Pourquoi l’islam a-t-il banni le porc ?

Publié le 16 janvier 2014 - par - Pas de commentaires - 205 283 vues

Les religions ont souvent besoin de cultiver l’interdit pour se différencier entre elles et pour fidéliser leurs adeptes. L’islam en est l’exemple-type. Il y excelle. Il est la religion de l’interdit. Parmi les interdits de l’islam, la viande de porc figure en bonne place et sans les autres interdits comme la viande « non halal », sortir sans voile, le vin, fréquenter des mécréants, ne pas respecter le jeune du ramadan, ne pas s’engager pour le jihad sur la voie d’Allah etc. …, cette religion  serait une coquille vide. Pour faire respecter ces interdits, l’islam a inventé une panoplie de gratifications dans l’au-delà avec accès au paradis et à ses houris pour les hommes méritants et une panoplie de châtiments (houdoud حدود)  sur terre : lapidation des femmes infidèles, mutilation des membres, flagellation etc. … et, dans l’au-delà, l’enfer. PORC Pourquoi l’islam a-t-il banni le porc ? Tout comportement social du musulman est calqué sur les injonctions du Coran et de la Sunna dont fait partie le hadith qui relate les faits et gestes du prophète. Ces obligations remontent au 7e siècle. Les interdits de la religion ne se discutent pas, il n’y a pas de « pourquoi ? » dans l’islam. Poser le pourquoi d’une chose, c’est tomber dans le doute, antichambre de l’apostasie. Impossible. Depuis le début de l’islam, les musulmans ont suivi le verset 173 d’al-Baqara (la vache) : « […] Il vous est interdit la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc […] » et le verset 3 d’al-Mâ’idat (la table) : « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc […] ». Au verset 145 de la sourate Les troupeaux (al-An’âm), le terme de « […] souillure […] (رٍجس)  motive les trois interdits. Dans les hadiths, on trouve un consensus sur l’interdiction de la viande de porc. Al-Siouti, exégète,  va plus loin et ne tergiverse pas : « On propose à celui qui a mangé du porc de demander pardon, s’il refuse, il sera tué ». Pour l’islam et aussi pour le judaïsme, même si le porc a un sabot fourchu, l’animal n’est pas un ruminant et il est donc interdit de le manger et même interdit de toucher sa viande. Le refus du porc est une obsession : les musulmans présents en Occident se plaignent des problèmes posés par la contamination des ustensiles de cuisine  par la « souillure » du porc dans les restaurants et les lieux publics comme les cantines scolaires. De même, ils jugent qu’il y a « contamination » par les mains et les couteaux des cuistots qui manipulent  simultanément le porc et les autres viandes licites. SAUCISSON

