Repentance : pour mieux détruire la France, on salit son histoire

« De quoi la France doit-elle s’excuser ? » interroge en couverture du numéro 813 le journal Marianne. Je lis donc les 24 pages du dossier, j’acquiesce parfois, je proteste souvent et soudain je craque : assez de repentance ! Comme à son habitude, l’hebdomadaire met plusieurs ingrédients dans un chaudron, mélange le tout et nous sert une mixture consensuelle parfois douteuse, notamment au sujet de l’Algérie. Voilà des décennies que la France demande pardon, et elle serait en droit d’en exiger elle aussi des excuses pour ses morts victimes de l’immigration et du terrorisme. Toutefois, reconnaissons à Marianne le mérite de soulever un problème révélateur d’une entreprise de destruction de l’identité nationale à travers son histoire.

S’agissant des crimes de la France, que Marianne fait remonter très loin dans le temps, je répondrai qu’à moins d’être un candide crétin vivant dans une ferme d’Ardèche isolée du monde en écoutant Henri Dès toute la journée, on ne peut se voiler la face : toutes les nations se sont édifiées dans le sang, c’est ainsi. Pas la peine de pleurnicher postérieurement et de ressortir à longueur d’années la Saint-Barthélemy ou Louis IX, suivant un réflexe pavlovien anticlérical. Va-t-on égrener les atrocités de chacun depuis la nuit des temps et faire un décompte en vue de réparations ? Non, évidemment, à moins de sombrer dans la caricature comme le suggère ironiquement Jean-Dominique Merchet dans sa « Lettre ouverte à ceux qui ont fait souffrir la France ».

Au juste, qu’est-ce que la repentance ? C’est un : « Souvenir douloureux, regret de ses fautes, de ses péchés » (dixit Le Petit Robert de la langue française, définition à laquelle renvoie Eli Barnavi). Donc, seule la France, la vraie, est en droit de se repentir de ses actes, pas ses ennemis intérieurs ou extérieurs. Et elle reconnait ses fautes réelles avec assez de verve pour ne pas permettre que d’autres les lui servent, serais-je tenté de dire en paraphrasant un certain gascon au long nez bien de chez nous !

La repentance serait certes louable si elle était générale. C’est tout le contraire qui se produit : on ne veut pas du repentir de la France, on la veut à genoux, comme un vaincu.  Ainsi que l’a si « intelligemment » souligné la loi Taubira sur  l’esclavage en 2001, qui préconisait de ne criminaliser que les Blancs dans cette réelle tragédie humaine, seule la honteuse Europe doit en porter ontologiquement le crime. Quid de l’esclavagisme ininterrompu dans le monde musulman, au point qu’Hergé s’en émut en réalisant l’album de  Tintin Coke en stock ? Ne parlons pas non plus des chefs de tribu africains qui vendirent les leurs ! Tout cela n’est que broutille : seul l’Européen chrétien est coupable ! Quant à la traite des Blanches, encore un mensonge raciste sans doute, madame Taubira ? Et qu’en est-il des milliers de femmes violées par ces « vertueux » indigènes accompagnant les armées alliées en 1944 ? Pas un mot en tout cas dans le film Indigènes de Rachid Bouchareb sur ce sujet ! Devoir de mémoire ou propagande ? Question !

Récemment, le président fortuit de la République française s’est recueilli sur un pont, à Asnières. Si au moins il s’était agi du pont de l’Alma pour regarder couler la Seine et se souvenir d’Apollinaire ! Hélas, c’était une fois de plus pour fustiger la « répression sanglante » de la police française contre des manifestants « pacifiques » algériens lors d’un rassemblement « festif » en octobre 1961, c’est-à-dire en pleine guerre d’Algérie. Mais de qui se moque-t-on ? Au mieux, ces hommes et femmes finançaient le FLN, au pire ils aidaient directement à commettre des attentats pour tuer des civils européens. Dans les deux cas, l’intention était meurtrière. Mais repentance oblige, on écorche l’histoire pour n’en extraire que des bribes hors contexte. Ne doutons pas que le locataire de l’Elysée remettra le couvert en février prochain pour commémorer les événements du métro Charonne.

