Pourquoi priver le Pakistan des compétences acquises en France par Ahmed Sohail ?

Des politiques d’extrême gauche, du PS et de EE-LV ont signé une demande de retour d’un Pakistanais de 23 ans entré illégalement en France, où durant des années, grâce à des associations diverses et variées il a pu bénéficier des subsides de l’Etat quand tant de nos étudiants français en sont réduits à ne faire qu’un repas par jour. Le 31 décembre dernier, Ahmed Sohail, sans légitimité avérée sur notre sol, a été expulsé vers le Pakistan comme le veut la loi que nul n’est censé ignorer, pas même les associations (1).

Il était arrivé en France en 2004, grâce à un réseau de passeurs, puis avait été pris en charge par des réseaux associatifs tout en bénéficiant de l’Aide Sociale à l’Enfance, c’est-à-dire d’argent généreusement donné par les Français. Son éducateur ne tarissait pas d’éloges sur lui : bon comportement, apprenant bien le français, respectant les règles établies, s’occupant bien de son logement, respectant les horaires. Bref, une insertion en bonne voie. Ahmed avait ensuite obtenu un CAP de plomberie grâce à la fondation catholique des Apprentis d’Auteuil.

Son retour au pays était consécutif à un contrôle dans le métro où il circulait sans titre de transport mais avec une barrette de cannabis, et selon le Ministère de l’Intérieur avec également un portable volé, ce que le réseau RESF qui sait mieux que la police avait démenti, tout comme il avait réfuté la présence d’une barrette de cannabis devenue un simple joint. On ne va pas finasser pour si peu.

Le jeune homme, placé au centre de rétention de Vincennes, a été jugé non régularisable faute de diplôme, ce que là encore RESF a démenti. Le 1er janvier, Ahmed Sohail a donc après moult péripéties atterri à Karachi où il a été placé en détention, après avoir été ligoté sur son siège sur ordre du Président de la République, d’après les dires de RESF (2).

Quelques jours plus tôt, il y avait eu une première tentative pour le mettre dans l’avion, mais Ahmed refusant de monter il avait été ramené à Vincennes « sans violences ». Donc, lorsqu’un individu expulsable refuse son sort, les policiers se doivent de respecter son souhait. On aura tout vu.

De retour dans son pays d’origine, Ahmed a pu retrouver sa famille, ses parents qu’il n’avait pu revoir pendant huit ans, ses racines, sa langue. Ses parents, qui avaient payé pour lui un passeur pour qu’il s’en aille alors qu’il ne l’avait pas demandé, pour l’envoyer vers une destination que personne n’avait même songé à lui faire connaître.

Indignés par ce qu’ils considèrent comme une injustice flagrante, les membres de RESF ont immédiatement réclamé des dons et ont fait en sorte d’exiger pour lui un visa lui permettant de « reprendre le cours de sa vie en France », c’est-à-dire probablement continuer à déambuler avec des barrettes de shit dans la poche. Ils ont demandé péremptoirement aux autorités consulaires françaises de Karachi qu’elles « délivrent immédiatement » un visa au jeune homme afin de « réparer autant que faire se peut la faute déshonorante que constituent ces faits ». Diable ! Ca se permet de donner des ordres à l’Etat.

RESF insiste, c’est l’Etat qui sert à fabriquer légalement des sans papiers, faisant mine d’ignorer qu’un sans papiers cela n’existe pas, qu’il y a les citoyens dans la légalité avec des papiers et les clandestins illégaux. Eh oui, il y a des lois en France, comme dans tous les autres pays du monde sans exception, et ces lois sont faites pour tous. Prétendre que l’Etat « fabrique » des sans papiers est juste malhonnête.

De manière assez ignoble, RESF continue ses amalgames douteux et insultants en comparant « la politique du chiffre des ministres de la Rafle et du drapeau »… Qu’est-ce que c’est que cette comparaison ? Le drapeau français (et donc la France) serait tout entier assimilable à un fait commis par quelques-uns durant la guerre ? Ramener un clandestin dans son pays d’origine où vivent ses parents aux frais des contribuables serait donc comparable à une rafle où ont été tuées des dizaines de personnes ? Cette association utilise les fonds publics pour participer et aider au viol de nos lois – des lois démocratiquement votées – et se permet de salir notre drapeau pour justifier l’illégalité de ses actions ?

Ils n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai puisqu’en 2010 ils avaient déjà été condamnés pour un vocabulaire similaire, il faut croire que cela ne leur a pas servi de leçon. (3)

A noter au passage que sur leur site, RESF propose un vademecum à destination des personnes arrêtées, en chinois et en arabe, ce qui est fort stigmatisant pour ces deux catégories de population jugées donc plus susceptibles d’être arrêtées, et donc plus délinquantes que les autres. Comme si ne pouvaient être arrêtés des Espagnols, des Italiens ou des Japonais… Ca me rappelle une affichette placardée dans les bus pour prévenir les potentielles victimes de vols de portables et qui sont écrites en une dizaine de langue… sauf l’arabe ! Etonnant.

Quant aux signataires, on peut s’étonner de leur égoïsme. En effet, maintenant qu’Ahmed a acquis des compétences professionnelles, qu’il est devenu bilingue, qu’il a appris des règles de démocratie dont nous savons tous qu’elles seraient hautement utiles à un pays comme le Pakistan, comment peut-on réclamer qu’il prive son pays d’origine de ses compétences ? Comment refuser qu’il dépense auprès de ses compatriotes l’argent que les généreux donateurs Français lui ont versé ? Comment nier l’apport de cette chance pour le Pakistan, de cette richesse humaine qu’est Ahmed, ancien apprenti d’Auteuil et diplômé ? Comment réclamer que ce pauvre jeune homme soit de nouveau séparé des siens, de sa famille, de ses racines, de son identité, de son pays dont le drapeau est certainement plus respectable pour RESF que le nôtre ? Pourquoi vouloir l’arracher à une terre où il a tout à construire avec ses nouvelles compétences de plomberie acquises, alors que nous avons en France un taux de chômage si gigantesque que la moindre place de plombier libérée peut contribuer à faire un chômeur de moins ?

Caroline Alamachère

(1) Article L622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : «Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros ».

(2) http://resf86.ouvaton.org/spip.php?article150

(3) http://www.liberation.fr/societe/0101651734-il-n-est-pas-permis-de-comparer-la-politique-du-prefet-a-celle-de-vichy

Parmi les signataires : Jacques Daguenet Adjoint au maire de Paris (XIe), Divers Gauche, Christian Favier Président du conseil général du Val-de-Marne (PCF), Marie-Christine Carvalho Conseillère régionale (PS), Jacques Boutault Maire du IIe arrondissement de Paris (EE-LV), François Delapierre Conseiller régional, Parti de gauche (PG), Jacqueline Fraysse Députée des Hauts-de-Seine, Fédération pour une alternative sociale et écologique, Fase), Jean-François Pellissier Conseiller régional, Alternatifs, Brigitte Gonthier-Maurin Sénatrice des Hauts-de-Seine (PCF), Danielle Simonnet Conseillère de Paris (PG), Emmanuelle Cosse Vice-présidente du conseil régional Ile-de-France (EE-LV), Judith Shan Conseillère régionale (PS) Ian Brossat Président du groupe PCF et PG au Conseil de Paris… (source : 
Libération)

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