Prières dans les rues de Paris : les fausses symétries de Respublica

Le dernier numéro de la publication de la « gauche républicaine » nous livre un curieux article. Son rédacteur s’indigne. Il s’étrangle même. En effet, la rue de la Chine – devant l’hôpital Tenon, a été le témoin de prières publiques d’horribles personnages rassemblés pour prier pour l’âme des enfants qui auront été privé d’existence terrestre par l’avortement décidé par leur maman.

Et de nous suggérer, qu’il y aurait un système hypocrite de comptabilité en partie double :

-          Intraitable critique « ultralaïque » et « islamophobe » à l’encontre de nos malheureux salafistes, pauvres itinérants de la prière, venant chaque vendredi de six ou sept départements d’île de France pour poser leurs tapis de prière rue Myrrha fermée aux passants par des barrières posées par une sorte de milice de la mosquée portant brassard,

-          Compréhension ou permission officieuse pour des chrétiens intégristes rassemblés devant un hôpital pour prier pour les enfants qui ne naîtront pas, victimes de l’avortement.

Evidemment, pour « Respublica » et notre « gauche républicaine », appeler au meurtre des impies chaque vendredi, appeler à égorger les Juifs en scandant etbakh al Yahoud, ou prier pour l’âme d’enfants qui n’ont pu naître et se rassembler occasionnellement devant un hôpital, sans milice fermant la rue aux passant et aux automobiles, c’est exactement la même chose. Ce serait pareil que venir d’un peu partout pour s’approprier chaque vendredi après-midi un espace public et y faire la loi au moyen d’une milice privée embryon d’une police religieuse.

Pour la « gauche » dite « républicaine », c’est du pareil au même, c’est une aussi grave atteinte et menace pareillement la laïcité… Je laisserai le lecteur répondre lui même à cette affirmation de nos « républicains » de « gauche ».

J’avoue rester plus que perplexe

Cette publication nous avait habitué à une activité littéraire de promotion de « la révolution arabe ». Je m’étais dit, en ouvrant le numéro de ce matin, que ces messieurs et dames de la « gauche républicaine », tous des amoureux transis de la dite révolution, allaient nous livrer leur profonde et pertinente analyse de l’échec cuisant du fascisme en khamis encadré par les Frères musulmans du Caire.

En effet, tous les commentateurs nous ont servi : que presque 64% des Egyptiens avaient ratifié la « constitution Morsi», la constitution égyptienne selon les vœux de Tariq Ramadan et tutti quanti, en omettant, à chaque fois, de préciser qu’il s’agissait de 64% de 32% d’Egyptiens, soit un peu plus de 20% du corps électoral dans son ensemble.

En d’autres termes, la contre-révolution du fascisme vert a vu les ouvriers, les paysans, les intellectuels, les femmes, tous opprimés et surexploités, les minorités autochtones non musulmanes (les Coptes), -tous menacés d’être emprisonnés à vie 24 heures sur 24-, exprimer par un silence électoral massif, celui de 68% des Egyptiens, le refus, le rejet ferme et définitif de la dictature de la charia.

Je m’attendais à ce que les « internationalistes » de la ci-devant gauche républicaine, nous montrent, avec leur habituel brio : que Tombouctou, Gao, Kidal, c’est le Caire ; que le Caire c’est aussi le Darfour ; que les « frères musulmans » c’est aussi Mujao, que c’est AQMI et Ansar Din ; que c’est également « Boko haram » ; que c’est le Nigeria où la nuit de Noël a vu un commando de la dictature monopolistique de la charia, venir forcer les portes d’une église, y tirer dans le tas, tuant six personnes -dont le prêtre-, se retirer et mettre le feu à l’édifice.

Je m’attendais à un tout petit peu de réflexion, utilisant ce qu’il doit subsister de débris de marxisme dans les souvenirs de jeunesse de ces gens qui nous débitent, de temps à autres, de vagues et fumeuses bribes de pensée économique empruntée à une lecture hâtive et lointaine du Capital ; je m’attendais à ce qu’ils aillent puiser dans ce qu’il restait chez eux de Lénine et de Trotski, pour nous expliquer que le si long « paradoxe de février »*1 des révolutions arabes, était en train de craquer et de laisser la place à un mouvement en profondeur de toute les classes d’une société brisant des carcans vieux de plus de quatorze siècles, mouvement organique d’une société, qui ne faisait que commencer, sous la forme d’un massif désaveu au moyen du non-vote de la constitution-Morsi.

Rien de tout cela, mais, à l’inverse : une grotesque tentative de venir en aide aux aspirants djihadistes du vendredi après-midi – décrétant que la loi républicaine, la loi du pays d’accueil pour une bonne partie d’entre eux, ne leur était pas opposable – en s’étonnant qu’on ait laissé la rue de la Chine être occupée par des hommes et des femmes venu prier pour l’âme de chaque enfant que l’avortement aura empêché de voir le jour…

Alain Rubin

 

*1 Trotski appellera « paradoxe de février » le fait que les forces sociales qui briseront la vieille monarchie policière des boyards travailleront involontairement pour d’autres et ne prendront pas le pouvoir. En effet, les ouvrières de Petrograd, puis l’ensemble du prolétariat industriel dans tout l’empire, ouvrant la voie d’une nouvelle phase de la révolution commencée en 1905, -nouvelle phase caractérisée par la généralisation des conseils élus de députés révocables- verront contradictoirement leur action déboucher sur des gouvernements cherchant à les refouler et refusant de répondre favorablement à leurs revendications sociales.

 

Pour Trotski, chaque révolution réelle a connu et connaîtra son « paradoxe de février ».

 

Ce paradoxe peut déboucher : sur la contre-révolution ou, au contraire, sa « révolution d’octobre ». Quand il y a révolution, le juste milieu n’est plus guère de mise.

 

Dans les « révolutions arabes », le paradoxe de février s’est traduit par un développement de puissantes tendances contre-révolutionnaires : ce sont les forces du fascisme de la charia.

Plus que jamais, l’alternative classique, révolution ou contre-révolution, n’est autant à l’ordre du jour.

Nous devrions rajouter, à ce propos, que le Caire des Frères musulman c’est bien sur Tombouctou des bandes armées terroristes d’envahisseurs, mais que c’est aussi, -sur un plan positif avec le soulèvement électoral égyptien par le refus du vote-, le Téhéran des grandes manifestations populaires et des grandes et longues grèves ouvrières de l’automne hiver de 2010-2011 occultées par les médias pro-islamistes et par les compagnons de route honteux des « gauches » dite républicaines ou autres. Bref, tout est ouvert, dans un sens ou un autre.

Alain Rubin


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