Qu’il s’appelle Fourest ou Barroso, ce n’est pas bien de mettre une patate à un journaliste

Hier soir, je me suis couchée juste après avoir appris qu’un footballeur de Montpellier, Cyril Jeunechamp, avait frappé, dans les couloirs du vestiaire de Valenciennes, un journaliste de L’Equipe, appelé José Barroso. Ce dernier se voyait reprocher par le capitaline de Montpellier un article, paru dans la semaine, qui parlait mal de lui et de son équipe.

http://www.football365.fr/france/infos-clubs/montpellier/montpellier-le-club-condamne-violence-de-jeunechamp-envers-un-journaliste-de-l-equipe-929775.shtml

Alors que je plongeais dans un demi-sommeil, plusieurs réflexions contradictoires sont nées dans mon esprit embrumé par une dure semaine de labeur, et, peu à peu, est né le rêve qu’une telle mésaventure n’arrive au Barroso de l’Union européenne. J’ose dire que si, un jour, cet arrogant personnage qui se prend pour le maître de l’Europe (sans jamais avoir été élu) se prenait  une patate dans la tronche, j’aurais autant de plaisir qu’à voir Bernard-Henri Levy ou Jacques Delors se faire entarter.

Il faut dire que, dans le milieu du football, Cyril Jeunechamp n’a pas la réputation d’un poète. En fin de carrière (il a aujourd’hui 37 ans), il a collectionné, tout au long de sa carrière, nombre de cartons rouges et jaunes. Quand cela chauffait sur un terrain, et qu’il y avait une altercation, on savait généralement que le capitaine de Montpellier n’était jamais loin.

Il faut dire aussi, par ailleurs, que beaucoup de journalistes de L’Equipe ne me sont absolument pas sympathiques, par leur arrogance, leurs articles agressifs contre quiconque ne convient pas à leur modèle de joueur ou d’entraîneur. Je n’ai pas oublié leur lynchage d’Aimé Jacquet avant la Coupe du monde de 1998, ni récemment celui de Nikola Karabatic. Je n’ai pas oublié non plus leur cinéma contre le racisme supposé qu’ils traquent aux quatre coins de France. Ces journaleux savent que par leurs écrits, ils ont le pouvoir de mettre en difficulté quiconque ne leur mange pas dans la main, ni ne correspond à leur modèle idéologique. J’avoue donc que cette patate m’a entraîné dans un drôle de rêve.

Dans mon inconscient, j’imaginais qu’à Riposte Laïque, un membre de la rédaction, par ailleurs ceinture noire de krav-maga, sans aucune consigne particulière, décidait d’agir de même avec tous les journalistes qui, dans le passé, avaient mal parlé de notre site, ou de ses animateurs.

Le regard fixe, paraissant dans un état second, il avait commencé, ce samedi, par Caroline Fourest. Cette dernière avait organisé une contre-manifestation contre les homophobes qui entendaient lui interdire de convoler en justes noces avec sa fiancée Fiammetta Venner, mariage qui aurait été célébré par Bertrand Delanoé en 2013. Son appel avait été suivi par six Parisiens, et quelques membres féminins de son fan-club, qui l’entouraient de toute leur admiration.

Reconnaissant celle qu’on appelle Caro, il s’était dirigé vers elle et l’avait vertement apostrophée : « C’est toi la petite p… qui nous a traités de racistes, le 18 décembre 2010, espace Charenton ? »  Et, avant que la malheureuse n’ait eu le temps de répondre, une claque magistrale l’avait décollée du sol, et fait rouler au tapis. Ceinture noire de karaté, Fiammetta s’était mise en garde, et avait tenté, connaissant bien les faiblesse masculines, de frapper l’agresseur à l’endroit le plus fragile. Mal lui en avait pris : par un savant blocage, notre rédacteur avait bloqué l’attaque, appuyé sur le genou, et fauché la jambe d’appui. Fiam était tombée brutalement sur Caro, et les photographes immortalisaient la scène, pendant que notre ami s’éloignait discrètement.

