Mariage homosexuel : déni de réalité et dérive du principe d’égalité

Si j’ai milité dès le début des années 80 pour le PACS, c’était pour offrir à ceux qui ne voulaient pas du mariage, une alternative. Cette alternative représente une réelle avancée de la société dans la mesure où elle élargit la palette des liens sociaux et affectifs, en leur donnant un autre cadre que le mariage. La demande de mariage homo revient à une réduction du champ des possibles affectifs, en les enfermant à nouveau dans le seul contrat de mariage. Portée par une minorité de gays et lesbiennes, acharnée à vouloir les mêmes droits que les hétéros, sans souci de la situation spécifique et différente de chacune des catégories sexuelles; elle illustre le déni de réalité et la dérive du principe d’égalité, si typiques d’une certaine idéologie de gauche.
Le déni de réalité. Le mariage a une histoire. C’est une institution indissociable de la société dite patriarcale, dont la famille est la cellule fondatrice. Le mariage implique l’hétérosexualité, et l’affirmation d’une différence des sexes, qui sert de référent à l’enfant qui constitue l’objectif du couple, il est autant une affaire d’alliance entre familles que lien d’amour. Le couple s’est bâti longtemps sur une hiérarchie des sexes, la soumission de l’épouse et des enfants à l’autorité du pater familias. L’évolution de la famille est récente, mais elle a une histoire qu’on ne peut balayer d’un revers de mains. Mais voila, aujourd’hui, on se veut sorti de rien, on est en apesanteur historique, rien n’a existé avant nous puisque nous n’étions pas là. Or revendiquer le mariage c’est s’inscrire, bon an, mal an, dans une histoire et une symbolique. On ne peut par la simple volonté dissocier le contenu du contenant. Cette revendication de mariage homo est donc caractéristique du déni de réalité. La réalité est ce qui est, elle résiste à nos désirs, il faut la reconnaître pour la faire évoluer, la bousculer revient à provoquer l’effet inverse . En l’occurrence les réticences de plus en plus grandes de l’opinion. Avant l’élection présidentielle, 58% approuvaient l’adoption par les couples homos, aujourd’hui 52% y sont hostiles. Tant qu’on ne touche pas à la filiation et à l’adoption, le mariage pour tous ne rencontre pas de d’opposition. Y souscrire est tendance, on se paye à peu de frais la bonne conscience d’être tolérant . Mais ça se gâte quand on se pose la question de l’adoption et de la filiation, qui sont les corollaires du mariage. C’est là qu’on bute sur les fondamentaux de ce contrat, fondé sur la différence des sexes et une filiation qui s’y origine. Un enfant naît d’un homme et d’une femme. Comment aborder cet épineux problème quand les deux parents sont du même sexe ? Tout l’amour qu’on peut donner à un enfant ne l’empêchera pas de s’interroger sur son origine et d’éprouver un certain désarroi.
Mais on atteint le coeur du sujet : l’enfant. Quid de son bien être et de son équilibre ? Les futurs parents homos le prennent ils en compte ? De façon générale, homo ou hétéro, on veut un enfant pour soi, pour satisfaire un bric à brac de motivations qui relèvent autant de l’instinct, de survie et de possession, que de l’angoisse de la mort et de la volonté de la braver. Les postulants homos à la maternité ou paternité échappent encore moins que les hétéro à cette règle. Or la quête du parent biologique chez les enfants adoptés ou sous X, illustre à l’envi , le souci humain des origines. Être né/e d’une éprouvette ? Pas très gratifiant d’avoir comme figure du père un spermatozoïde chanceux. De la même façon, vouloir un enfant toute seule en faisant l’impasse sur le père est une hérésie égotiste. On n’est pas assez de deux pour élever correctement un enfant. Les familles monoparentales n’offrent guère un modèle qui a fait ses preuves.

Mais voila, pour en revenir à nos moutons, le principe d’égalité fait ici loi. Au nom d’une obsessionnelle manie de l’égalité, on bafoue deux évidences : l’égalité n’est pas un donné, elle se conquiert, l’humain n’est pas dirigé uniquement par la raison, qui engendre les principes, mais par des pulsions souvent en contradiction avec la raison. Le principe d’égalité bien compris, doit reconnaître la différence des approches et des origines, pour mieux satisfaire l’accès aux mêmes droits. Il s’agit d’adapter les droits à des situations. Voila pourquoi le PACS correspond beaucoup mieux que le mariage à une demande de lien autre que celui codifié par le mariage. Rappelons qu’à l’origine le PACS devait consacrer l’alliance de deux personnes, quel que soit leur sexe, sans obligation de relation sexuelle. Le propos était ambitieux : il s’agissait de recréer du lien dans une société où il se délite. Le propos était d’offrir une alternative au mariage, non de le singer. Le Pacs reconnaît l’existence de ces autres liens, leur donne une légitimité. L’élargir est la voie politique juste. C’est celle qu’aurait du choisir le pouvoir, au lieu de céder à la demande d’une minorité d’associations gays, qui ne représentent qu’elles mêmes. Le souci d’égalité officielle qui les anime n’est que le paravent d’une envie d’avoir ce qu’ont les hétéros, en reniant qui ils sont vraiment.
Avec le mariage homo on reste dans la cour de récré. On veut le même ballon que le copain alors qu’on vous en a offert un bien à vous. Corporatisme sexuel et approche fausse de l’égalité sont à la base du désir de mariage homo. Souci d’électoralisme et façon de voter une mesure qui fait diversion, voila ce qui motive le gouvernement.

Anne Zelensky

 


Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans POINT DE VUE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.