Non « le Conte des Mille et Une Nuits » n’est pas un instrument culturel de l’islam !

Dans le numéro 286 de RL Jean Théron s’en prend à l’exposition organisée par l’Institut du Monde Arabe de Paris autour du conte des Mille et Une Nuits. Selon lui cette œuvre, ainsi que toutes les initiatives qui en font la promotion (et dont il donne quelques exemples) véhicule les valeurs arriérées de l’islam. Et d’abord le statut de la femme : le Sultan trompé par son épouse la fait exécuter, et fait de même chaque matin avec celle qu’il a épousée la veille. L’une d’elle, Shéhérazade, obtient un sursis en racontant tous les soirs une histoire à son redoutable époux, jusqu’à ce qu’il lui accorde la vie. N’est-ce pas un exemple de la soumission de la femme dans la religion du prophète ?

Notre contributeur dans son combat contre l’islam, fait flèche de tout bois, quitte à donner de nous une image fanatique. Car le Conte ne doit rien à l’islam. Il s’agit d’une œuvre dont l’origine est inconnue, mais qu’on situe en Inde, en Perse et dans le monde arabe probablement préislamique car aucune référence à l’islam n’y est faite.

http://www.lexpress.fr/culture/art/les-mille-et-une-nuits-un-univers-extraordinaire-expose-a-l-institut-du-monde-arabe_1209400.html

Sur le site de l’Institut du Monde Arabe, la page annonçant l’exposition présente également l’œuvre comme étant « orientale » avec la triple origine ci-dessus, et le mot islam ou musulman n’y figure pas.

http://www.imarabe.org/exposition-ima-6415#prest

Et on trouve des références à ce conte dans bien des sites faisant la promotion de l’Inde.

http://skirt.blogs-de-voyage.fr/2005/12/31/l-inde-des-mille-et-une-nuits/

http://indorientparis.com/2012/12/27/exposition-les-mille-et-une-nuits-a-linstitut-du-monde-arabe/

Jean Théron nous explique qu’une journaliste Libanaise, Joumana Haddad, a dénoncé le statut de la femme arabe (oui, arabe, pas musulmane !) dans un livre intitulé « J’ai tué Schéhérazade », et y voit un argument de sa propre dénonciation. Il ne voit pas que dans ce titre, Schéhérazade n’est que la métaphore des clichés orientalistes sur la femme arabe. Une féministe occidentale aurait pu écrire « J’ai tué Cendrillon » sans pour autant s’en prendre au conte.

S’il fallait juger ainsi toutes les histoires écrites aux siècles reculés et qui donnent de la femme l’image de leur temps, il faudrait envoyer au pilori les contes de Perrault, à commencer par Barbe Bleue dont la trame rappelle celle des Mille et Une Nuits. Un homme riche tue toutes ses épouses successives, et quand sa prochaine victime découvre les cadavres après avoir désobéi à son cruel époux (parallèle avec l’infidélité) il veut l’égorger sur le champ, mais elle le supplie de lui accorder un sursis pour pouvoir prier, et son frère arrive opportunément pour la délivrer.

Alors pourquoi Barbe Bleue et pas les Mille et Une Nuits ?

D’ailleurs les islamistes dénoncent ce conte à cause de la sensualité qui s’en dégage, contraire à la pudibonderie imposée par le l’islam. En Egypte ils ont essayé de l’interdire en 2010, après l’interdiction effective d’une version en 1980.

http://www.slate.fr/story/20989/interdire-les-mille-et-une-nuits

Nul doute que les salafistes maintenant au pouvoir vont s’en charger. Alors qui a raison, eux ou Joumana Haddad ?

Si certaines initiatives annoncées par l’article tentent de récupérer cette œuvre en effet magnifique au profit de l’islam, il faut dénoncer non l’œuvre, mais la récupération. A défaut, nous donnons des arguments à nos adversaires pour nous présenter comme des franchouillards intolérants, ce que nous ne sommes pas, ou ne devons pas être.

Jean de la Valette


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