Mort de Brigitte Bayle, co-fondatrice de Riposte Laïque, mon amie

BrigitteJe savais, depuis un an, que je devrais un jour écrire un article où je rendrai hommage à Brigitte Bayle, qui se faisait également appeler Brigitte Bré Bayle. Ce jour est hélas arrivé ce dimanche 22 décembre. J’ai partagé beaucoup de choses avec elle pendant plus de dix ans.

Pendant tout le mois d’août 2007, Brigitte était à mes côtés pour lancer la grande aventure de Riposte Laïque. Compagnons depuis 2002, nous sortions des aventures de l’Ufal, de Respublica, et pensions qu’il fallait passer à autre chose, et notamment lutter de toutes nos forces contre le péril islamique. Un matin, au réveil, nous nous sommes dits que nous avions perdu assez de temps, et qu’il fallait foncer.

Pendant tout cet inoubliable mois d’août 2007,  elle et moi avions tout fait de concert : la recherche d’un nom, d’un site, d’un logo, d’une équipe rédactionnelle, d’un informaticien, rentrée de fichiers d’adresses… En outre, Brigitte excellait dans les démarches administratives : préfecture, assurances, banque et tout ce qu’il faut pour être dans les clous au niveau juridique.

Grâce à ce travail de fourmi, et à son apport décisif, le 30 août 2007, le bébé sortait, le premier numéro de Riposte Laïque était diffusé. Brigitte n’avait pas choisi de s’investir énormément dans l’écriture, bien qu’elle ait publié, en plus de six années, une soixantaine d’articles.

http://ripostelaique.com/author/Brigitte-Bre-Bayle

Elle avait préféré un militantisme plus discret, fait d’actions de terrain, à Marseille, où elle était partie finir sa carrière d’enseignante. C’est elle qui est présente sur la couverture du livre de Maurice Vidal, « la Colère d’un Français », où on la voit interpeller vivement une voilée intégrale et son mari. Elle avait également écrit un chapitre du premier ouvrage de Riposte Laïque, « Les dessous du voile », où, sans tourner autour du pot, elle décrivait la réalité de Marseille. Il faut le dire, la féministe qu’elle était demeurée, jusqu’au bout de sa vie, ne supportait pas le voile, dans lequel elle voyait une double agression : contre les femmes, et contre notre civilisation. Elle claquera la porte des Verts, avec pertes et fracas, sur cette question, dès 2003.

BrigitteenblancCeux qui désirent mieux connaître ce que fut sa vie, et ses engagements de jeunesse, pourront prendre connaissance de cet article qu’elle avait écrit, comme tous les membres de la rédaction de Riposte Laïque, à l’occasion des 40 ans de mai 68, dans ce texte intitulé malicieusement : « Une bergère qui a échangé des moutons contre des élèves ».

http://ripostelaique.com/Une-bergere-qui-a-echange-des.html

Elle avait milité chez les Verts, dans les années 2000 (elle fut même candidate à une élection législative, en 2002) et avait été un temps séduite par Jean-Luc Mélenchon, notamment en 2005, lors de la campagne sur le Traité Constitutionnel Européen. Mais elle avait rapidement compris les limites du personnage, et n’avait pas aimé, intuitivement, son entourage.

Après sa carrière d’enseignante, elle avait choisi de vivre dans la région poitevine, là où étaient les racines de sa famille. Bien que la nature de notre relation ait évolué, depuis 2008, nous étions restés de vrais amis, et partagions toujours une tendre complicité. Brigitte était demeurée une femme indispensable à l’équilibre de ma vie, et la réciproque était vraie. Elle avait choisi de se consacrer aux seules tâches administratives de Riposte Laïque. C’est elle qui gérait la trésorerie et les envois de livres, d’autocollants, de courriers, et de tout ce que Riposte Laïque proposait à ses lecteurs. Elle avait choisi, par ailleurs, de prioriser le niveau associatif, localement, et politique, nationalement.

