Pourquoi la stratégie de Florian Philippot m’inquiète beaucoup

Ces dernières semaines, le sujet Philippot a fait couler beaucoup d’encre sur les médias patriotes. A vouloir dédiaboliser à tout prix le parti des Le Pen, certains lui reprochent d’éloigner le Front National des bases idéologiques qui ont fait son succès depuis les années 80. Mais il serait trop réducteur de s’arrêter à sa personne pour comprendre les interrogations de la base électorale disons traditionnelle du FN. C’est sur la méthode, les nouveaux visages, et la nouvelle image qu’il donne du parti qu’il faut s’interroger pour savoir si le tournant effectué reste en accord avec les valeurs qui unissent les lecteurs de Riposte Laïque.

Tout d’abord, il faut tout de même accorder du crédit à Florian Philippot: c’est un très bon communiquant, surtout pour nos médias. Il est calme, clair, s’exprime toujours comme s’il
était à l’oral de l’ENA, jamais un mot plus haut que l’autre… Je l’ai trouvé très bon cette semaine sur i-Télé face à un Razzy Hammadi agressif et les yeux remplis de haine. Mais il souffre parfois d’un manque de punch. Quand on sait que c’est le talent d’orateur et le sens de la formule brocardé par Manuel Valls lors du débat de jeudi des Le Pen père et fille qui ont fait le succès de leur parti, on découvre déjà un fossé dans l’approche de la science essentielle qu’est la communication. Mais en devenant le nouveau visage politiquement correct, il est peut être un peu trop présent : plateaux télé, duplex, radio, couverture des magazines, il monopolise la vie médiatique du parti. Pourtant, de nombreuses personnalités de qualité, notamment Louis Aliot, Jean-François Jalkh, Marie-Christine Arnautu, ou Bruno Gollnish, sont au FN depuis bien plus longtemps et n’ont quasiment pas voix au chapitre.

Bon, il est évident que les directions éditoriales ont leur responsabilité dans cette omniprésence. Elles ont trouvé quelqu’un de moins percutant, de moins gênant, plus consensuel que les sujets sensibles que Marine Le Pen par exemple. Jamais l’insécurité, l’immigration, l’impact de l’islam, force de remplacement de notre culture laïque traditionnelle, ne sont au programme des discours policés du gendre idéal. Il a d’ailleurs tenté d’empêcher la présence de certains membres de son parti à la manifestation du 10 novembre. Il ne faudrait surtout pas être associés à ces dangereux islamophobes…

Ce qui nous inquiète donc nous, lecteurs de RL, c’est que si ces thèmes là sont écartés par le seul parti qui ose les aborder, qui va alors défendre notre cause ?

Au niveau du recrutement à certains postes stratégiques, celle qui est récemment mise en avant est la nouvelle directrice de cabinet de Marine Le Pen , à savoir Charlotte Saoula. Peu d’éléments biographiques sont disponibles sur Internet. On sait qu’elle est née en Kabylie en 1969, naturalisée française, mais c’est un journal algérien qui nous apprend ses états de service: rattachée successivement aux cabinets de Fillon, puis Douste-Blazy,puis Christine Lagarde, et entre temps attachée parlementaire du député UMP Olivier Dassault. Voilà un parcours qui joue en faveur de sa nomination. Mais toute cette carrière a été effectuée chez l’ennemi déclaré avant ne tourne à la fin du quinquennat de Sarkozy. De plus, le Canard enchaîné nous a récemment dévoilé qu’elle était la marraine du fils d’Henri Guaino. Quant à son changement de prénom, il va de soi que cette initiative est appréciable et fidèle à ses principes, elle qui prône l’assimilation. Mais pourquoi ne l’a-t-elle pas fait plus tôt, quand elle est entrée à l’UMP en 2003, ou lors de son baptême religieux en 2006? Elle a été connue sous ce patronyme en 2012, à la veille des élections législatives, me semble un peu trop opportuniste pour paraître crédible. Le FN combat depuis longtemps les apparatchiks, tourneurs de veste, et carriéristes de ce qui est désormais connu comme le système UMPS, alors accueillir à ce poste quelqu’un qui en présente les caractéristiques ne me semble pas être en accord avec la ligne du parti. Mais c’est Florian Philippot qui est à l’origine de son introduction dans le parti, et en négligeant ces aspects, je pense qu’il n’a pas effectué un bon rôle de conseil auprès de sa présidente.
Du côté des partisans de Gollnisch, qui représentent tout de même un tiers des militants du Front (33% au congrès de Tours), elle est loin de faire l’unanimité, comme en témoigne un article sur le blog « La Flamme », défenseur des idées de ce dernier.

Alors est-ce bon d’effectuer une nomination qui divise à ce point les militants en interne? Je ne pense pas, surtout compte tenu de l’histoire récente du parti, et des événements causant la division l’UMP, allègrement critiqués par l’intégralité des Frontistes, à qui il risque d’arriver la même chose si le clivage se creuse.

