En Nouvelle-Calédonie, le R-UMP (Rassemblement UMP) a perdu ses deux sièges de députés au détriment de Calédonie Ensemble, un parti né en 2004 d’une scission d’une précédente scission du R-UMP. Aussitôt sur la toile locale, des textes d’un lyrisme désuet ont fleuri pour célébrer la victoire de Calédonie Ensemble.
Ces textes laissaient à penser que jusqu’au soir du dimanche 17 juin, la Nouvelle-Calédonie était un univers dictatorial, soudain libéré par la magie du vote.
Dans la réalité, la Nouvelle-Calédonie continue seulement cahin-caha le chemin qui conduit à la dictature, ce chemin dans lequel elle s’est engagée il y 35 ans avec l’émergence d’une revendication indépendantiste fondamentalement raciste et porteuse d’apartheid, censée donner le pouvoir à la seule fraction kanake de sa population. Chemin dont une grande partie a déjà été parcourue puisqu’il est tracé depuis 14 ans dans le marbre de l’Accord de Nouméa.
Dans cet accord, le concept d’indépendance y est omniprésent car y est reconnue officiellement par la « droite » locale et l’Etat français, un « peuple kanak », avec un patrimoine foncier qui échappe de plus en plus aux ethnies autres que mélanésiennes, avec le rabâchage quotidien des médias sur la seule culture kanake au détriment de toutes les autres.
Ce chemin est balisé suite à la mainmise des indépendantistes kanaks sur les moyens télévisuels de l’information depuis 25 ans, domination assise avec la complicité active de l’Etat français et du RPCR d’alors (le R-UMP d’aujourd’hui).
En Nouvelle-Calédonie, si la démocratie est parfois acceptable (élections présidentielle, législative, municipale), elle est souvent muselée par un corps électoral gelé sous prétexte que, pour quelques juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg, la paix prime sur le droit. 30 000 électeurs ne pourront pas participer au scrutin d’auto détermination car arrivés sur le Territoire après 1994 ou ayant quitté l’archipel pour quelques mois.
Mais comme cela ne suffisait, la Nouvelle-Calédonie a été découpée en trois provinces. Ce découpage donne une surreprésentation aux Mélanésiens indépendantistes dans les institutions, et depuis les années 2000, du fait de l’Etat français et du R-UMP, l’interprétation de l’Accord est systématiquement indépendantiste. Cette vision a abouti à la levée du drapeau du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanake Socialiste) par l’Etat avec la bénédiction-trahison de Pierre Frogier, le patron du R-UMP.
La Nouvelle-Calédonie n’est donc pas « libérée » et son chemin la conduit vers l’indépendance mono ethnique.
La belle victoire de M. Gomès et de Mme Lagarde, qui traduit l’inquiétude des Calédoniens face à cette évolution, aurait dû rassurer le camp opposé à l’Indépendance.
Mais paradoxalement, cette inquiétude s’est faite encore plus vive, le soir même de l’élection.
Car, apprenant sa défaite, dans la deuxième circonscription, M. Djaiwé a aussitôt abandonné sa gentillesse de façade pour apparaître tel qu’il est en réalité : très vindicatif, très mauvais perdant, très menaçant sur RFO Première. Mais devait-on s’attendre à moins d’un homme à double personnalité : une apparence policée et démocrate acquise grâce à sa formation d’instituteur français fait en effet de lui un Patrice Lumumba du Pacifique, raffiné et de belle éloquence ; mais cette peau revêtue pour la circonstance électorale adhère mal au corps de l’ardent défenseur de la cause nationaliste exclusive qu’il ne cessera jamais d’être, d’autant moins que sa conviction est trempée dans l’acier du marxisme.
Sur les ondes de RRB (Radio Rythme Bleu — Radio du R-UMP), M. Louis Kotra Uregei, leader du Parti Travailliste, parti indépendantiste non intégré au FLNKS a fait une analyse aussi fine que sa silhouette. Selon lui, si le représentant du FLNKS dans la deuxième circonscription a perdu, « c’est la faute de Gomès » (un des deux élus de Calédonie Ensemble) qui a menti en faisant croire aux Calédoniens qu’il existerait un accord entre le FLNKS, le Parti Travailliste et le R-UMP pour gouverner. «Qu’il le prouve » a lancé le leader du PT. Et d’ajouter que vingt ans d’accord sur le destin commun pour en arriver là, à ce nouveau fossé entre Kanaks et non-Kanaks, ça ne valait pas la peine. Et de poursuivre, selon sa méthode habituelle de l’ogre parvenu jamais rassasié, par des menaces racistes contre les « non kanaks », les « non-indépendantistes », de hurler sa certitude d’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté en 2014.
Si souvent répétés, ses propos anti-métropolitains destinés à exciter ses troupes, dont un des plus beaux exemples fut la bannière qu’il a trimballé dans les rues de Nouméa en 2009 sur laquelle il promettait aux Européens le sort des Pieds Noirs d’Algérie (la valise ou le cercueil), font que le clivage entre le supposé peuple premier et les communautés ne parvient pas à se combler.
Pire, ces errements racistes, jamais contredits jusqu’alors par quelque propos rassurant de la Justice ou de la Ligue des Droits de l’Homme si facilement virulente en Nouvelle-Calédonie, sont désormais intégrés par ses suivistes idéologiques du R-UMP. C’est bien M.Eric GAY, candidat candide de Pierre Frogier, éliminé au premier tour dans la seconde circonscription, qui reprochait à Philippe Gomès de ne pas être originaire de Nouvelle-Calédonie. M. Gay pourrait se demander si son gourou ne l’a pas envoyé volontairement à la défaite pour assurer la victoire de M.Djaiwé (stratégie ratée comme tout ce que tente M. Frogier).