On me répondra que certains ici-même glosent sur la victoire de Charles Martel aux environs de Poitiers en 732 bien qu’à part quelques chroniques pour nous renseigner sur cette bataille, on ne sait à peu près rien[1]. Sauf que Charles Martel a bel et bien arrêté l’expansion islamique de ce côté de l’Europe. Je n’irai pas raconter que le grand-père de Charlemagne vint à la rencontre des armées arabes avec un bouquet de fleurs à la main et qu’il se fit voler son pain au chocolat ! Je sais qu’il était venu pour combattre, donc avec des intentions guerrières : je n’en ferai pas une victime innocente comme ces terroristes du FLN qu’on veut faire passer pour des oies blanches ! Ma différence d’avec ces révisionnistes, c’est que les livres d’histoire je les lis : je ne les brûle pas !

On exagère toujours, on s’exalte quand il s’agit de raconter l’histoire de son pays, c’est humain. Et précisément les historiens sont là pour freiner les débordements par leurs recherches rigoureuses. Dans tous les cas, on peut lui faire des petits à l’histoire, pas la faire avorter ! Ce qui se joue depuis au moins trois décennies en France c’est de l’authentique négationnisme.

Les raccourcis de journalistes intellectuellement indigents qui présentent en bloc telle ou telle figure historique comme un salaud fini, c’est monnaie courante pourvu que le salaud en question soit Blanc. « C’est un peu court jeune homme », continuerai-je sur ma lancée gasconne !

Prenons un exemple volontairement provocateur : Philippe Pétain. L’affaire est entendue et indéniable, il fit montre d’une abjecte servilité avec l’Occupant nazi (je ne dis pas « allemand » car je pense alors plus volontiers aux Variations Goldberg de Bach et aux autoportraits de Dürer qu’au nain venimeux à petite moustache !). Vilipendé, sa vie réduite à son rôle sous l’Occupation, longtemps l’opinion publique fut abreuvée d’un portrait repoussant et sans nuance. Sauf que le général Pétain fut d’abord un officier réaliste qui sut manœuvrer intelligemment pour empêcher un désastre militaire à Verdun et remotiver une armée dégoûtée de servir de chair à canon juste pour « grignoter » l’ennemi (suivant le « bon mot » de Joffre). Pétain critiqua l’offensive du Chemin des Dames et, après cette boucherie inutile, redressa l’armée française en ménageant les troupes. Sans son intervention, la répression contre les mutineries aurait été effroyable et la victoire beaucoup plus incertaine. Mais Pétain, par une absence de discernement historique communément admise, demeure dans l’imaginaire collectif le maréchal collabo. Tout ça juste pour montrer que le manichéisme en histoire est devenu la norme. Et je ne minimise aucunement ses crimes ultérieurs.

Pendant ce temps, les chrétiens d’Afrique sont allègrement exterminés par centaines de milliers pour répondre à l’impératif « pacificateur » de l’islam ; pendant ce temps, les murs des grandes villes d’Europe sont couverts de slogans apologétiques qui nous promettent la mort et l’avènement de l’islam ; pendant ce temps, le président Hollande va ramper aux pieds de Bouteflika, cette vieille momie corrompue que son propre peuple exècre (allez savoir pourquoi !) ; pendant ce temps, on veut parler d’histoire et quand je tombe, il y a quelques mois, dans un jeu télévisé où l’on demandait au candidat qui était de Gaulle, ce dernier répondit avec assurance : « Un aéroport ! »

Pour détruire un pays, on commence par annihiler son histoire, qui est sa mémoire. Le reste vient ensuite tout seul. Sous couvert d’une volonté de réconciliation entre les peuples, certaines nations (l’Algérie en tête) dissimulent une velléité vorace d’humiliation. François Mitterrand prenant et serrant la main de son homologue allemand Helmut Kohl devant l’ossuaire de Douaumont en 1984, ça c’était un authentique geste de réconciliation.

Cessons d’êtres les vaches à lait de ces nations qui nous haïssent et laissons-les « s’épanouir » à la manière de l’Algérie dans les années 1990 (quand y sévissait une guerre civile causant des milliers de morts). En attendant un éclair de lucidité électoral des Français pour ne plus élire des Sarkozy et Hollande, n’en soyons pas à une aberration près et exigeons des excuses publiques du chef de l’Etat car je me suis laissé dire que dans les cantines des écoles de Neandertal le mammouth servi n’était pas halal !

Bien  à vous chers lecteurs qui croyez encore en votre passé pas plus rougissant qu’ailleurs, loin s’en faut !

Charles Demassieux



[1] Lire à ce propos l’article de Sylvain Gouguenheim, « Poitiers, 732 »,  in Le Moyen Âge en questions, Editions Tallandier, collection « Texto », 2012.

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