, de trafic de stupéfiants, d’armes, d’humains et d’organes, mais de tout ce qui bouge en Albanie… Une quinzaine de familles, comme le clan Xhakja, la famille Bregu, la famille Osmani, la « Banda e Lushnjës » ou le clan Allushi de Kurcaj, contrôlent le pays. Les rapports de Wikileaks ont démontré les relations étroites entre les politiciens albanais et ces familles. En fait, le monde politique albanais est contrôlé par la mafia, tout comme les fonctionnaires, les policiers, les douanes, les services de renseignements et les militaires. Cela constitue un frein évident à toute évolution du pays.

William Kergroach 

https://williamkergroach.blogspot.fr/

L’Albanie dans l’UE ? Ils y sont déjà, à voir le nombre d’albanais « réfugiés » en Europe et dont nul ne parle… Le chausse pied de la Turquie ?
Bruxelles en serait bien capable !

Faut passer le Bull !

« En 1944, Enver Hoxha, chef du Parti communiste albanais, est installé au pouvoir par Staline. » ???
On peut penser que Staline a vu d’un bon œil l’arrivée d’un de ses fidèles au pouvoir mais c’est à la suite d’une lutte armée contre les Italiens puis les Allemands que le PC albanais a pris le pouvoir. Staline n’y était pas pour grand chose.

Ils sont mûrs pour leur adhésion à l’Europe. Vive le vivre ensemble, on pourra tous les accueillir à l’Ouest ou bien leur offrir de si mirifiques subventions qu’ils pourront vivre comme des rois , le peuple et la mafia.

Toujours plus d’Europe ? Nos finances peuvent-elles subventionner indéfiniment tous ces pays moyenâgeux et mafieux pour leur permettre d’accéder au modernisme ? Après cela l’UE les tient et les a sous sa coupe. Ou est le temps du BENELUX ?

en 2002, l’excellent écrivain flamand Jef Geeraerts publie « Dossier K. » qui parle de la maffia albanaise à … Anvers… si on en est là dans la fiction… faut pas demander dans la réalité…

Il y a quand même 40% d’albanais catholiques ! (Mère Thérésa était la plus connue d’entre eux)

Côté négatif, vous pouvez également mentionner la persistance de la vendetta traditionnelle, le kanoun, qui fait des ravages encore aujourd’hui.

Enfin, bien qu’à 60% musulman, et fournisseur de nombreux grand serviteurs de l’état lors de la domination turque, le pays a toujours Skanderberg pour grand héros national unanimement révéré. Dans les Balkans, nous n’en sommes pas à une contradiction près.

Une question : est-ce que la mafia ne pose pas davantage de problèmes au Kosovo qu’en Albanie même ?

« Le monde politique albanais est contrôlé par la mafia »: ils sont donc fin prêts pour rejoindre la grande pieuvre de l’UE, ils ne dépareilleront pas trop le lot des corropmpus.

Tout à fait d’accord ! .. la « mafia » albanaise ultra-violente pourra s’allier avec les tchétchènes .. bref l’ Union des mafias de l’ UE n’ en sera que renforcée ! quel cauchemar !

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