Menace de nationalisation : Montebourg-Hollande-Ayrault ne savent pas jouer au poker menteur

La menace d’Arnaud Montebourg de procéder à une nationalisation provisoire de Mittal, suivie du désaveu de Jean-Marc Ayrault, tourne au cauchemar pour ce gouvernement. La déclaration de guerre du leader syndical de la CFDT locale, Edouard Martin, est la pire chose qui pouvait arriver à une équipe qui se réclame des valeurs de la gauche, et donc, en principe, de la défense du monde du travail. Comment en est-on arrivé là ?

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Les gens qui nous gouvernent ont pris l’habitude du cynisme. Leur problème n’est plus la réalité d’un dossier, aussi compliqué à gérer que celui de Mittal, encore moins la sincérité des propos, mais la manière dont on communique sur lui. Et pour ce faire, il y a ce qu’on appelle une répartition des rôles. Hier, à gôche, Strauss-Kahn était chargé de rassurer les marchés, en leur disant que si la gauche gagnait, cela serait encore mieux pour eux, tandis que Mélenchon faisait croire qu’il était pour une stratégie de rupture avec le capitalisme. Peu importe que les deux projets soient incompatibles, le discours de l’un et de l’autre servait de rabatteur au candidat qui se mettait au centre, et tout le monde faisait semblant d’y croire. D’où le désistement sans condition de Mélenchon pour Hollande, médiocre remplaçant de DSK, au soir du premier tour, ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui, sans vergogne, de continuer à faire croire au bon peuple qu’il incarne une alternative de gauche à Ayrault.

Avec Mittal, ce fut le même cynisme. Montebourg était chargé de montrer aux salariés que le gouvernement était prêt à engager l’épreuve de forces avec le milliardaire indien. Partition à la Mélenchon. Mais dans le même temps, Ayrault et Moscovici pensaient qu’il fallait limiter la casse, et n’avaient pas une seule seconde envisagé une telle solution. Car si la nationalisation, qui faisait partie des armes de la gauche jusque dans les années 1980, faisait encore partie d’une stratégie alternative, cela se saurait. Si réellement ce gouvernement avait encore une culture de gauche, c’est par exemple sur le dossier de l’eau qu’il envisagerait une nationalisation, pour que le principe égalitaire de l’accès à des produits de première nécessité soit égalitaire, et maîtrisé par l’Etat.

A l’arrivée, Mittal, se sentant en situation de force, a imposé l’accord qu’il souhaitait, d’où la colère d’Edouard Martin.

Comment les salariés ne se sentiraient-ils pas trompés par ceux qui, depuis 2008, ont brocardé Nicolas Sarkozy, qui avait promis de sauver le site de Florange, et qui font la même chose, quatre ans plus tard ? On a vu en cette occasion les représentants du Medef, Laurence Parisot en tête, et tous les chroniqueurs de la presse écrite attaquer durement d’Arnaud Montebourg, mais pour de mauvaises raisons. Ce qu’ils ne supportaient pas, c’est qu’un ministre, simplement par ses discours, laisse entendre qu’un représentant d’un Etat-Nation, la France, ait encore les moyens de faire plier le patron d’une société multi-nationale. Pour eux, cela allait à l’encontre de leur idéologie, qui interdisait à toute structure démocratiquement élue de peser sur la loi du marché et de ce qu’ils appellent la concurrence libre et non faussée.

Mais c’est également là que la stratégie de ce gouvernement a été totalement irresponsable, et criminelle pour quiconque se réclame de la défense du salariat. Menacer un gros entrepreneur comme Mittal de nationalisation, c’était une véritable déclaration de guerre au système, à Bruxelles, à ses règles et à ses lois… que cautionnent depuis plus de trente ans l’ensemble du Parti socialiste, des Verts, et, accessoirement, de l’UMP. Cela ne pouvait donc s’accompagner, pour être crédible, que d’un discours de rupture avec les lois de l’Union européenne, constatant qu’elles n’étaient pas adaptées aux intérêts de la France, et de ses salariés.

Cette déclaration de guerre ne pouvait pas être improvisée, comme le fut la déclaration d’Arnaud Montebourg. Elle nécessitait une cohérence, une réelle stratégie, des moyens financiers, et surtout une volonté politique d’aller au bout, d’en faire un test, pour démontrer que celui qui, candidat, avait annoncé qu’il avait un ennemi, la finance, avait la détermination de combattre cet ennemi, et de s’en donner les moyens.

Faute de quoi, Montebourg a joué une partie de poker menteur, où tout le monde à vu qu’il n’avait rien dans son jeu, et que cela n’était que du bluff. On a vu la pantalonnade qui a suivi, et on comprend mieux la colère et l’écoeurement des salariés de chez Mittal. Ils ont compris ce qu’étaient les dirigeants de ce pays, qu’ils soient de droite ou de gauche : des cyniques politiciens qui ne font que de la communication, et ne pensent qu’à leur image dans les sondages. En brandissant la menace d’une nationalisation, puis en se couchant devant Mittal, c’est l’idée même d’un contrôle du politique sur l’économie que ces prétendus hommes de gauche ont torpillé avec encore plus d’efficacité que les discours idéologiques des libéraux de droite et de gauche et du patronat.  

Quand on prétend déclarer la guerre à Mittal, on ne fait pas de phrases, on mène le combat, et on se donne les moyens de le gagner, ou bien on ne dit rien, on la ferme.

Dans le film culte « Le bon, la brute, le truand », un homme vient tuer le truand, Touco. Mais au lieu de tirer, il raconte sa vie. Résultat, c’est Touco qui le tue ! Remplacez celui qui vient régler ses comptes par Montebourg, et Mittal par Touco, et vous avez le résume de triste feuilleton.

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Marine Le Pen a bien raison, quand elle affirme que Montebourg a perdu toute crédibilité, mais c’est l’ensemble de ce gouvernement qui aura du mal à se remettre d’une telle Bérézina. Comment ne pas penser à 1997, et à l’usine de Vilvoorde ? Jospin et les socialistes avaient promis, durant les épisodes précédant, aux travailleurs de ces usines de ne pas autoriser la fermeture du site. Une fois élus, ils ont changé d’avis ! De même, à cette époque, ils avaient décidé de poser des conditions draconiennes pour accepter de ratifier l’accord d’Amsterdam, qui accélérait la construction de l’Union européenne basée sur la concurrence libre et non faussée. Une fois élus, ils ont bien entendu fait l’inverse, et c’est aujourd’hui cette politique européenne qu’ils ont appelé de leurs vœux qui les empêche d’avoir toute marge de manœuvre, et les oblige à tenir des discours qu’il seront incapables de tenir, pour mieux enfumer tous les Edouard Martin de France et de Navarre…

Sauf que cette fois, la ficelle était un peu grosse, et que « le cave se rebiffe », pour rester dans les références cinématographiques…

Pierre Cassen

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