Manuel Gomez : Je ne pardonnerai jamais à de Gaulle le massacre des harkis et des Français d’Oranie

Publié le 20 août 2012 - par - 2 441 vues

Riposte Laïque : Vous venez de publier deux ouvrages, « 50 ans… c’était l’Algérie française », et « De Gaulle, sa face cachée : ses forfaitures, ses crimes ». Avant d’approfondir les thèmes développés dans ces ouvrages, pouvez-vous, rapidement, vous présenter à nos lecteurs ?

Manuel Gomez : Né à Bab-el-Oued (Alger). Elève du Lycée Bugeaud. Engagé par Albert Camus à l’âge de 15 ans comme pigiste au quotidien Alger Républicain. Puis chef de rubrique à La Dépêche d’Algérie, correspondant régional de L’Aurore à Alger. Ensuite à la rédaction parisienne de L’Aurore (chroniqueur judiciaire sur la période des procès des généraux et des barricades d’Alger) et du quotidien spécialisé Paris-Turf. Correspondant du « Méridional » de Marseille.

Depuis 1996 auteur de quinze livres.

Riposte Laïque : Parlons de votre premier livre, sur l’Algérie française. Comment avez-vous ressenti la manière de commémorer les 50 ans des accords d’Evian, dans les médias français ? Et qu’avez-vous pensé du film de Charly Cassan, dont Riposte Laïque a fait un édito, contestant la version officielle ?

Manuel Gomez : Il ne s’agit pas de mon premier livre sur l’Algérie, le premier fut « CAMUS l’Algérois » paru en 2004. Mon objectif majeur en écrivant « 50 ans… c’était hier l’Algérie Française » était d’expliquer à la très grande majorité des métropolitains, désinformés par les médias depuis un demi siècle, mais également à une minorité d’ « Européens d’Algérie » qui n’ont pas compris grand chose, ce qu’avait été l’aventure algérienne, notre aventure. A qui appartenait cette terre, comment existait-elle, pourquoi l’avons-nous conquise, comment l’avons-nous exploité, la magnifique oeuvre accomplie par la colonisation, la valeur des pionniers dont les os blanchissent sur ce sol et qui ont réussi l’exploit de créer un jardin là ou il n’y avait que des marécages. Que de questions n’est-ce pas ?

Commémorer les « accords d’Evian » ?  Quels accords ? ces accords n’ont jamais existé, n’ont jamais été mis en pratique. Il ne s’agissait que d’un abandon honteux qui devait mettre un terme à une guerre. Une trahison qui a fait plus de victimes dans les trois mois qui ont suivi ce 19 mars 1962 que durant les huit années (les Harkis – Oran juillet) Il n’y a rien à commémorer sinon le drame du départ d’un million de « Français » de toutes confessions et la misérable et honteuse réception qui leur a été réservée sur le sol de « leur » patrie.

Le film de Charly Cassan, que j’ai vu plusieurs fois, ne conteste pas la version officielle : il est la version officielle. La version que l’on offre aux métropolitains depuis cinquante années n’est que mensonges et désinformation programmée.

Riposte Laïque : Dans votre deuxième livre, comme nombre de Pieds-noirs, vous avez l’air particulièrement virulent contre le Général de Gaulle. Pensez-vous vraiment qu’il pouvait y avoir une autre solution que l’indépendance de l’Algérie ?

Manuel Gomez : Il pouvait probablement y avoir une autre solution qui aurait permis aux « Pieds-Noirs » de rester en majorité sur place. Elle était souhaitée par des leaders Arabes, tel Ferhat Abbas par exemple, mais d’une part elle n’était surtout pas voulue par la grande majorité des dirigeants du FLN et de l’ALN, qui ont mené une intense activité terroriste pour la rejeter et conserver ainsi tous les pouvoirs dès l’indépendance, et d’autre part jamais exploitée par les « Français » d’Algérie ni par les Arabes fort nombreux qui y étaient favorables. Les premiers parce qu’ils avaient une fibre patriotique mal placée et qu’ils désiraient conserver l’Algérie à la France envers et contre tout, les seconds parce qu’ils n’étaient représentés que par une minorité. Il s’agissait tout simplement de poursuivre l’oeuvre commune, réalisée ensemble avec les Arabes depuis 130 ans, dans une Algérie séparée mais associée à la France. Ce n’était pas une solution facile et elle aurait connu de nombreuses difficultés mais tout valait mieux que ce qui a été fait, et pour l’Algérie et pour nous.

Riposte Laïque : Ne craignez-vous pas, par la férocité de vos critiques, désarçonner nombre de Français pour qui le Général de Gaulle incarne une vision d’indépendance de la France, l’homme du 18 juin 1940, et celui qui a fait sortir la France de l’Otan et démanteler les bases américaines en France ?

Manuel Gomez : Mon livre sur de Gaulle n’est pas uniquement un livre de critiques, il analyse la psychologie d’un homme. Il dénonce des impostures, des forfaitures et des crimes prouvés. Je passe sur des zones d’ombre, telle l’élimination de Jean Moulin par exemple, faute de preuves. J’implique la responsabilité de de Gaulle dans le drame de Mers-el-Kebir, dans l’opération meurtrière sur Dakar et la Syrie, dans les attentats contre Darlan et Giraud et, bien entendu, son exploitation de l’affaire algérienne afin de reprendre le pouvoir absolu en métropole. Plus que quiconque il méritait  sa comparution pour crimes contre l’humanité, lui et sa gouvernance (Messmer, Joxe, etc.) concernant le massacre programmé de plus de 60.000 harkis et 3000 « Français d’Oranie » en vertu des ordres donnés par lui-même à l’armée française.

Ma plus grande satisfaction serait que ce livre soit lu par la majorité des Français qui ne connaissent de Gaulle qu’au travers de l’histoire qu’on leur a racontée, c’est-à-dire l’Homme du 18 juin, le sauveur de la France, le libérateur, le résistant, etc. tout cela n’est que foutaises. De Gaulle était avant tout un homme de complot, un manipulateur, un opportuniste qui a profité des évènements. Seul le pouvoir l’intéressait et il s’est servi de la France pour l’obtenir.

Riposte Laïque : Notre dessinateur, Ri 7, a représenté, 50 ans après « La valise ou le cercueil », un dessin montrant, dans une France future, des islamistes annoncer le même mot d’ordre, mais en France métropolitaine, cette fois. Pensez-vous ce dessin exagéré, ou au contraire craignez-vous que dans quelques années, ce que vous avez connu en Algérie ne se produise en France ?

Manuel Gomez : Il est incontestable, cela est écrit dans le Coran depuis le 14e siècle, que « la charia » doit gouverner toute l’humanité. Ce qui n’a pas été réussi par les armes sera réussi par l’immigration si l’on n’y prend garde. L’imposture des « soi-disant » révolutions démocratiques des pays musulmans le prouve chaque jour davantage : la Tunisie, l’Egypte, la Libye et demain les autres pays musulmans, sont soumis à « la charia ». De nombreux pays occidentaux, mis à part la France, paraissent se réveiller, comme en témoigne le récent processus signé au Parlement Européen de Bruxelles du 9 juillet.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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