Elle rêvait d’une place de conseillère municipale dans la petite commune de Saint-Germain, où elle avait élu domicile. Elle qui comptait dix-sept déménagements, tout au long de son existence, paraissait décidée à se stabiliser dans la Vienne.

Désespérée par une gauche dans laquelle elle ne se reconnaissait plus, révoltée par la couardise des milieux féministes et politiques sur le voile et l’islamisation de la France, cette femme, rebelle jusqu’au bout des ongles, s’était alors tournée vers le Front national. Elle avait été séduite par le discours de Marine Le Pen, qu’elle avait rencontrée et appréciée. Elle s’était alors engagée dans ce parti, perdant des amis en route, et subissant parfois, sur les marchés viennois, insultes et menaces de ceux qui voyaient en elle une méchante fasciste. Elle était assez solide pour faire face à cela, car pour elle, les qualités humaines d’un individu ont toujours été au-dessus des clivages politiques. C’est pourquoi elle avait conservé de nombreux amis à gauche, tout en étant devenue secrétaire de la fédération FN du 86, pour lequel elle avait ouvert un site qu’elle animait.

Ri7BrigitteBreBayle 1  001Elle avait également créé l’Association des Chats Bottés, sur Poitiers, dont elle assumait la présidence. Elle avait ainsi permis aux habitants du coin d’entendre notamment les discours de René Marchand, de Paul-Marie Coûteaux, et de faire connaissance de Riposte Laïque. Elle rêvait d’inviter prochainement Béatrice Bourges.

Femme discrète, Brigitte préférait l’ombre à la lumière, et était sans doute celle qui doutait le plus de ses immenses qualités.

Quand elle a appris, il y a un peu plus d’un an, la terrible maladie qui la frappait, elle est demeurée ce qu’elle a toujours été toute sa vie : une vraie combattante. Elle a subi une opération à hauts risques, à laquelle elle a survécu, le 18 décembre 2012. Pendant le premier semestre 2013, quand nous la voyions reprendre des marches, voire des petits footings, ses amis, familiers et moi-même avons même commencé à espérer que finalement, c’était peut-être moins grave que prévu. Hélas, les médecins avaient vu juste, et le traitement est devenu de plus en plus exigeant, avec de nombreux séjours à l’hôpital.

Elle emmenait toujours son ordinateur à Cochin, pour faire aussi bien que possible le travail que sa fonction nécessitait. A Saint-Germain, elle mettait un point d’honneur à honorer, parfois tard le soir, des commandes de lecteurs, de libraires, ou d’Amazon, pour que la maison RL réponde au plus vite aux sollicitations.

CouverturecolerefrancaisJusqu’au bout, elle est restée une femme admirable de tenue, de courage, d’élégance, de combativité et de dignité. Elle ne s’est jamais plaint, n’a jamais pleurniché sur son sort, mais a passé cette année à préparer ses trois filles à la suite d’une existence qui allait, elle le sentait inconsciemment, se poursuivre sans leur mère. Elle qui craignait tant de mourir sur une table d’opération, il y a un an, avait eu la joie d’être pour la première fois grand-mère en janvier 2013.

Elle a été ravie de faire connaissance, quelques semaines avant de partir, avec ceux qui allaient poursuivre ses fonctions à Riposte Laïque, Marc et Ghislaine. Cela la rassurait de savoir que tout ce qu’elle avait construit survivrait à une fin qu’elle savait inéluctable.  Elle a appris avec tristesse, quelques heures avant de mourir, le décès de Roger Heurtebise, qu’elle avait rencontré et apprécié à Marseille. Elle savait qu’elle n’allait pas tarder à le suivre, et était d’une grande sérénité avant le grand saut.

Elle a apprécié, tout au long de cette année, les encouragements de tous ceux qui lui disaient qu’ils l’aimaient, et ceux, nombreux, que je lui transmettais, quand, trop fatiguée, elle ne répondait plus au téléphone, et n’ouvrait plus son ordinateur.

J’ai eu l’honneur de partager ses derniers moments et d’être présent quand elle est partie. Je l’ai trouvée, malgré les ravages de la maladie, belle jusqu’au bout.

Pierre Cassen


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