Pourquoi la réconciliation est possible avec les Vietnamiens, et impossible avec les Algériens ?

Le discours de François Hollande à Alger, est non seulement une repentance qui ne dit pas son nom, mais elle est de plus à sens unique. Déplorer les injustices de la colonisation, soit, mais pas un mot sur le partage des responsabilités dans les souffrances et atrocités de la guerre, lesquelles, comme dans tous les conflits, sont à déplorer des deux côtés, pas un mot non plus sur l’héritage légué aux Algériens en 1962. Non seulement les harkis et les pieds noirs massacrés sont les oubliés de l’histoire, mais le bilan de 132 ans de présence française est passé à la trappe. Le devoir de mémoire ne saurait reposer sur une vérité sciemment tronquée.

Ce discours ne fait qu’accabler la France, comme si notre pays avait le monopole du mal. Le langage de la vérité, dans la bouche de François Hollande, se limite à faire le procès de la France en passant sous silence le formidable travail accompli par la république pendant 132 ans. D’une terre hostile, soumise au joug ottoman et à l’esclavage, ravagée par les épidémies, les pieds noirs ont fait un pays moderne auto suffisant, qui, en 1962, possédait la plus belle infrastructure du continent africain après l’Afrique du Sud. Leur oeuvre est tout simplement admirable. Le plus regrettable dans les relations franco-algériennes, après un demi siècle d’indépendance, est qu’elles continuent de se fonder sur la seule souffrance du peuple algérien, en occultant celle du million de pieds noirs chassés du pays qu’ils aimaient tant, leur pays. Pourquoi la réconciliation n’est’ elle pas possible avec les Algériens alors qu’elle est une réalité avec les Allemands et les Vietnamiens ? Aussi longtemps que nous accréditerons l’idée que la France a le monopole du mal et que les Algériens ont le monopole de la souffrance, rien ne sera possible. Comment aurions nous pu construire l’Europe, après des siècles de guerres fratricides, si les rancoeurs et la haine de l’autre, s’étaient transmises de génération en génération ? Après cinquante années de paix, le temps de l’oubli serait le bienvenu, des deux côtés de la Méditerranée.  Mais visiblement, on en est loin.

Jacques Guillemain

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