Piero San Giorgio, auteur de « Survivre à l’effondrement économique » : Nous allons droit à la catastrophe

Publié le 13 février 2012 - par - 3 386 vues
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Riposte Laïque : Vous êtes l’auteur d’un livre qu’on a peu promotionné sur les plateaux de télévision, « Survivre à l’effondrement économique ». Avant de parler de cet ouvrage, pouvez-vous expliquer aux lecteurs de Riposte Laïque votre parcours ? 

Piero San Giorgio : C’est vrai que les grands médias ne sont pas encore au fait de cette tendance qu’est le survivalisme, c’est à dire la gain d’indépendance et d’autonomie pour ne pas ou moins dépendre de l’État pour vivre et pour être prêt en cas de coup dur, notamment économique. Pour ma part, j’y suis arrivé par des prises de conscience successives et par une information en autodidacte très loin de mon parcours professionnel qui est celui de cadre supérieur, responsable de l’international dans des multinationales dans l’industrie des logiciels pour internet. Depuis que j’ai pris conscience des graves problèmes auxquels l’humanité – et particulièrement l’Europe et la France – doivent faire face, j’ai radicalement changé mon mode de vie et stoppé net ma carrière professionnelle.

Riposte Laïque : Dans votre livre, vous paraissez penser inéluctable l’effondrement économique. Mais depuis quinze ans, lors d’autres crises, des spécialistes nous annoncent la catastrophe finale, et, à chaque fois, même de manière coûteuse pour les peuples, le système survit. Ainsi, certains nous annonçaient que l’euro ne finirait pas l’année, et il est toujours là…

Piero San Giorgio : C’est vrai, et c’est vrai depuis Malthus qui prédisait déjà il y a deux siècles que tôt ou tard la croissance du nombre d’humains atteindrait les limites des ressources. Or la mécanisation, les révolutions agricoles, le commerce international et les énergies carbone que sont le charbon et le pétrole ont fait mentir ses prédictions. Pourtant, s’il est vrai que l’homme à su, ces derniers siècles trouver des solutions aux grands problèmes sociaux et économiques – notamment par des guerres, rappelons nous que la Première Guerre mondiale a suivi la crise de 1907 et la deuxième à suivi la crise de 1929 – ce ne fut pas toujours le cas. Les Romains, les Mayas, les habitants de l’île de Pâques, les Viking du Groenland, etc. n’ont pas su, n’ont pas pu, surtout n’ont pas voulu, trouver des solutions aux problèmes. Aujourd’hui le monde est globalisé et mondialisé – c’est une première – et nous faisons face à une convergence de problèmes très graves: pénurie très prochaine du pétrole et de toutes les ressources, effondrements des écosystèmes, extinctions massives des espèces, changements climatiques imprévisibles, dettes colossales des économies occidentales, économies à bout de souffle…. et nous sommes collectivement, du moins en occident, moins aptes à y répondre par une culture égoïste, hédoniste et individualiste, des populations de plus en plus hétérogènes et sans solidarité ni sens civique et une classe politique souvent dépassée, orientée sur le court terme et sans marge de manœuvre puisque les décisions se prennent dans les couloirs des institutions supra-nationales avec les lobbys des grandes entreprises et autres groupes de pressions.

Riposte Laïque : A l’heure où nous réalisons cette interview, la Grèce vient de traverser une journée qui ressemble à une situation révolutionnaire. Des députés votent un nouveau plan de rigueur, le peuple entoure le Parlement, et on parait au bord d’une insurrection. Comment voyez-vous tout cela finir ?

Piero San Giorgio : La Grèce est devenue, pour son malheur, une sorte de laboratoire pionnier très intéressant de la crise économique qui sera, à mon avis, le catalyseur des crises que je citais plus haut. La population grecque, se retrouve dans une situation impossible à résoudre. La dette, même réduite ces derniers jours, ne peut être remboursée car trop grande. Les mesures d’austérité font souffrir le peuple mais réduiront aussi l’activité économique et donc les rentrées fiscales et la capacité à rembourser la dette. De plus, il n’y pas d’entreprises capables de mener la barque – à part la fêta et l’huile d’olive, qu’exporte ce pays? En quoi est-il compétitif? Enfin, la population, excédée, peut opter pour le choix de la révolution, de la guerre civile, des coups d’état (la Grèce en à déjà connu le siècle dernier). A la fin, le peuple grec souffrira et le pays n’aura d’autre choix que de renoncer à rembourser toute dette, rejettera l’euro et l’UE, et se coupera de la finance mondiale. Il régressera économiquement de 50 ans – son véritable niveau réel ? – et, si les révoltes n’auront pas laissé trop de séquelles on peut espérer qu’il sera à nouveau attractif pour le tourisme. C’est une vraie tragédie que vit ce pays que j’aime beaucoup. Mais c’est aussi une tragédie qui risque fort de se propager aux autres pays européens, Espagne et Portugal en tête, puis Italie, Angleterre, France…

Riposte Laïque : Pensez-vous un scénario à l’Argentine, avec défaut de paiement, possible pour d’autres pays européens ? Vous pensez vraiment que nos compatriotes vont devoir apprendre à survivre au quotidien, comme ont du le faire les Argentins ?

