Mali : les médias français cachent les vrais enjeux de la guerre

Du retour en France de Mademoiselle Cassez à celui du sémillant et intrépide François Gabart en passant par la randonnée des pro-mariage entre Denfert et Bastille, la batterie médiatique y est allée franchement. Sonnez trompes, résonnez buccins! Le César de Goscinny et Uderzo se serait trouvé à l’aise dans ce déchaînement de la fanfare-qui-fait-l’opinion (ou croit la faire).

Le seul moyen de trouver un peu de repos dans ce vacarme consiste ces jours-ci à écouter telle ou telle radio thématique, classique, jazz… Ou, si l’on préfère l’image, à se laisser guider par les chaînes Animaux, Histoire, Voyages, Rêve et autres portes de sortie en cas d’incendie.

L’incendie, le vrai, se combat quant à lui en Afrique. Des hommes se battent là-bas, pour une cause très honorable. Certains y meurent, sans doute, à qui l’on rendra un hommage public à condition qu’une rescapée de geôles lointaines ou qu’un quelconque vainqueur d’une quelconque course (fut-il courageux, tenace et même admirable) ne vienne pas les coiffer, comme on dit, sur le fil. Ce qui fut le cas à Roissy il y a peu et encore ce Dimanche, de l’aube au crépuscule.

Les robots programmés qui nous délivrent, l’oeil sur le chronomètre, ce que nous sommes censés considérer comme prioritaire, ont décidé que la lutte de leur pays contre la principale menace qui pèse sur lui n’est qu’une espèce de fil rouge utilisable en fonction des cases à remplir sur l’agenda audio-visuel du jour. Soucieux de ne pas froisser leur intangible orgueil et se demandant comment ils vont bien pouvoir les utiliser au mieux, les politiques se gardent bien d’en rajouter sur le sujet, laissant aux sceptiques la gloire éphémère de la critique, du doute et de la division à moindre frais. À ceux-là, on peut faire confiance, le gruyère républicain est troué à leur convenance.

Un pays en guerre se doit pourtant d’être informé en priorité de celle-ci, même si cela s’avère difficile. Son seul vrai souci ne peut être que la survie de ses soldats couplée à l’explication honnête et complète des raisons pour lesquelles ils mettent en jeu leur sort. Les types qui allèrent à la mort par centaines de milliers à Verdun savaient que s’ils rompaient, c’en était fini de leur patrie. Aujourd’hui, au Mali, il s’agit clairement, toutes proportions gardées sur le plan comptable, de donner un coup d’arrêt à une offensive déclenchée depuis déjà longtemps contre les valeurs essentielles de nos sociétés démocratiques. Les médias français, comme les responsables de cette action salutaire, s’honoreraient en acceptant d’aller au fond des choses. Pour cela, il faudrait qu’ils donnent la parole à des gens capables d’éclairer le plus grand nombre sur les ressorts, les causes, les fondements de l’action en cours. Ce n’est hélas pas le cas. On caresse de loin l’écume des choses. Les événements de ces derniers jours, si intéressants et par maints aspects respectables soient-ils, montrent bien par quoi l’on cache l’essentiel.

La confusion a ainsi de beaux jours devant elle, comme les faux-nez et autres cache-misère en ce moment bien silencieux mais qui ne manqueront pas de resurgir à la moindre défaillance de nos systèmes de défense. C’est pour cela qu’il faut ardemment d’une part souhaiter la victoire complète de nos armes en Afrique, d’autre part espérer que ce nettoyage ne s’arrêtera pas aux frontières de notre pays, sans quoi il n’aura servi strictement à rien.

Alain Dubos


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