Il avait ensuite filé au siège du Nouvel Observateur, et, bousculant tout le monde sur son passage, avait accédé au bureau de Laurent Joffrin, qui cumulait les fonctions de patron du Directoire du Nouvel Observateur et de chef de la rédaction. Il l’avait saisi par la cravate, l’avait soulevé de son siège, et l’avait porté à bout de bras, devant une rédaction tétanisée… mais où personne ne bougeait. « C’est toi l’emp… qui a osé écrire que c’est moi qui avais armé le bras de Breivik ? ». Joffrin bredouillait des réponses inintelligibles, et tremblait de tous les membres de son corps. Notre rédacteur l’avait alors levé au-dessus de sa tête, et jeté dans une grande poubelle du Nouvel Obs.

Au moment de partir, il s’était adressé à la rédaction. « Le bureau de Dely, c’est où ? » Peu courageux, l’ensemble des journalistes présents avait indiqué, du doigt, le bureau du responsable de la rédaction. Paniqué, Dely avait fermé la porte à clé. D’un violent coup de pied dans la poignée, notre rédacteur avait fait sauté la serrure. Dely cherchant à se sauver, il l’avait empoigné par le pantalon, et, au milieu de ses subordonnés, lui avait demandé : « C’est toi le f… qui nous a qualifiés de néo-fasciste, crapule ? ». Avant qu’il n’ait répondu, il l’avait jeté dans le même poubelle du Laurent Joffrin, et, sans se retourner, avait tourné les talons.

Il avait croisé dans la rue, Claude Askolovitch, qui venait élaborer la stratégie médiatique de la semaine avec les responsables du Nouvel Observateur, de Libération, de Médiapart et du Monde. Pour le plus grand malheur de celui-ci. Ce jour là, cela se passait place de la Bourse, au Nouvel Observateur. Notre ceinture noire de krav-maga, reconnaissant le célèbre journaleux, lui avait demandé, d’une voix douce, un autographe. Flatté, un peu hautain, Asko avait répondu : « Si cela peut vous faire plaisir », et avait commencé à fouiller dans sa poche pour prendre un stylo. Avant d’avoir compris ce qui lui arrivait, il avait pris un grand coup de pied dans le ventre, qui l’avait plié en deux, puis un grand coup de genou au menton, qui l’avait couché pour le compte.

Abel Mestre, du Monde, venu lui aussi à sa réunion stratégique hebdomadaire, avec sa copine Caroline Monnot, voyant l’agression, se précipitait vers notre  ami, aux cris de « Le fascisme ne passera pas, le fascisme ne passera pas » et lui fonçait dessus, le poing en avant. Négligemment, le rédacteur de RL, qui mesurait 1,96 m, avait tendu le poing, fermé, et le malheureux Abel était venu se fracasser la mâchoire, et les dents, sur cet obstacle, chutant à son tour au sol dans un grand cri de douleur. Sa collègue, affolée, prenait les jambes à son cou.

Le lendemain, la presse faisait la une sur l’ensemble de ces agressions, et Riposte Laïque était ciblé de partout. Autant, au lendemain de la manifestation contre le fascisme islamiste, tout le monde s’était tu, autant cette fois c’était la curée, et tous les chroniqueurs, dans une grande solidarité professionnelle, demandaient la fermeture de ce site nauséeux. Furieux contre le collaborateur, le rédacteur en chef l’avait convoqué en réunion exceptionnelle, et, tel les dirigeants de Montpellier avec Cyril Jeunechamp, l’avait vivement sermonné. Il avait affirmé que RL présenterait ses excuses à tous les journalistes agressés. D’autre part, il lui avait annoncé son renvoi immédiat de la rédaction, condamnant sans la moindre ambiguïté une telle attitude, totalement irresponsable, et aux antipodes de nos valeurs.

C’est à ce moment que j’émergeais de mon doux sommeil, et commençais à réaliser le rêve que je venais de faire, à cause du footballeur Cyril Jeunechamp. J’avoue avoir eu envie de garder ce rêve au plus profond de moi-même, le plus longtemps possible, dans la journée, et de ne pas avoir résisté au plaisir de vous en faire profiter…

Lucette Jeanpierre

PS : Au moment où je finissais d’écrire cet article, j’apprenais – phénomène de  télépathie ? – que Caroline Fourest avait eu maille à partir avec quelques manifestants, dans les rues de Paris. Je réitère naturellement ma plus ferme condamnation contre toute violence physique exercée contre des journalistes… Maintenant, je m’interroge : une personne qui encourage des contre-manifestations, sans autorisation, le samedi et le dimanche, contre des manifestations démocratiques, est-elle vraiment une journaliste, ou une militante déguisée en journaleuse ?


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