Marine Le Pen a eu raison de ne pas manifester contre le mariage homo

J’ai lu de nombreuses critiques de contributeurs de votre journal (et pas de membres de votre rédaction) contre la non-participation de Marine Le Pen à la manifestation contre le mariage homo. J’ai également cru comprendre que quelques lecteurs reprenaient les critiques internes qui commencent à circuler contre le rôle et l’omniprésence médiatique de Florian Philippot.

Sur ce dernier, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer, concernant l’islam. J’avais conclu mon article en disant que si les propos du vice-président du FN étaient tactiques, je les trouvais intelligents. Par contre, s’il pense réellement, comme il l’a écrit, que l’islam est compatible avec la République, là, je pense que c’est grave, et qu’il faut, comme le lui proposait Christine Tasin, qu’il rencontre, une journée durant, outre la présidente de Résistance républicaine, René Marchand, le meilleur spécialiste de l’islam en France, selon moi, et surtout le plus efficace médiatiquement, ce qui explique d’ailleurs qu’il ne soit jamais invité sur les plateaux de télévision, alors qu’il est autrement meilleur qu’Anne-Marie Delcambre, beaucoup trop emportée pour être efficace.

Je pense également que Florian Philippot, très brillant sur les plateaux de télévision, prend trop de place, et que ce n’est pas bon. S’il a pu s’imposer médiatiquement en si peu de temps, il doit bien y avoir, au FN, d’autres responsables capables, sur l’insécurité et le changement de civilisation (thème mis en avant par Renaud Camus et pas suffisamment développé au FN) d’autres cadres politiques aussi efficaces, non ?

Je pense, pour continuer sur ce thème, que Florian Philippot est un excellent stratège, et qu’il a compris que l’objectif, gagner en 2017, nécessitait des subtilités tactiques, notamment en accentuant encore la stratégie de normalisation de ce parti. Si le FN reprend le discours de Riposte Laïque, sur l’islam, je pense que nos adversaires diaboliseraient encore davantage ce parti, et surtout agiteraient le sceptre de la guerre civile, en cas de victoire de Marine Le Pen en 2017. Donc, cela affaiblirait nos chances de gagner. Mais cette stratégie, pour être valable, ne doit pas désarçonner notre propre camp, et il faut, dans ce cas, laisser s’exprimer, à l’intérieur du FN, des militants qui expliqueraient clairement, sur l’islam, ce qu’il faut faire, en 2017, en cas de victoire de Marine. Et Marine devrait se situer entre Philippot et cette personne, porteuse du discours traditionnel de l’ancien FN.

Le PS et l’UMP ne se privent pas de jouer dans ce registre. Les premiers étaient capables de miser sur Strauss-Kahn et Mélenchon pour rassembler le plus largement possible. Quant à Chirac, il a gagné en 1995 en misant sur Madelin et Seguin, qui étaient pourtant aux antipodes. Dans la stratégie mise en place par Philippot, il faut que demeure, à l’intérieur du FN, et du camp des patriotes, une parole qui affirme fortement ce que Marine et Philippot ne disent pas. Sinon, on va arriver aux incompréhensions sur le mariage homo.

Pour ma part, j’ai trouvé intelligent que Marine Le Pen n’y soit pas, mais pas pour les raisons évoquées. Nous faire le coup du piège tendu par l’UMP et le PS n’était absolument pas subtil, ni crédible. Il n’y avait que deux arguments pour que la présidente du FN ne soit pas dans la rue : ne pas donner l’impression qu’elle voulait récupérer l’événement, et qu’elle prenne de la hauteur, en tant que future présidentiable en 2017, et peut-être avant, si la catastrophe Hollande conduit la France au bord d’une crise grave.

Sur le premier argument, on a vu que la présence de Copé est passée totalement inaperçue, tout comme celle de Marine l’aurait été, l’événement, c’est le million de manifestants. Et, sur le deuxième exemple, cela pose la question de sa présence à toutes les manifestations, jusqu’à la prochaine présidentielle. Marine Le Pen doit-elle s’accorder un statut de chef d’Etat, et prendre cette hauteur ? Ne doit-elle être dans la rue que pour les seules initiatives du FN, comme celle du 1er mai, et rien d’autre ? Là est la vraie question. Peut-on être chef de parti, appeler ses troupes à manifester, et ne pas être au milieu d’elles, sous le prétexte qu’on veut être présidente de la République ? A mon avis, c’est possible, mais il faut mieux l’expliquer que le 13 janvier dernier.

Personnellement, je trouverai cette stratégie, qui sent l’influence de Philippot, subtile et intelligente… Mais il n’y a aucune raison que le vice-président, lui, ne soit pas dans la rue !

Bernard Bayle


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