Rencontre avec des jeunes musulmans sympathiques, juste un peu sexistes et antisémites…

Fin janvier. Je rentre d’une semaine d’école de cinéma à Aubagne par le TER. Nuit tranquille, pas trop de monde. Dans la cabine de derrière, une femme a visiblement du mal à calmer ses marmots. Un peu irritant mais on s’y fait. Dans la mienne, on est trois: Votre serviteur, un type à casquette qui téléphone à sa copine et un autre qui somnole à côté de moi, vêtu d’un manteau noir. Petit détail intéressant, je suis à peu près le seul non-maghrébin du wagon. Au risque de choquer certains lecteurs, cela ne me dérange aucunement. Pas en soi. Après tout, c’est assez rare pour moi de faire partie d’une minorité visible. Bref, au bout de quelque temps, le type à casquette s’en va. Ne restent que moi et le manteau noir. Après un arrêt, entrent trois nouveaux passagers, maghrébins eux aussi. Presque immédiatement, ma cabine sort de sa torpeur. Les trois nouveaux font connaissance avec le manteau noir, bavardent, s’enthousiasment. On me salue. J’acquiesce avec un sourire, mais me contente pour l’instant de continuer à écouter. Ce sont des fêtards on dirait. Ils organisent une soirée à Toulouse. Il devrait y avoir de l’herbe. Et des femmes.

Ah! Les femmes! Voilà que la conversation devient intéressante. L’un d’entre eux se vante ouvertement de fréquenter des prostituées. À Marseille plus précisément. Et il semble avoir une prédilection pour les Roumaines. Ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas vraiment retenu des détails. Seulement que le langage était assez cru et que la femme semblait réduite à un objet de consommation, les pays d’origine faisant figure de marque. Non pas que je veuille prendre position sur l’éternel débat régularisation/abolition. La question n’est pas dans l’activité elle-même mais plutôt dans la façon dont le client considère la prostituée. Dans ce cas, il semblerait que ce soit une marchandise plutôt qu’une marchande. La femme, on ne fait pas l’amour avec elle. On n’a même pas de rapports sexuels avec elle. Non, on la baise, on la défonce, on la nique.

Occasionnellement, je suis interrogé un peu sur ma vie. Je fais des réponses courtes mais polies.. J’étudie le cinéma. Je parle anglais. Je suis d’origine française, britannique et américaine. On me demande si je « nique ». Je n’ai rien à cacher. Non, réponds-je, pas en ce moment. On m’invite à leur fête. Je décline. Leur conversation reprend. Elle devient plus intéressante encore: On y parle de sa jeunesse, de l’école. L’un d’eux avait, semble-t-il, un camarade riche qui se pavanait dans la voiture de son père. « C’était un juif » entends-je. « Juif ». Le mot est lâché, je ne peux pas rester neutre plus longtemps. Ferait-on un raccourci « riche + arrogant = juif ? » Je saute sur l’occasion, je demande au monsieur comment il le savait. Réponse de l’intéressé: Il portait une kippa sur la tête. Ah bon. J’avoue que je me sens un peu con, mais je n’aurais pas à souffrir bien longtemps. On commence à discuter des juifs. L’un d’eux me révèle qu’ils ont tout le pouvoir, que la plupart des grands journaux en France seraient tenus par des Juifs. L’autre nous jure qu’ils savent que l’Islam est la vraie religion et la parole de Dieu mais ne veulent pas l’admettre. C’est écrit dans le Coran, donc c’est vrai.

Je fais de mon mieux pour essayer de corriger leurs préjugés. Oui, reconnais-je, il est vrai qu’il y a beaucoup de juifs qui ont fait fortune en France comme aux Etats-Unis. C’est là l’occasion de me servir un peu de ma culture cinématographique en prenant l’exemple des fondateurs de studios Hollywoodiens: Des immigrés juifs venus d’Europe, arrivé aux Etats-Unis avec peu d’argent, mais qui ont utilisé toute leur culture et tout leur savoir-faire pour devenir riches et puissants. Mais à la différence des Qataris ou des Chinois actuellement, ce n’était pas organisé. Juste des individus qui se trouvaient être juifs et qui ont travaillé pour réussir, uniquement pour leur propre personne, pas au service d’un pays, d’un gouvernement ou d’une religion. Pas de dessein ultérieur. D’ailleurs, ces juifs occidentaux ne sont pas aimés par beaucoup de juifs conservateurs israéliens, qui estiment qu’ils se sont éloignés des vraies valeurs.

On m’écoute mais j’ai comme l’impression que je n’ai pas convaincu. Je suis le premier à reconnaître que je suis un piètre débatteur. Je bégaie, j’ai quelques difficultés à trouver mes mots. Mais on m’écoute, c’est déjà ça. Pour je ne sais plus quelle raison, on revient un peu à l’éducation. Le manteau noir, d’origine algérienne, parle de ses cours d’histoire. Figurez-vous que, lorsqu’a été évoquée la Guerre d’Algérie, la prof avait eu le culot de le mettre à la porte! Tout ça parce qu’il avait simplement remis en question sa version des faits, apparemment pas assez pro-FLN à son goût. J’essaie de lui expliquer qu’elle est professeure d’histoire, autrement dit qu’elle est censée en savoir plus sur ce dont elle parle que l’élève, qui est censé être le réceptacle d’informations qu’elle prodigue. Bon, d’accord, je ne l’ai peut-être pas dit comme ça et c’est peut-être pour ça que j’ai été ignoré. J’aurais quand même essayé!

Lorsque vient mon arrêt, je quitte ces messieurs avec le même esprit convivial qui a été celui de la majorité du voyage. J’aurais eu une expérience particulièrement enrichissante. Ces jeunes étaient amicaux, a priori non-violents, et passer du temps avec eux a été, somme toute, assez divertissant. Mais leurs propos misogynes et antisémites m’ont beaucoup choqué. Et je n’ai pas parlé des clopes fumées dans le train! Bien que s’exprimant sans réelle haine, ils ont fait preuve d’une immaturité et d’un manque de savoir-vivre qui, je le crains, sont communes à de trop nombreux musulmans de leur génération (et donc de la mienne). Cette expérience illustre un fossé culturel entre Français de culture européenne et Français de culture musulmane qu’il faut impérativement combler par l’imposition de la culture française au détriment de tout ce qui, dans la culture musulmane, est incompatible avec elle. J’ignore ce que deviendront ces hommes, je leur souhaite de grandir dans leur tête et d’apprendre à respecter les femmes et les juifs. Je leur souhaite, en un mot, de devenir réellement Français.

Thomas Ricard

Print Friendly

Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans RACISME - ANTI-RACISME. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.