Cela dit, compte tenu de son expérience ministérielle, Charlotte Soula peut, sur le papier, être une directrice de cabinet efficace. Cela n’est pas le cas d’une autre nouvelle recrue, l’assistante personnelle de Florian Philippot. Au cours d’un week end provincial, j’ai eu vent de la part de militants locaux que lors d’une réunion publique, il était accompagné de cette personne, qui ne dissimule pas sa véritable nationalité. A l’inverse de sa collègue, ou de personnalités comme Malika Sorel ou Pascal Hilout, celle-ci est 100 % algérienne et ne possède même pas la nationalité française! Cela pose un problème évident aux yeux des militants locaux : dans une région touchée par un taux de chômage exorbitant, et dans un parti qui a toujours défendu la préférence nationale, est-il normal qu’un ressortissant étranger occupe de telles fonctions? Serait-ce trop demander que la personne chargée de ce rôle soit tout simplement française ? N’est-on pas la en totale contradiction avec la ligne classique défendue par le FN ? Une telle ingérence étrangère dans un parti politique, et a fortiori la vie politique française est à mes yeux impardonnable.

On peut aussi reprocher à M. Philippot son manque d’ancrage local. Si Marine Le Pen va depuis des années à Hénin Beaumont, tracte sur les marchés, connait sur le bout des doigts les problématiques de sa circonscription, est au moins vue à la télévision dans le Pas de Calais. Florian Philippot de son coté, a passé un mois au total sur un terrain qu’il ne connaissait absolument pas avant d’y être parachuté. On ne l’y a pas vu non plus énormément sur le terrain. C’est grâce à la vague bleue marine des présidentielles et à un travail des militants sur le terrain qu’il a réussi à faire un tel score (46 % au second tour contre le candidat PS). Aurait-il pu être le troisième représentant du FN à l’assemblée avec une meilleure campagne? Je le crois sincèrement. Comme pour tous les grands partis, la problématique locale ne peut pas être négligée.
Enfin, je me permets de faire un parallèle entre le FN « light » de Philippot et la droite « forte » de Copé. Même s’ils ont des divergences sur l’Europe ou le protectionnisme économique, je pense qu’un rapprochement entre les deux n’est pas à exclure fermement. Regardons l’exemple de Guillaume Peltier. Il a été un brillant porte parole pour Philippe De Villiers lors des élections de 2007, à mon avis encore meilleur que ne l’a été Philippot en 2012 pour Marine Le Pen. Il partage avec ce dernier peu ou prou les mêmes convictions sur l’Europe, mais ça ne l’a pas empêché de rejoindre l’équipe Sarkozy pour la dernière campagne présidentielle. D’accord, il est un peu allé « à la soupe » vu la réduction à néant du MPF, mais il a tout de même trahi son idéologie pour rejoindre le plus offrant. Si le droite « républicaine » se relève du gouffre où elle est tombée, un transfert avant 2017 ne me surprendrait pas.

Le souci du FN n’est pas Philippot en lui-même, mais son exposition médiatique, et sa stratégie de dédiabolisation qu’il pousse à l’extrême. De plus, il entraîne dans son sillage des personnes qu’il a lui-même coopté au sein du parti, qui lui seront redevables si un jour il faudra choisir en interne entre lui, ou la leader légitime qu’est pour moi Marine Le Pen.  En abandonnant les thématiques immigration zéro, tolérance zéro, islamisation zéro, le FN risque de perdre sa base électorale Si Marine Le Pen a fait un si bon score en 2012, c’est parce que la situation sur ces trois plans est tellement grave que son programme économique est passé quasiment inaperçu aux oreilles des électeurs. Ce qui les intéresse,c’est de savoir si on est en sécurité dans la rue, si on se sent encore en France même dans certains quartiers sensibles, pas de savoir si on paye en euros ou en franc, tant que le portefeuille est plein.
Les Français ne sont pas réceptifs à ces thématiques trop éloignées de la vie courante. Les scores médiocres dans le passé de souverainistes comme Chevènement ou Dupont-Aignan l’ont prouvé.

Alors quel avenir pour le FN? Soit il revivra la fin des années 90 avec Philippot dans le rôle de Mégret, soit la dédiabolisation videra le FN de son contenu, de son intérêt, et de ses électeurs pour le transformer en un énième parti souverainiste au rôle anecdotique.

Marine Le Pen a été excellente sur ces sujets lors du débat de jeudi. Il faut qu’elle et ses proches collaborateurs portent haut ce message, continuent de mettre l’accent sur ces sujets, et proposent des solutions aux problèmes sociétaux qui nous inquiètent.

Nous devons compter sur eux, car nous les patriotes, n’avons à l’heure actuelle guère d’autres solutions pour que notre message soit relayé au plus haut sommet.

Joseph Antoine


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