Plus la situation pourrira, plus vite le renouveau reviendra

Il me semble avoir vu plusieurs articles où Riposte Laïque recommandait fort chaudement un vote « utile » au second tour. Vos arguments sont, certes, recevables, et en ce sens, vous donnez assurément dans la théorie du moins pire. Le PCF avait généreusement suivi également cette logique une certaine année, logique qu’elle avait osé affubler du pompeux titre de « réflexe républicain ». Soit. Il faut bien reconnaître que devoir affronter le pire est assurément bien angoissant…
Si vos arguments sont très pertinents et recevables, il n’en reste pas moins vrai que votre position est clairement affichée comme anti-démocratique. En effet, en démocratie, on respecte le vote de la majorité, même s’il ne nous plaît guère.
Il semblerait que vous n’ayez pas bien lu les résultats du premier tour, voyons cela de plus près :
-  28.6 + 27 + 10.8 + 2.1 + 1.2 + 0.5 + 0.2+ 9,1 = 80.3

- 18 + 1.7 = 19.7
 Bien.
Nous sommes dans un pays où les gens votent. Suite à ce vote, nous constatons que 80.3% des personnes ayant exprimé un choix, sont pour une continuité de l’actuelle politique ou mieux encore, pour une aggravation de ladite. A l’inverse, 19.7% des personnes ayant exprimé un choix, sont contre cette actuelle politique et souhaiteraient en voir un autre en usage.

Il est naturellement fort possible que 80% d’une population se trompe, et que moins de 20% ait raison, cela dit, de quel droit voudrait-on imposer le choix d’une minorité à une majorité ? La démocratie ne donne-t-elle pas raison à la majorité sortie des urnes ?…
Oui, je sais ce que vous allez me dire, même si vous vous rangez dans les 70% : c’est pour éviter le pire… On connait le refrain, tellement il a été galvaudé…
 Je ne résiste pas à citer Confucius, une des pensées, peut-être la plus importante :
- Un homme normal apprend de ses erreurs,
- Un homme intelligent de celles des autres,
- Un imbécile, pas mêmes des siennes.
 En clair, et quoi que vous fassiez, la majorité ne vous suivra pas : il faut qu’elle apprenne de ses erreurs, sous réserves qu’une majorité de la majorité appartienne aux deux premières constations de Confucius (ceux de la troisième ligne sont naturellement indéformables).
Tant qu’une majorité de changement ne sera pas constatée, il n’y aura jamais de changement : c’est tout simplement impossible (humainement comme mathématiquement).
Pour construire cette nouvelle majorité, il faudra de la pédagogie. Or, il se trouve que la meilleure pédagogie qui soit, c’est le vécu. Je ne sais pas si cela vous est arrivé un jour, mais essayez quand même de vous projeter dans la situation où vous êtes incapable de savoir comment vous trouverez votre prochain repas… Pire encore : projetez-vous dans la situation où vous êtes incapable de savoir si vous trouverez un toit avant ce soir, alors qu’il pleut et qu’il fait si froid dehors… Après avoir vécu des choses de ce genre – et en être sorti, on réfléchit plus vite après…
Je ne suis pas enseignant, je ne suis pas pédagogue. Mais j’ai du vécu, un peu plus peut-être que la majorité des gens qui écrivent sur internet. Et je vous dis que si vous souhaitez sincèrement que les gens comprennent vite, alors, aidez-les : laissez le pire arriver, plus il arrivera vite, plus la situation pourrira, plus vite le renouveau reviendra. Ce n’est pas en prolongeant le pire vers un peu plus de pire – mais moins pire que si il était pire, que vous avancerez ! Non seulement rien ne sera réglé au bout de 5 ans, mais en plus, en 2017, nous aurons une nouvelle situation de 2012, et avec les mêmes perspectives. Et nous aurons vécu 5 années de pire en plus… Rien ne sera réglé, rien n’aura été appris, puisque la situation aura été à quelque chose près, la même qu’aujourd’hui, le 70.4 sera peut-être devenu 65, et le 19.7 devenu 22, mais sans plus.
 Pour qu’un homme se relève et réagisse, il faut qu’il soit acculé et qu’il ait – ou qu’on ait, « brûlé ses vaisseaux ». Car tant qu’il aura encore une seule passerelle de dérobade (même branlante et peu fiable), il la prendra sans hésiter, quitte à remettre au lendemain le ressassement de sa lâcheté.  Car l’homme est ainsi fait, revoyez à l’occasion l’échelle des besoins de Maslow…

Et pour l’heure, vous ne faites que prêcher la dérobade la plus piteuse…
Martin Roger


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