La mort de quatre soldats français ces derniers jours en Afghanistan a réactivé la polémique sur notre présence militaire dans ce pays. Comme après chaque attentat faisant des victimes françaises.
Voilà une promesse de campagne que le candidat Hollande n’aura aucun mal à tenir. A peine élu, le nouveau président a annoncé à Washington sa décision « non négociable » de commencer le retrait les troupes françaises d’Afghanistan dès cette année. Un engagement qui ne demande pas du courage mais au contraire exprime la couardise, l’incurable romantisme pacifiste de la gauche, et la démagogie de tous les populistes. Mais que nos alliés afghans et occidentaux se rassurent, la France ne les abandonne pas, non, non. Au bout du processus, 400 hommes resteront sur place pour assurer la formation des militaires et policiers, et diverses missions d’assistance. Il faut bien sauver la face.
Cette navrante décision est l’aboutissement de plusieurs années de propagande défaitiste en France comme dans tout l’occident, orchestrée par les milieux islamophiles et « progressistes » unis comme toujours, mais suscitée aussi par les réflexes politiciens qui trop souvent prennent le pas sur les intérêts supérieurs des nations.
Tout avait pourtant commencé dans une belle unanimité. Après les attentats du 11 septembre 2001 télécommandés depuis l’Afghanistan par Ben Laden, l’invasion du pays et le renversement du régime des talibans n’était contesté par personne. Les alliés des Etats Unis, dont la France, leur avaient même fait savoir qu’en vertu de l’article 5 du traité de l’Otan, les conditions d’une action militaire conjointe étaient réunies. Les Américains avaient poliment décliné l’offre, se réservant de faire appel à leurs partenaires pour la pacification du pays, et c’est bien ainsi que les choses se passèrent. C’est sous le gouvernement de Lionel Jospin que les premières troupes françaises partirent.
Un an et demi plus tard, les Etats Unis prenaient une des décisions les plus stupides de leur histoire diplomatique en envahissant avec ses affidés l’Irak de Sadam Hussein, lequel ne menaçait que la fierté de l’oncle Sam. Après l’euphorie peu flatteuse d’une victoire facile (à laquelle la France s’honora de ne pas participer) il fallut se rendre à l’évidence : les Américains avaient menti au monde quant aux « armes de destruction massive » que le dictateur irakien était censé posséder, et cette pathétique mise en scène allait coûter cher. L’Irak devenait un bourbier où les boys tombaient par centaines, où les conflits religieux comprimés par le régime baasiste explosaient, pour le bonheur de l’Iran et de tous les apprentis jihadistes de la planète.
C’est alors que les choses se brouillèrent en Afghanistan. Les talibans, galvanisés par les difficultés américaines en Irak, se lançaient dans une guérilla contre laquelle les Etats Unis ne pouvaient employer que des moyens limités compte tenu de l’effort nécessaire en Irak ; l’aide de leurs alliés devenait de plus en plus nécessaire. Au bord de l’Euphrate comme dans les montagnes afghanes c’était l’enlisement. Petit à petit l’opinion mondiale se mit à confondre les deux conflits si différents, et le syndrome vietnamien réapparaissait.
OUI, L’AFGHANISTAN EST NOTRE GUERRE.
Extrême gauche, gauche, Front National : c’est l’union sacrée contre la présence militaire en Afghanistan, revivifiée à chaque nouvelle victime française. Chez les uns, on retrouve les accents du conflit indochinois pour fustiger la « sale guerre ». Chez les autres, on croit faire preuve d’indépendance en affirmant péremptoirement : « ce n’est pas notre guerre ». Sous-entendu : c’est celle de l’incorrigible impérialiste américain. Les auteurs de Riposte Laïque eux-mêmes ne manquent pas de fournir leur tribut à ce pacifisme béat aux relents surannés.
A la gauche de l’arc politique, cela a une certaine cohérence : le vieux fond anti militariste du socialisme, un anti-américanisme diplomatique hérité de la guerre froide, une proximité assumée avec l’islam, concourent logiquement au défaitisme. Mais chez les patriotes, c’est incompréhensible. Comment ne pas voir qu’à certains égards, cette guerre est au fascisme vert ce que celle d’Espagne fut au fascisme noir/brun ? Ou ce que celle du Vietnam fut à l’expansion du communisme ? Maintenant comme alors, deux mondes s’affrontent, et l’issue de cette confrontation sera lourde de conséquences.