Le discours des hommes de religion

Les « savants » musulmans à travers les siècles ont le même discours inébranlable malgré les méthodes modernes de l’élevage. Pour eux, le porc est un animal sale, paresseux, il mange des restes dans les poubelles et même des cadavres donc il est porteur de maladies parasitaires dont le ver solitaire. D’autres font campagne sur son aspect laid, hideux, avec ses pieds courts, son museau saillant, ses poils rugueux, sa peau épaisse. Mais ces « savants » ne mentionnent pas que les volailles de l’élevage domestique, tout particulièrement en Inde, en Égypte, picorent dans les poubelles, chassent les insectes, mangent des vers de terre et des rongeurs alors que la viande et les œufs de ces volatiles sont consommés sans restriction sanitaire. De même les poulets élevés en batterie dans l’agro-alimentaire sont nourris de farine animale et de  poissons. Malgré les progrès de l’élevage porcin, les hommes de religion restent figés dans leur discours car, pour eux, la viande de porc est une interdiction absolue d’Allah et personne ne saurait s’y soustraire. Ils cherchent souvent à tromper le pauvre musulman du 21e siècle et à le détourner de cette viande par des explications faussement médicales dans le but de le maintenir sous leur coupe et pour garder les anciens préceptes intacts. Le licite et l’illicite en islam LICITE ET ILLICITE001 Dans son livre « Le licite et l’illicite en islam » (p. 45), al-Qardâwi (1) évacue en quelques lignes  le problème de l’interdiction du porc  au musulman: « La nature innée le considère comme malveillant et l’évite car son alimentation la plus appétissante est les détritus et les saletés. La médecine moderne a prouvé que sa consommation est néfaste sous tous les climats et surtout les climats chauds. Les expériences ont prouvé que sa viande est responsable du ver solitaire mortel et autres vers, et qui sait, peut-être, la science de demain nous découvre les secrets de cette interdiction plus que nos connaissance d’aujourd’hui. Le Grand Allah a dit la vérité car son Envoyé a dit « […] Il leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises […] (al-A’râf 7 :157). On trouve  même une doctoresse égyptienne qui est allée jusqu’à évoquer que « le porc en lui-même est une pestilence qui marche à quatre pattes car son sang contient toutes les maladies et tous les vers. De même, le porc contamine l’homme qui le consomme et lui transmet de mauvaises habitudes et des comportements non louables comme l’absence de jalousie envers sa femme et la femme envers son mari car le porc est le seul animal qui n’est pas jaloux et ça lui importe peu que sa femelle aille avec un autre mâle. Les porcs pratiquent l’échangisme. Ils pratiquent aussi le sexe en groupe ». En plus de ces inepties, elle décoche quelques piques aux Occidentaux, mangeurs de porcs : « Malheureusement, ces mauvais comportements se sont propagés dans les sociétés occidentales ». Elle n’oublie pas les juifs non plus : « L’aspect du porc est répugnant, personne ne supporte son aspect. Allah soit loué, Il a transformé, par deux fois, les fils d’Israël en singes « abjects » (2 :65 al-Baqara, la vache) et en porcs, et c’est une raison suffisante pour que les gens s’abstiennent de manger la viande de porc. D’ailleurs les juifs ne mangent pas non plus la viande de porc qui leur est, à eux aussi, interdite. Car ils se disent : « Comment pourrions-nous nous manger nous-mêmes ? ». Ainsi va l’enseignement dans les mosquées  et cela depuis des siècles. … L’interdit alimentaire relatif au porc dans l’islam et le judaïsme a des racines profondes dans l’histoire où les anciens ont figuré le dieu du mal sous la forme d’un porc sauvage dans sa lutte contre le dieu du bien. Cet interdit vient donc de loin. Mais le musulman devrait utiliser son sens critique, s’il lui en reste, afin de décider par lui-même son comportement social en général et alimentaire en particulier. Les Occidentaux, ces « mangeurs de porcs », jouissent en fait d’une santé enviable pour beaucoup de pays islamiques. Ils possèdent un savoir scientifique très avancé sur les maladies transmissibles de l’animal à l’homme et ne trouvent aucune base scientifique sanitaire pour interdire le porc. Malgré cela, le monde islamique maintient cette interdiction. Dans l’islam, on ne se déjuge jamais, même devant les preuves (par exemple, l’islam du 21e siècle continue à croire que c’est le soleil qui tourne autour de la terre). L’évolution de la démographie dans les pays soumis à l’islam mériterait pourtant que l’on étudie la nécessité de revoir cette interdiction de la viande porcine en raison du coût plus faible de cet élevage, qui est sans risque sanitaire, surtout par rapport à celui de l’abattage rituel halal (bovin, ovin et caprin), générateur de beaucoup de contaminations bactériennes et parasitaires. Le porc a de nombreux atouts nutritionnels et s’intègre parfaitement à une alimentation équilibrée et diversifiée. Et somme toute, on devrait suivre l’adage chinois : « Les chinois mangent tout ce qui est dans le ciel sauf l’avion, tout ce qui est sur la terre sauf la table, tout ce qui est dans l’eau sauf le bateau ». Ne serait-ce pas la position la plus sage ?

Bernard Dick

(1) Al-Qardâwi Yousef (87 ans), membre des Frères Musulmans, est président de l’Union Internationale des oulémas musulmans et président du Conseil Européen pour la Recherche et la Fatwa. Il est télé-consultant de la chaîne qatari al-Jazeera.