Obama fait son coming-out en Egypte

Les turbulences du monde devraient vite rappeler à l’ordre ceux qui se laissent bercer par les illusions, telle était la conclusion de mon précédent article sur l’administration Obama et sur le Président Obama lui-même.

Les turbulences du monde étaient déjà enclenchées tandis que je le rédigeais. En quelques jours, elles sont devenues beaucoup plus claires, inquiétantes et violentes.

Barack Obama, dans son Discours sur l’état de l’Union, n’avait pas parlé de l’Egypte. Depuis, il a fait une série de déclarations. Brèves, mais sans ambiguïtés. « Un changement doit avoir lieu », a-t-il dit, et il a précisé, « le changement doit s’opérer immédiatement ».

Il a fait savoir, par son porte-parole, que les Frères Musulmans devaient avoir un « rôle à jouer » dans le futur processus politique égyptien.

Dans la presse israélienne, certains ont dit que Moubarak avait été trahi, et qu’un appui avait été apporté à une organisation islamiste radicale qui cherche la destruction d’Israël. Je partage cet avis.

Le régime en place en Egypte est une dictature, nul ne le contestera.
C’est ce que, dans la nomenclature des régimes politiques, on appelle un régime autoritaire.

Il se trouve, et c’est ce qu’oublient ceux qui se réjouissent niaisement en Europe aujourd’hui, qu’il existe pire que les régimes autoritaires : les régimes totalitaires. L’Iran et la Syrie sont des régimes totalitaires. Le Hamastan, que certains appellent encore bande de Gaza, est sous régime totalitaire. Le Hezbollah est une organisation totalitaire. La confrérie des Frères Musulmans est une organisation totalitaire elle aussi.

Encourager une organisation totalitaire n’est pas équivalent à souhaiter l’instauration d’un totalitarisme, mais cela y ressemble et y contribue.

Or si l’Egypte n’échappe pas au pire, et cela se jouera dans les prochains mois, elle deviendra la République Islamique – et totalitaire
– d’Egypte. Si elle échappe au pire, elle restera un régime autoritaire.

Dans ce cas, elle sera gouvernée par un général que remplacera Moubarak : mais quand bien même ce général serait Omar Suleiman, un proche de Moubarak, cela n’empêcherait vraisemblablement pas un glissement du pays dans une direction plus rétive vis-à-vis des Etats-Unis, et plus hostile à l’encontre d’Israël. Ne serait-ce que pour tenir compte des cris de la foule.

Si l’Egypte échappe au pire, ce sera, qui plus est, vraisemblablement transitoire. Dès lors que l’administration Obama a légitimé les Frères Musulmans, rien ne sera plus pareil dans le pays des pharaons, et les islamistes resteront en embuscade.

Au-delà des Frères Musulmans, un message a été transmis provenant de la Maison Blanche : le temps où les Etats-Unis soutenaient fermement leurs alliés est achevé. Le fait que le régime Moubarak ait été un élément stratégique du dispositif américain au Proche-Orient ne l’a pas protégé. Le fait qu’Hosni Moubarak, lui-même, se soit conduit en ami des Etats-Unis ne l’a pas protégé non plus.

Les premiers pays qui ne manqueront pas de tirer les leçons de cette observation sont l’Arabie Saoudite et la Jordanie. Les pétromonarchies du golfe avaient, quant à elles, compris depuis des mois.

Un par un les fruits empoisonnés de la doctrine Obama parviennent à maturité. Le discours prononcé par Barack Obama au Caire, en juin 2009, prend désormais tout son sens. A l’époque, Obama avait tenu à ce qu’y soient invités des représentants des Frères Musulmans ; et des émissaires d’Obama sont restés en contact avec ces gens depuis lors.
Ils les ont revus au cours des derniers jours, sans doute pour leur annoncer de bonnes nouvelles.

C’est, en fait, une carte du Proche-Orient très différente qui se dessine. De cette carte, et à ce rythme, les Etats-Unis seront bientôt absents. Sur cette carte, l’Iran, où Obama a laissé un mouvement – qui réclamait indubitablement une démocratisation – se faire écraser sans pitié, devrait jouer un rôle régional hégémonique.