Piero San Giorgio : C’est un peu le système abstrait et virtuel de la finance qui rend ce cercle vicieux très difficile à inverser et quasiment inéluctable. Les politiques des 40 dernières années sont tout aussi responsables que les mauvaises habitudes prises par les citoyens et contribuables de nos pays occidentaux. Politiques à court terme, promesses électorales aussi bien aux riches qu’aux entreprises (sous formes de cadeaux fiscaux, subventions, etc.) qu’aux moins fortunés (allocations, filet social). A la fin, il n’y a que la classe moyenne qui trime et qui casque pour tous et qui, endettée et sous pression à cause des délocalisations, et de la non résilience de l’économie “des services” etc. disparait. La dette, qui ne cesse de croitre ne peut être résolue que de trois moyens:

1) Ne pas la payer et faire défaut

2) La réduire par inflation, voire hyperinflation

3) Avoir de la croissance économique. Or comme la troisième hypothèse semble de plus en plus compromise par la non-compétitivité de nos économies face à celles chinoises, indiennes, brésiliennes, etc. mais surtout car la pénurie des matières premières rendra impossible toute croissance, il ne reste que les deux premières solutions, à l’Argentine ou à l’Allemande (de Weimar). Ces deux solutions sont terribles et si elles sont inconcevables pour le monde politique, elles n’en sont pas mois très très proches d’arriver – aux États-Unis et en Europe en premier. Ce que j’essaye de passer comme message dans mon livre, et avec beaucoup d’exemples et de solutions dans le détail, c’est que pour s’en sortir, il faut que chacun essaye dans la mesure de ses moyens, de se rendre aussi autonome que possible et même de s’enraciner économiquement et culturellement afin de se rendre indépendant de cet effondrement économique qui me semble de plus en plus inéluctable.

Riposte Laïque : Le président de la République laisse entendre que la France maitrise la situation, avec Angela Merkel. Les socialistes réclament encore davantage d’Union européenne, et un vrai fédéralisme. Mais de plus en plus d’économistes estiment inévitables la disparition de l’euro. Vous voyez cela comment ?

Piero San Giorgio : Le président ne peut en tout cas pas dire le contraire sans risquer de causer la panique sans parler d’écourter sa carrière politique ! Très personnellement, je crois que ce qui se passe n’est que le théâtre de la politique pour les masses. Les vraies décisions sont prises à d’autres niveaux que les politiques nationales, et en tant que patriote, je le regrette âprement, car la démocratie est sur le point d’avoir totalement disparu en faveur d’un système oligarchique et ploutocratique. Si seulement ces élites avaient les solutions pour le bien de tous! Or je ne crois pas. Je crois qu’elles vont nous mener tout droit à la catastrophe tout en s’enrichissant. Or cette richesse s’évanouira complètement car totalement virtuelle et abstraite (l’argent n’est qu’une vue de l’esprit, la vraie richesse, même matérielle est ailleurs). Hélas, Nous sommes des moutons menés par des ânes! Il est grand temps de réagir, non pas par le grand soir, mais par un travail sur soi-même et ensuite en élargissant nos changements d’habitudes et de paradigme économique à notre voisinage pour ensuite changer , pourquoi pas? – le plus grand nombre.

Riposte Laïque : Si un candidat souhaitant sortir de l’euro était élu dans quelques semaines, quelles mesures devrait-il prendre, et les penseriez-vous particulièrement coûteuses pour la population ?

Piero San Giogio : Ce serait coûteux, mais probablement c’est la solution la moins coûteuse de tous. Sortir de l’euro peut se faire et serait même facile à condition de dénoncer un grand nombre de traités (cela est très facile et peut se faire unilatéralement pour un état véritablement souverain). Ensuite la nouvelle monnaie peut se faire soit avec un taux de change flottant avec l’euro ou a un taux fixe, préférablement basé sur l’or, ce qui la rendrait immédiatement crédible et relativement stable. L’Allemagne a très bien réussi à sortir une nouvelle monnaie en janvier 1947 et ce fut à la fois radical mais aussi un énorme succès. Certes à court terme cette nouvelle monnaie serait plus faible que l’Euro, mais elle pourrait survivre et même s’apprécier en termes de pouvoir d’achat pour la population, alors que l’Euro est pris – tout comme le dollar – dans une spirale infernale de dette/inflation qui finira soit par une déflation très forte soit par une hyperinflation qui toutes deux finiront par détruire l’euro et sensiblement appauvrir les peuples. Et là, nous revenons au scénario grec, mais avec une population très hétérogène, de moins en moins respectueuse des lois de la République et de plus en plus capable de toutes les violences. Les années à venir seront difficiles.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Voir également une interview vidéo de Piero San Giorgio :

 

http://www.dailymotion.com/video/xlq6jt_survivre-a-l-effondrement-economique_news

Voir également Eric Zemmour sur RTL, ce lundi matin, sur la situation grecque :

http://www.dailymotion.com/video/xolm54_eric-zemmour-grece-le-plan-qui-ne-passe-plus_news

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