Nîmes : Chebel et Oufkir rêvent de changer l’islam

Au Salon de la Biographie  ce week-end à Nîmes, deux auteurs interviennent sur l’Islam.

Samedi,  c’est Malek Chebel qui traite du thème: « Changer l’Islam« . Dans son dernier ouvrage Changer l’Islam, dictionnaire des réformateurs musulmans des origines à nos jours, l’auteur veut démontrer que l’Islam est capable comme n’importe quel courant, de se réformer et d’évoluer.

- Le journaliste pose d’emblée la question au centre du débat: « L’Islam est-il capable d’évoluer? »

Malek Chebel rappelle que trois courants sont apparus dès le premier siècle: le sunnisme, le chiisme et le mutazilisme, preuve que l’Islam n’est pas monolithique.

- Le chiisme et-il capable d’évoluer plus que le sunnisme qui  semble immuable?

Pour  Malek Chebel l’Islam est réformable. Si Dieu est incréé, sa parole le Coran nous est transmise par l’intermédiaire de deux truchements: le prophète et plus tard le rédacteur du livre. Il est donc discutable et interprétable. D’ailleurs, pousuit-il, il y a eu et il y a encore aujourd’hui des points de désaccords sur le Coran.

- Le journaliste demande si l’Islam compte des Réformistes.

Oui, et ils remettent en question la sunna et la charia.Mais ils n’ont pas la parole et sont mis à l’index. Ces derniers ont été contraints le plus souvent à l’exil.

- L’Islam est-il violent?

 Dès le début de l’Islam , trois califes sur quatre meurent assassinés mais, affirme  Malek Chebel, l’Islam n’est pas violent. C’est l’Histoire qui est violente. Et il ajoute :  ces califes sont morts parce qu’ils étaient de mauvais souverains.

- Les Réformistes l’ont-ils emporté?

Les mutazilistes, qui prônaient à l’instar des Grecs, l’usage de la raison et de la logique ont régressé jusqu’à disparaître vaincus par le courant sunnite.

Mais, ajoute Malek Chebel, une civilisation qui a donné l’Andalousie, civilisation selon lui,  de paix et de rayonnement intellectuel, les Contes des Mille et une Nuits, la médecine et  la pharmacie, ne peut pas être entièrement mauvaise. Il n’oublie pas  Averroès, qu’il appelle « le philosophe de l’Europe ».

- Le journaliste recentre les questions sur les positions de l’Islam actuel.

Dans les printemps arabes, où sont les réformistes ?

Malek Chebel: les Frères Musulmans n’ont qu’un siècle d’existence. Par ailleurs, aucune révolution n’est à 100 pour 100 vertueuse. Il faut attendre qu’augmente le nveau de conscience politique du peuple.

- Y a-t-il une internationale réformiste musulmane?

Réponse: le peuple musulman, partout dans le monde est à 80 pour cent favorable à des réforme sinon il y aurait des guerres civiles tout le temps partout dans le monde.

A la dernière question du journaliste: « Etes-vous optimiste? » Malek Chebel a cette réponse: « Je suis du signe du Taureau, je suis donc combatif. Je combats l’idiotie partout où elle est y compris chez les musulmans.

Malek Chebel en virtuose des questions théologiques, peut tenir un auditoire composé exclusivement de profanes complètement bluffé,  qui ressortira tout content d’avoir  appris « mutazilisme »et l’impression gratifiante d’être un peu plus cultivé que tout à l’heure. Et c’est avant tout pour cela que l’on vient à ce Salon. Une dame à côté de moi admire son érudition. Soit…

Mais lorsqu’on s’en tient strictement au sujet qui est de savoir si l’Islam peut changer sous-entendu peut s’adapter à la modernité, à la pensée rationnelle et à la laïcité, ce qui nous intéresse au premier chef et concerne notre vie de tous les jours, le bilan n’est pas aussi positif. Les différents courants de l’Islam qui apparaissent dès sa maissance sont révélateurs de dissidences pour la prise de pouvoir, mais n’indiquent en aucun cas que l’Islam évolue au bon sens du terme. Au contraire, toute tentative de réforme semble avoir échoué.