La gangrène raciste, jadis restreinte à quelques membres périphériques de la société calédonienne, a désormais atteint son corps entier.
A la télévision, depuis Koné, « capitale » de la Province Nord, M. Gilbert Assawa, journaliste à RFO, a fait un éditorial sur les déboires de M.Djaiwé. L’homme ne semble pas comprendre la défaite du si sympathique indépendantiste ; il ne la comprend pas parce qu’il est virtuellement inapte à la comprendre. Pour M. Assawa, M.Djaiwé devait être le vainqueur. Pour lui, les Européens auraient dû voter pour le candidat du FLNKS car les provinces Nord et Iles, contrairement à celle du Sud, sont, dit-il, bien gérées. Cette indubitable réalité aurait dû donner confiance aux autres ethnies et les conduire naturellement à voter pour « son » candidat. De même, selon ce pur produit de la nomenklatura kanake mise au pouvoir par le R-UMP et l’Etat, M. Djaiwé, contrairement à l’élu, ne traîne pas de casseroles judiciaires, allusion à la récente condamnation de Philippe Gomès à cinq mois de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.
En propagandiste de la bonne parole « kanakyste », M. Assawa oublie cependant un certain nombre de choses élémentaires, qui jalonnent le chemin vers la dictature kanake :
— La condamnation de Philipe Gomès, subvenue quelques jours avant les élections, était décidément très opportune pour le Pouvoir R-UMP et pour l’Etat français prêt à abandonner la Nouvelle-Calédonie ;
— La triple origine de la soi-disant bonne santé financière des provinces sur lesquelles flotte le drapeau « kannabisé » levé par MM.Fillon et Frogier pour sceller le destin de la Nouvelle-Calédonie : 1°) l’argent déversé à flot par la France en Province Nord et en Province Iles ; 2°) une clé de répartition (chaque tête de Calédonien ne vaut pas le même prix selon où il habite au moment de la répartition du gain de l’impôt) plus qu’avantageuse pour les régions qui crachent en permanence sur la France et les Métropolitains et les habitants imposables de la Province Sud ; 3°) une politique de thésaurisation des dirigeants des provinces nord et îles pour s’assurer la cagnotte la plus confortable le jour de l’Indépendance. Ceci au détriment des infrastructures : routes, écoles, dispensaire, électricité, eau potable dont manquent cruellement les gens de ces régions.
Ce début de semaine post-électorale fait ressortir la notion du vivre ensemble telle que la conçoivent les indépendantistes quand ils n’ont pas tout de suite ce qu’ils veulent : la haine, la rancœur, le racisme.
Reconnaissons que ces grands sentiments d’enfants gâtés ont été exacerbés par les concessions faites par MM. Frogier, Gay, Yanno depuis des années.
Reconnaissons que chez ceux-là aussi, la notion du vivre ensemble prend une signification à peine plus attrayante que la précédente quand on n’est pas Mélanésien indépendantiste : travailler, payer des impôts de plus en plus lourds pour voir réduire chaque jour un peu plus les libertés essentielles que sont le droit de vote, l’accès à une presse objective, la libre circulation, la libre possession de ses biens.
Tardivement, Pierre Frogier, a affiché un peu crédible repentir en tenant un discours, digne de ses mensonges et de ses duperies habituelles.
D’une part, il a reconnu porter seul la responsabilité de l’échec du R-UMP aux élections ; on ne peut que le rejoindre sur ce point, mais les états d’âmes et le destin politique de cet individu désormais planqué au Sénat n’intéresse pas les citoyens confrontés aux difficultés quotidiennes qu’il leur a imposées. Pourquoi ne s’est-il pas demandé ce que les Calédoniens avaient reçu en retour de ses décisions unilatérales ? Dégradations, vols, agressions, viols… Il y a mieux comme récompense pour avoir mis le peuple premier au centre de son système.
D’autre part, il s’est désolé du fait de n’avoir pas été payé en retour de la levée du drapeau Kanaky, d’avoir mis M. Wamytan, un des chefaillon du FLNKS au perchoir du Congrès et M. Uregei à quelques conseils d’administration comme celui de la Banque Calédonienne d’Investissements (BCI) et de l’Office des Postes (OPT).
Enfin, fidèle à lui-même et à ce qu’il sera toujours, il est revenu sur ses apitoiements pour … accuser les Calédoniens de ne pas avoir compris « sa » politique. Mais à quoi pouvait-il s’attendre sinon à être lâché par ceux qu’il a trahis ? Sa mémoire réduite lui a déjà fait oublier le sort réservé à son mentor M. Lafleur en 2004, lequel avait pourtant une autre stature que lui.
A ce point, son culte de sa personnalité, sa conviction d’être seul dans le vrai contre tous, le fait effectivement rejoindre la façon de penser et d’agir des promoteurs de l’IKS (Indépendance kanake socialiste).
Ce grand penseur politique qui a voulu rester dans l’Histoire comme celui qui avait trouvé « la » bonne solution peut toujours avancer qu’en 1998, les Calédoniens en votant à 72% pour les Accords de Nouméa ont voté de fait pour l’indépendance.
Ce que les roitelets du FLNKS et M. Uregei ne cessent de leur répéter.
Mais l’histoire n’est jamais totalement écrite comme l’a montré le résultat des législatives de dimanche.
Marcus Graven