Téhéran, profitant de la défection volontaire des USA qui se profile, mettra la main sur l’Irak, où le protégé des mollahs fanatiques, Moqtada al Sadr, a fait son grand retour. Le Liban devrait rester sous la coupe du Hezbollah et de la Syrie, eux-mêmes sous celle des mollahs de Téhéran. La Turquie devrait demeurer très proche des mêmes mollahs et d’Ahmadinejad, tout en gardant un pied en Europe et un rôle majeur dans l’Otan. Le détroit d’Ormuz devrait tomber, sous peu, sous contrôle islamiste. Le Canal de Suez risque de suivre.

Hors du Proche-Orient, les pays qui auront matière à se réjouir sont ceux à qui Obama a d’ores et déjà fait des concessions majeures : la Russie, avec qui Obama a signé un traité porteur d’un désarmement unilatéral américain, et la Chine, à qui Obama fait cadeau du recours des USA à la planche à billets, par lequel s’érode la confiance dans le dollar.

Les Européens ne se réjouiront pas, mais comme les pays d’Europe n’ont plus de puissance militaire, leurs dirigeants continueront à parler comme des dhimmis obéissants, ce qu’ils font déjà et avec zèle, et à assurer à tout le monde qu’ils se réjouissent des changements intervenant à l’ombre des pyramides. Les retournements de vestes et de discours, dès la chute de Ben Ali en Tunisie, puis celle, probable, de Moubarak en Egypte, ont été spectaculaires, mais surtout navrants.

Le pays où l’inquiétude est la plus grande est, bien sûr, Israël. J’ai déjà remarqué qu’Obama était le pire ennemi qu’Israël ait eu à la Maison blanche. Cela devient si flagrant, qu’il vaut la peine de le redire aujourd’hui.

Israël n’a jamais été à ce point isolé. Israël n’a jamais été à ce point menacé et placé sous pression. Israël n’a jamais subi de telles campagnes de délégitimation, menées, pour certaines, directement depuis la Maison Blanche.

Israël garde des moyens de se défendre, mais l’armée égyptienne est désormais une armée forte et très bien équipée, grâce à des années d’aide américaine massive. Et songer qu’une telle armée pourrait, un jour prochain, se retourner contre Israël est une vision de cauchemar.
Fort heureusement nous n’en sommes pas encore là, et Israël garderait des moyens de dissuasion ultimes que l’Egypte ne possède pas.

La seule bonne nouvelle est, qu’en glissant dans l’orbite iranienne, le Qatar a laissé la chaîne Aljazeera en arabe [en anglais également.
Ndlr.] devenir un outil de propagande djihadiste. Sans qu’Obama n’y trouve à redire, évidemment.

Si les programmes d’Aljazeera en arabe ont fortement contribué à la chute de Ben Ali en Tunisie et à la réislamisation du pays – aspect négatif -, s’ils ont fortement contribué aux émeutes en Egypte – aspect négatif là encore -, ils ont, pour donner un avantage au Hamas, décidé de discréditer l’Autorité Palestinienne, en diffusant des documents censés présenter celle-ci traîtresse à la « cause palestinienne ».

Ces documents montraient, en fait, que l’Autorité Palestinienne a fait des concessions marginales à Israël, ce qui n’a pas empêché Aljazeera d’atteindre son objectif. L’Autorité Palestinienne apparaît discréditée, et ne préserve même plus l’apparence hypocrite d’un « partenaire pour la paix ».

Le « processus de paix » ne reprendra donc pas, et Israël pourra répondre plus fermement à qui lui demanderait des concessions. Cela n’empêchera pas les demandes de concessions d’être formulée, je le sais bien.

Mais Israël a vraiment toutes les raisons de répondre que le moment n’est pas aux concessions de sa part : le traité de paix signé avec le régime égyptien est désormais fragilisé. Le traité de paix avec la Jordanie l’est également. Ce n’est donc pas le moment de signer un autre traité qui pourrait rapidement devenir un chiffon de papier.

Guy Millière


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