RATP : les machinistes condamnés à se laisser agresser par les racailles !

Une femme machiniste de la ligne 350 a été violemment agressée. Après plusieurs coups portés au visage l’agent s’en tirera avec des ecchymoses et, on peut le comprendre, avec des séquelles psychologiques.

Les médias qualifient cet acte violent « d’altercation ». Je trouve le mot choisi, volontairement, un peu léger.

Depuis les années 90, les agressions envers les machinistes n’ont pas cessé d’augmenter. Caillassages, incendie de bus, agressions verbales et physiques, crachats, menaces et intimidations sont le lot quotidien des chauffeurs de bus.

De moins en moins d’agents actionnent « l’alarme discrète ». Non point qu’il y ait moins d’agressions mais plusieurs d’entre elles ne sont que crachats et insultes donc perçus comme banals de la part des directions et de la police mais aussi des agents eux-mêmes.

L’alarme discrète est un outil sensé signaler notre agression à notre poste de sécurité qui se charge de faire intervenir les services de sécurité de la RATP (le SEC) et/ou la police. La direction est fière de cet outil, pourtant ce dispositif n’est pas satisfaisant. Souvent lorsque les services d’intervention arrivent l’agresseur est déjà parti ou alors il a eu le temps de violenter l’agent ou détruire le bus.

La police suggère d’ailleurs aux agents de les appeler directement si cela devait se reproduire, pour avoir l’assurance d’une intervention plus rapide.

Les équipes de SEC de la RATP ne sont pas en effectif suffisant pour faire face aux agressions. Il n’y a qu’une seule équipe par secteurs et ceux-ci peuvent s’étaler sur plusieurs dizaines de kilomètres, si bien que, suivant l’endroit où ils se trouvent, leur arrivée sur les lieux de l’agression peut prendre beaucoup de temps, trop de temps… le temps d’un lynchage, le temps de la disparition du ou des agresseurs, le temps que la vie d’un agent bascule …

Pourtant, la direction est aussi très fière de son dispositif de sécurité.

La RATP intervient régulièrement dans les collèges et lycées pour sensibiliser les « jeunes ». Elle s’est donnée pour missions de les rééduquer. Ce sont des machinistes  qui interviennent  dans des classes parfois hostiles, pour leurs expliquer comment utiliser les transports en commun, payer son ticket, respecter les agents et les autres usagers…

La direction nous vante aussi la vidéo surveillance.

Elle n’évite pas les agressions, mais elle est sensée les dissuader. Elle a aussi pour objectif d’élucider les affaires et trouver les coupables. Elle permet aussi de voir si le machiniste a fait preuve de sang-froid ou s’il a cherché la confrontation. En cas de procès l’avocat de la défense pourra s’en servir pour défendre son client agresseur.

On voit bien que depuis la mise en place de cette vidéo surveillance, la violence à bord des bus n’a pas reculé. Les agresseurs, au moment de leur déchainement de violence, se foutent de savoir qu’ils sont filmés. Par contre les machinistes, eux,  savent qu’ils sont observés et ça peut se retourner contre eux le cas échéant.

Encore une fois, la RATP toujours fière !

RATPcabine

Nous avons l’interdiction formelle de nous armer, c’est la loi. Il nous est même conseillé de ne pas rétorquer lors d’une agression, d’une part pour ne pas envenimer la situation, d’autre part parce que nous sommes des professionnels. On nous met en garde sur la légitime défense qui est moins simple qu’elle n’y parait. Si on m’agresse avec les poings, je dois répondre avec des poings (je suis une femme)… le mieux c’est quand même, une fois qu’on est par terre, d’attendre que les coups cessent. Ce qu’a du faire, je présume, notre collègue du 350.

Nous n’avons pas le droit non plus de nous protéger. Tous les bus sont équipés de ce que l’on appelle une « cabine intégrale ». Celle-ci, une fois mise en place par une utilisation simple, permet au machiniste de s’isoler totalement dans sa cabine. Il suffit de verrouiller la demi porte avant, déployer le portillon, et monter la vitre anti agression. Avec ce dispositif, rien ni personne ne peut atteindre le conducteur. Il peut néanmoins vendre des tickets, renseigner les usagers et s’en extirper facilement en cas de besoin.

Seulement la direction interdit aux conducteurs de l’utiliser la journée pour raisons commerciales, seuls les conducteurs de nuit (services allant de 00h00 à 6h00 du matin) le peuvent.

Comme un certain nombre de métier du service public, la police, les pompiers… les conducteurs de la RATP sont à la fois indispensables et persona non grata.

Nous sommes seuls derrière le volant, nous n’avons ni le droit de nous défendre, ni le droit de nous protéger. Nous devons nous en remettre à des mesures et des dispositifs couteux et inutiles mis en place par notre direction. Tout en assurant néanmoins le service public.

Je tiens à manifester ma solidarité envers ma collègue, lui assurer de mon soutien, lui souhaiter qu’elle parvienne à se rétablir tout en me disant qu’un jour c’est peut être moi qui serai prise sous les coups d’un désocialisé, d’un irresponsable, d’une racaille…

Maud Orcel

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