Qu’on songe aux effets d’un retour au pouvoir des talibans, chassés du pouvoir par l’intervention américaine en 2001. Ce serait pour l’islam une victoire militaire, politique et morale sans précédent depuis la renaissance post-coloniale de cette idéologie. Les moudjahidines, qui après avoir vaincu les Soviétiques auraient renvoyé chez elle la première armée du monde assistée par ses alliés de l’Otan, seraient auréolés dans le monde musulman d’un prestige au moins aussi grand que celui des Vietnamiens d’après 1975. L’Afghanistan pourrait redevenir le centre du terrorisme islamiste, cette fois en toute impunité. Et le monde occidental aurait montré son impuissance face à un islam conquérant.
SOMMES-NOUS ENCORE CAPABLES DE NOUS BATTRE ?
La cécité politique des pacifistes se greffe sur une évolution culturelle du monde démocratique qui fait de la guerre une hypothèse irréelle. Face à des combattants islamistes qui affirment « aimer la mort comme vous aimez la vie » et le prouvent par leurs attentats-suicides, l’occident offre le spectacle d’une société gavée de confort où la guerre n’est acceptée que si elle ne fait pas de victimes dans ses rangs. Chaque fois qu’un soldat tombe, l’évènement est présenté comme une sorte d’accident du travail causé par un manquement aux règles de sécurité, défaillance inadmissible. S’ils sont plusieurs, les exhortations à se retirer du conflit s’amplifient, pour la plus grande satisfaction du camp adverse. La presse tient à jour le décompte des sacrifiés : 87 Français depuis le début du conflit en 2001. Comment ne pas comparer avec le passé ? Le 22 août 1914, journée la plus meurtrière de la première guerre mondiale, plus de 27 000 combattants français avaient perdu la vie ; ils étaient 300 000 à la fin de l’année soit en cinq mois.
Pourtant à l’époque, nul ne contestait la nécessité du sacrifice. Les mutineries de 1917 seront causées par le mépris de l’état major envers les soldats, brimés par une discipline inhumaine, envoyés à l’abattoir dans des offensives inutiles. Le soldat français est prêt à mourir pour son pays, mais il ne veut pas être une chair à canon. Aujourd’hui, la presse après avoir annoncé la nouvelle d’un décès, se rend auprès de la famille légitimement éprouvée, et lui donne la parole pour exprimer sa douleur. Le spectateur ressent de l’empathie envers ce frère, cette mère, cette veuve, qui parfois conteste par réflexe le commandement.
Le sommet de cette logique fut atteint en 2008 après une embuscade qui avait coûté la vie à dix soldats tandis que 21 autres étaient blessés. Les familles des victimes furent transportées sur place, où on leur expliqua comment s’étaient déroulés les combats, dans une tentative de justification inédite. Peine perdue : plusieurs familles déposèrent une plainte contre l’état pour « mise en danger de la vie d’autrui », initiative elle aussi inédite. Le Parquet classa la plainte, mais la Cour d’Appel de Paris le 30 janvier 2012 annule cette décision et provoque l’ouverture d’une instruction judiciaire. Me Gilbert Collard, avocat des familles, se félicite de ce que « on va enfin savoir comment ces jeunes soldats sont morts, comment ils ont été sacrifiés ». On devine la suite : si l’instruction n’aboutit pas à une mise en examen puis une condamnation d’officiers, on criera à l’injustice, à la raison d’état.
On en est là : aujourd’hui, un juge d’instruction civil peut être saisi par la famille d’un soldat mort au combat, « pour savoir comment il est mort ». Et au bout du chemin peut-être, le tribunal (civil) pour les officiers. En face, les combattants islamistes se font sauter avec la certitude de rejoindre le paradis.
Où est l’armée de Valmy, d’Austerlitz, de Verdun ?
QUELLES PERSPECTIVES ?
Force est bien de constater que les perspectives ne sont pas encourageantes pour la lutte armée anti-islamique. Le retrait programmé de toutes les forces combattantes pour ne laisser sur place que des troupes d’assistance rappelle fâcheusement la « vietnamisation » d’après 1969, prélude à la victoire Viêt-Cong.
D’aucuns affirment qu’une victoire militaire est impossible. Quelles que soient les difficultés du terrain rappelant l’Algérie, comment croire qu’une intervention déterminée de la part des forces armées de tout l’occident démocratique ne pourrait venir à bout d’une guérilla qui ne bénéfice que du soutien occulte de certains milieux pakistanais ? Cela n’empêcherait pas de considérer aussi la dimension économique et sociale du problème.
Mais il faudrait d’abord vaincre notre principal ennemi : nous-mêmes. Si l’occident se complait dans son pacifisme douillet, cette disposition ajoutée à la stratégie de conquête multiforme de l’islam nous fera un jour ressembler aux « Grands cimetières sous la lune » de Bernanos. La lune, en forme de croissant islamique.
Jean de la Valette










