Noé et le sacrifice d’Ismaël, version islamique : la cruauté paternelle à l’égard de l’impiété filiale

Les récits biblique et coranique du sacrifice du fils d’Abraham montrent la cruauté perverse prêtée à Dieu, l’apologie de l’obéissance aveugle qu’il exigerait de ses croyants. Ils sont repris par les trois monothéismes. Mais comme l’a bien montré Laurent Simon, seul l’islam pratique encore aujourd’hui le sacrifice sanglant et affligeant d’animaux pour commémorer cette fable.

Lors de la fête du nouvel an juif (Roch Hachana), le deuxième jour est lu le chapitre 22 de la Genèse, pour rappeler aux croyants le sacrifice d’Isaac. Ces deux jours sont également marqués par les sonneries du chofar, corne de bélier rappelant ce sacrifice. Ainsi le sacrifice du bélier, effectué par Abraham, est remplacé par l’utilisation musicale d’une corne de l’animal.

La Pâque juive, commémorant la sortie d’Egypte des Hébreux sous la conduite de Moïse, débutait originellement le premier soir par l’offrande pascale. Il s’agissait de l’immolation d’un agneau âgé d’un an, liée à un épisode évoqué dans l’Exode (1). Ce rituel n’est plus observé de nos jours par les Juifs, du fait de la destruction du Temple de Jérusalem. L’offrande pascale est remplacée par une matza, un pain non levé.

Pâques, la plus importante fête chrétienne, tient son nom de la Pâque juive, puisque c’est au cours de celle-ci, qu’eut lieu la résurrection de Jésus. La cène, dernier repas du Christ avec ses disciples, est l’occasion de l’instauration de l’eucharistie (communion), ce qui va faire prendre un nouveau sens au repas pascal. L’eucharistie commémore le sacrifice du Christ, qui a offert son corps et versé son sang sur la croix. L’annonce antérieure de Jean-Baptiste voyant Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu » prend alors tout son sens. Jésus prend la place de la victime pascale. Le sacrifice de l’agneau pascal n’a plus de raison d’être. Se produit un renversement de la pratique sacrificielle : ce n’est plus l’homme qui offre un sacrifice à Dieu mais Dieu qui offre son fils, en le substituant une fois pour toutes à la multitude des hommes pécheurs.

Devant ces transformations du sacrifice en un rituel le symbolisant, dans le judaïsme et le christianisme, il est une fois de plus consternant que l’islam se singularise par le maintien de traditions ayant leur origine dans le paganisme. Qu’attendent les théologiens musulmans pour renoncer à l’égorgement sacrificiel, et suivre en cela la sagesse d’Abdelwahab Meddeb, faisant le constat suivant : « celui qui continue de sacrifier ne peut pas évoluer, et ça me paraît essentiel et important de vivre aujourd’hui un sacrifice symbolique » ?

A quoi serait due cette incapacité à réformer des rituels religieux, qui paraissent comme gravés dans le marbre en ce qui concerne l’islam, alors que dans le même temps, on a pu constater que dans certains états de l’union indienne, la pratique des  sacrifices d’animaux est dorénavant interdite par la loi ? Même la pratique de l’hindouisme évolue alors que l’islam reste totalement figé.

Cette incapacité ne serait-elle pas liée à une inaptitude des générations descendantes musulmanes de s’opposer d’un point de vue religieux aux générations antérieures ?

Si on analyse le récit du sacrifice de l’enfant d’Abraham, on est frappé de constater les différences entre le récit biblique et le récit coranique, en dehors du happy end d’un Dieu miséricordieux (tu parles) qui bloque la main du père fanatique prêt à sacrifier. Dans l’Ancien Testament (2), Abraham reste certes docile face à la demande infanticide de Dieu, mais il n’est pas fier de l’entreprise. Aussi ne dit-il pas la vérité aux deux serviteurs. Pourquoi ? Ceux-ci se seraient-ils rebellés et opposés à la démarche ?

L’enfant Isaac n’est pas plus informé ; à la découverte par Isaac de l’absence d’agneau pour l’holocauste prévu, Abraham ruse en affirmant que « Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau ». Craint-il que l’enfant informé du sort qui lui est réservé s’enfuit ou se lamente ? Difficile de le savoir, puisque la description biblique ne précise rien si ce n’est qu’Abraham « lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois ». Une fois en position d’être immolé, on ne sait si l’enfant s’oppose ou se contraint à accepter son sort ? De son côté, Abraham a-t-il menti,  espérant jusqu’au bout que Dieu lui fera renoncer à l’infanticide ?

Le récit coranique (3) est encore plus cruel et pervers. Tout part, non d’une demande d’Allah, mais d’un songe d’Abraham-Ibrahim. Allah n’a même pas besoin de parler, Ibrahim bien conditionné exécute. Les commentateurs musulmans justifient cela en expliquant que le songe ou la vision des prophètes relève de la révélation divine, et est perçu par eux comme une réalité immédiate.