Par ailleurs, peut-on encore se laisser prendre au mythe de l’Andalousie, période ininterrompue de paix et de lumière alors que la situation des Juifs et des Chrétiens en terre andalouse, comme partout ailleurs en terre d’Islam, était éminemment variable en fonction du pouvoir en place et des besoins ponctuelsmais dans tous les cas étaient contraints au statut de dhimmi. ce dont Chebel s’est bien gardé de parler. Et les Grecs, les Gaulois, les Chinois, pour ne citer qu’eux, seront contents d’apprendre que leur pharmacopée était inexistante et leur médecine itou.

Au final, Malek Chebel  veut croire, contre toute preuve historique  aux facultés qu’a l’Islam de se réformer, ce qui soit dit en passant,est l’aveu implicite qu’il en a grand besoin, mais il n’a à nous proposer que de laisser aux Frères Musulmans le temps d’évoluer et aux masses celui d’élever leur niveau de conscience. « Vaste programme » comme aurait dit le Général.

Et tant mieux si Monsieur Chebel doit  son indéfectible optimisme à son signe astral. L’argument me paraît pour le moins incongru. Et pas qu’à moi! Eric Naulleau qui lui succède sur l’estrade pour un débat avec Jean-François Kahn, annonce en riant qu’il est né sous le signe des Poissons, peut-être sa façon à lui de signifier ce qu’il pense d’une argumentation zodiacale.

Le dimanche Raouf Oufkir intervient sur la question: »Pourquoi l’intégrisme nous menace ».

L’auteur se présente. Il appartient à une famille qui a fomenté le coup d’état contre le roi Hassan II du Maroc en 1972. Toute la famille a été emprisonnée. Lui-même, âgé de 3 ans à l’époque, passera vingt ans en prison suivis de douze ans d’isolement.

Raouf Oufkir commence par une mise au point: il n’y a pas d’Islamisme modéré. L »Islam est une religion monothéiste et à ce titre a des valeurs universelles, nous dit-il , mais l’Islamisme est une volonté de prise de pouvoir politique. Son livre, ajoute-t-il, s’adresse aux musulmans de France et les prévient que les partis islamistes au pouvoir vont forcément décevoir ceux qui les ont élus.

Raouf Oufkir voit trois dates qui ont signé l’islamisation de la France et ses problèmes de cohabitation avec l’Islam :

1970 : les immigrés musulmans ne retournent pas chez eux à la fin d’un contrat de travail. Ils préfèrent rester en France.

1974: loi sur le rassemblement familial de giscard qui fait entrer en France des familles polygames que l’administration française ne contrôle pas.

Plus tard, ouverture du droit associatif qui a vu naître de nombreuses associations musulmanes.

- L’islamisaiton des banlieues est-elle due à Israël?

Raouf Oufkir ne le pense pas. Il voit dans un Mohamed Merah un simple voyou islamisé en prison. Les jeunes de banlieue, nous dit-il, ne craignent pas la prison qui est pour eux un titre de gloire, et c’est là qu’ils sont islamisés par des imams autoproclamés que la France ne surveille pas. Raouf Oufkir rappelle que la grande majorité de la population carcérale est composé de Maghrébins et d’Africains et que lui peut le dire sans se faire taxer de racisme ou d’islamophobie.

- L’islamisation est-elle due à un sentiment de rejet?

L’islamisation radicale est le fruit, selon Raouf Oufkir, de la paupérisation.

Elle s’explique aussi par des faits culturels. Les filles ont davantage bénéficié de l’ascenseur social qu’est l’école que les garçons et les hommes de la famille se sont sentis humiliés. D’où la volonté de les tenir sous leur coupe par la religion, le port du voile, etc.

-L’Etat Français n’a pas eu la bonne attitude?

La République a voulu organiser une religion qui est sans clergé. C’est une tentative vouée à l’échec.

La situation est grave en France, ajoute Raouf Oufkir, proche de la fracture. Il ne faut pas occulter le problème et refuser de le combattre.

Beaucoup de sincérité et de lucidité chez cet homme, et on peut lui savoir gré d’avoir parlé de la situation dans les prisons, de la montée inconstestable de l’Islam.

Cependant,  un constat: si son livre veut s’adresser aux musulmans de France, force de constater qu’il n’y en a pas un dans l’auditoire. Pas de niqab, foulard, hidjab, et autres  barbes, qui fleurissent pourtant partout ailleurs en ville. Aujourd’hui dimanche, même auditoire que la veille.

On peut par ailleurs déplorer que Raouf Oufkir ne sorte pas dans l’ensemble des analyses convenues surtout lorsqu’il pense que la solution du problème des banlieues réside dans un énième plan Marshall.

Monique Bousquet


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