Ibrahim a la cruauté d’annoncer à l’enfant Ismaël l’immolation dont il va être victime, lui demandant même ce qu’il en pense ! En bon petit soumis d’Allah, l’enfant acquiesce posément, sans marquer d’inquiétude !!! Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Là où la Bible évite d’exprimer les sensations d’Isaac, le coran narre l’acceptation d’un infanticide commis par un père, pour Allah, comme une formalité normale. Ah ben si c’est pour Dieu, tu peux y aller papa.

Il est insolite de constater qu’un commentateur musulman en tire comme conséquence que le coran est vrai, et la Bible falsifiée, car « Abraham manqua à sa parole et à l’honneur encore, quand il dissimula à son fils, qu’il se disposait à l’immoler en sacrifice à Dieu qui voulait l’éprouver. Un comportement indigne d’un personnage distingué par Dieu. » Un curieux sens de l’honneur qui s’apparenterait plutôt à du sadisme !

On a beau être soumis à Allah, on en reste pas moins homme, et certains musulmans sont gênés par ce récit. Un islamologue français converti, Eric Geoffroy, tente d’en atténuer l’horreur en se référant à Ibn ‘Arabî, le grand maître du soufisme qui a précisé que « c’est en fait un bélier qui est apparu à Abraham durant son sommeil, mais sous les traits de son fils ». Dommage que notre converti gâche ce début d’humanité en appelant peu après à une régénération de l’humanité et à une purification intérieure (4), expressions rappelant une bien triste période, nauséabonde diront certains.

La geste ibrahimique est marquée également par l’opposition entre Ibrahim et son père polythéiste, ce qui n’est pas du tout abordé dans le livre sacré du judaïsme. Les versets mecquois (5) (6) soulignent la volonté de persuasion du père par Ie fils, en dialoguant. Aussi, face au refus du père de renoncer à ses divinités, Ibrahim intercède auprès d’Allah afin que ce dernier lui pardonne.

Mais les versets ultérieurs médinois retrouvent un accent vindicatif puisque s’agissant de rappeler aux musulmans qu’ils ne doivent pas prendre pour amis des non-musulmans qui les feraient douter, Allah donne en exemple Ibrahim qui a renié les membres de son peuple (7) et désavoué sa demande de pardon antérieure au bénéfice de son père (8). Pour Allah, il n’est pas question qu’un musulman implore le pardon divin pour un membre de sa famille qui s’entête à ne pas répondre à l’appel de l’islam.

Cette priorité accordée à l’amour de Dieu peut donc  s’effectuer au détriment de l’amour porté à ses enfants, s’ils ne s’attachent pas à Allah.  Ce cruel principe est d’autant plus prégnant en islam, qu’Ibrahim est aussi, en dehors de Mahomet, le modèle du croyant, par sa soumission à Allah, son institution de la circoncision et la construction du Temple de la Ka’ba qu’il a entreprise avec Ismaël.

La version coranique de l’épisode de l’arche de Noé reste dans la même veine du reniement par le père des enfants qui refusent de suivre Allah. Et là encore elle se distingue de la version de l’Ancien Testament.

Les chapitres 6 et 7 de la Genèse rappellent le courroux de Dieu à l’égard des hommes et de leur méchanceté ; il décide donc d’exterminer les hommes et les animaux. Seul « Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel ». Il lui donna donc l’ordre de construire une arche de bois et d’y loger sa famille ainsi qu’un mâle et une femelle de chaque espèce. Le déluge s’abattant durant quarante jours, l’arche flotta permettant à ses occupants d’être les seuls survivants de la Terre. « Il ne resta que Noé, et ce qui était avec lui dans l’arche », donc tous les membres de sa famille.

La sourate 11 du coran (9) nous dépeint bien la demande d’Allah d’une construction de l’arche selon le même dessein. Mais un des fils de Noé n’est pas monté dans l’arche. Et alors que le déluge a commencé, il exprime à Noé son refus de monter dedans, préférant rester avec les mécréants sur un mont censé le protéger de l’eau. Il périt ensuite. Allah en conclusion dit : « Ô Noé, il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme. Ne me demande pas ce dont tu n’as aucune connaissance ».

Ce verset 46 est terrible. Ainsi, le fils d’un musulman ne peut plus être considéré comme son fils, s’il n’obéit pas à Allah. On comprend mieux ainsi les moteurs des crimes d’honneur, ou plus communément des reniements parentaux au sein des familles musulmanes. Dans une moindre mesure, nous saisissons mieux les chantages affectifs auxquels sont soumis les enfants musulmans et leur acceptation d’un conditionnement exacerbé dès l’enfance.

La double peine leur est imposée : le non accès au paradis et la perte de l’affection et d’un soutien matériel de leurs parents. Cette extrême pression explique pourquoi malgré le contexte français dominé par un agnosticisme et un athéisme très prégnant, il n’y a que 3 % de « nés musulmans » qui s’affirment sans religion, 75 % se déclarant croyant musulman et 22 % déclarant une origine musulmane peu définie par un sondage de 2011.

Il n’est que temps de dénoncer la psychorigidité que la lecture du coran peut entraîner, en raison des contraintes horribles évoquées dans ce livre, comme cette cruauté paternelle à l’égard de l’impiété filiale, cet infanticide symbolique immoral qui maintient les musulmans sous le carcan du coran. Nous avons un devoir de nous informer et de transmettre la réalité odieuse de cette religion, afin d’enrayer son développement.

Jean Pavée

(1) Le sacrifice de l’agneau tire son origine d’un ordre de Dieu à Moïse, avant la traversée de la mer Rouge, pour immoler un agneau par famille. Le sang de l’agneau, répandu sur les portes des maisons des Hébreux avec une branche d’hysope, permettait de signaler à l’Ange de la Mort que ces maisons devaient être épargnées de la mort des premiers nés, qui ne devait frapper que les Égyptiens (une des dix plaies d’Egypte).

(2) Genèse 22

1 Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici!

2 Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai.

3. Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.

4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin.

5 Et Abraham dit à ses serviteurs: Restez ici avec l’âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous.

6 Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble.

7 Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit: Mon père! Et il répondit: Me voici, mon fils! Isaac reprit: Voici le feu et le bois; mais où est l’agneau pour l’holocauste?

8 Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble.

9 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois.

10 Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils.

11. Alors l’ange de l’Éternel l’appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici!

12 L’ange dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.

13 Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils.

(3) Sourate 37

101. Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime.

102. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants›.

103. Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front,

104. voilà que Nous l’appelâmes ‹Abraham!

105. Tu as confirmé la vision. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants›.

106. C’était là certes, l’épreuve manifeste.

107. Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse.

(4) À l’instar de la bête, le pèlerin est l’offrande sacrificielle dont le parcours rituel permet à la communauté musulmane, et au-delà à l’humanité, de se régénérer. Si le sacrifice animal garde aujourd’hui toute sa pertinence, et si le partage et le don de la viande perpétuent « l’hospitalité sacrée » d’Abraham, il importe de ne pas perdre de vue le sens premier du sacrifice : la purification intérieure.

(5) sourate 14/41 : Ô notre Seigneur ! pardonne-moi, ainsi qu’à mes père et mère et aux croyants, le jour de la reddition des comptes›.

(6) sourate 26/86 : et pardonne à mon père : car il a été du nombre des égarés

(7) sourate 60/4 : Certes, vous avez eu un bel exemple [à suivre] en Abraham et en ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple: ‹Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul›. Exception faite de la parole d’Abraham [adressée] à son père: ‹J’implorerai certes, le pardon [d’Allah] en ta faveur bien que je ne puisse rien pour toi auprès d’Allah›. ‹Seigneur, c’est en Toi que nous mettons notre confiance et à Toi nous revenons [repentants]. Et vers Toi est le Devenir.

(8) sourate 9/113. Il n’appartient pas au Prophète et aux croyants d’implorer le pardon en faveur des associateurs, fussent-ils des parents alors qu’il leur est apparu clairement que ce sont les gens de l’Enfer.

114. Abraham ne demanda pardon en faveur de son père qu’à cause d’une promesse qu’il lui avait faite. Mais, dès qu’il lui apparut clairement qu’il était un ennemi d’Allah, il le désavoua. Abraham était certes plein de sollicitude et indulgent.

(9) sourate 11/37 : Et construis l’arche sous Nos yeux et d’après Notre révélation. Et ne M’interpelle plus au sujet des injustes, car ils vont être noyés›

40. Puis, lorsque Notre commandement vint et que le four se mit à bouillonner [d’eau], Nous dîmes: ‹Charge [dans l’arche] un couple de chaque espèce ainsi que ta famille – sauf ceux contre qui le décret est déjà prononcé – et ceux qui croient›. Or, ceux qui avaient cru avec lui étaient peu nombreux.

42. Et elle vogua en les emportant au milieu des vagues comme des montagnes. Et Noé appela son fils, qui restait en un lieu écarté (non loin de l’arche): ‹Ô mon enfant, monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants›.

43. Il répondit: ‹Je vais me réfugier vers un mont qui me protégera de l’eau›. Et Noé lui dit: ‹Il n’y a aujourd’hui aucun protecteur contre l’ordre d’Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde›. Et les vagues s’interposèrent entre les deux, et le fils fut alors du nombre des noyés.

46. Il dit: ‹Ô Noé, il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme. Ne me demande pas ce dont tu n’as aucune connaissance. Je t’exhorte afin que tu ne sois pas un nombre des ignorants›.


Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans POINT DE VUE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.